JWLES, DES DOLLARS CAINRIS JUSQU’AUX ROUPIES

Après une dizaine de singles et EP disséminés aux cours des derniers mois, Jwles a fini par focaliser sa productivité autour d’un projet : Le zin & les autres. Celui qui s’attribue le sobriquet de zin parvient avec ce projet à ornementer sa discographie qui prend toutes les allures d’un carnet de voyage. À cette occasion, nous avons pu échanger sur ses influences et sa vision.

Les yeux rivés sur l’horizon

Foulard enveloppé sur la tête pour se protéger du soleil de plomb égyptien, Jwles frétille sur les toits de béton encore endoloris par la chaleur. Se frayant un passage à travers les antennes et les routes sinueuses du Caire, l’artiste pose ses bagages en Égypte et fera sortir de terre Le zin errant. Il s’engouffre désormais dans la forêt d’acier New Yorkaise, joint en bouche à l’abri des regards d’une arrière cour ou bien perché sur les sommets de briques, lunettes vissées sur le nez et décor urbain comme arrière plan dans le clip de 2001. Son errance, semble-t-il, finira par être racontée dans le huis clos intimiste d’un appartement parisien entouré des siens ou plutôt des zins : « Tous les gars que je cite dans le son « Cher »,  c’est l’équipe au plus proche sur ces dernières années qui sont là avec moi. Derrière les instruments c’est eux qui font la magie. C’est vraiment ça le délire Jwles, si tu veux prendre les Jwles Type Beat, appelle les zins ils vont te le faire » nous confie l’artiste.  À l’occasion de la sortie de la mixtape Le zins & les autres, Jwles, auto-proclamé rare zin, traduit en mélodies son carnet de voyage, fruit de l’éternel vagabondage d’un artiste qui trouve ses racines un peu partout.

Nourri par ses périples, c’est avec le World Trade Center en arrière plan, que s’affichait Jwles dans le premier single qu’il dévoilait au public : « Moi j’ai toujours voyagé et maintenant j’essaye de lier ça à la musique, j’essaye toujours de ramener un petit souvenir, que ce soit un clip ou un son. Quand je vais aux États-Unis, je fais mes petites vacances et en même temps je sais que je vais ramener quelque chose ». Celui qui a vécu jusqu’à ses 8 ans aux États-Unis prétend faire de la « DMV comme à Washington » et ne cache pas son amour pour le rap froid et impitoyable du Wu Tang Clan et ses inspirations sudistes Bling Bling à la No Limit. Cette affiliation indéfectible au rap d’outre-Atlantique, Jwles la chérit particulièrement : « J’ai toujours eu un rapport singulier avec les États-Unis et comme avant je rappais en anglais, je me suis toujours dit qu’il fallait que j‘y retourne. J’essaye aussi de créer une vie là-bas, de manière naturelle et organique.  J’ai par exemple connecté avec Big Gltaow (sur 6 Pack) via son cousin qui fait le merch et qui bossait au même endroit qu’un ami d’Atlanta ».

The only thing dope is the rhymes*

Quand il est question de sa plume, Jwles répond : « J’essaye de dire des vérités qui vont taper de manière un peu paradoxale». À la manière d’un Spitta Andretti (surnom de Curren$y), c’est dans les fluctuations de son quotidien que le rappeur puise simplement pour les traduire dans un déroulement d’overlap effrontément nonchalant qu’on lui connaît si bien : « Pour moi, Wiz Khalifa et Curren$y ont grave influencé ce qu’il se passe aujourd’hui. Quelque part ce truc lifestyle, ils l’utilisent grave. Ils vont te dire « je fume de la beuh, c’est cool », et toi tu vas te dire que c’est cool alors qu’ils sont en train de fumer et jouer aux jeux vidéos. Ce genre de structure pour poser un décor, c’est clair que ça me parlait ». Chez Jwles, la curiosité l’a mené à cultiver cette richesse que l’on trouve dans les références qu’il parsème allègrement dans ses morceaux et dans les sonorités auxquelles il peut se prêter : « Je peux écouter des sons style Détroit, des sons à l’ancienne de Snoop Dogg qui sont sortis de ses films de cul, je peux écouter Massive Attack, des truc un peu lounge, jazz… j’aime beaucoup ».

Les mélodies embaumées par une nébuleuse opaque de cannabis, le Zin, alangui au micro, donne l’image de poser son flow les paupières lourdes. Se cache en réalité derrière cette illusion de flemme, un travailleur obstiné : « Moi, je suis toujours en train de produire, j’ai une œuvre constante ». Le phrasé voluptueux intègre également un soupçon de sincérité chez Jwles. Il admet, certes, une convoitise pour le luxe mais se complait aussi dans des plaisirs simples. Ils pourraient se résumer au désir de s’emmitoufler dans les plus délicats apparats, siroter les meilleurs vins jusqu’à l’ivresse et déguster les plus savoureux crustacés : « Je dois manger des crevettes comme les flamands roses » (sur le morceau Stupéfait).

*Phrase prononcée par Curren$y dans le morceau Luxury Sport

Une vie de nomade

Derrière son image de casanier, c’est le vagabondage qui prévaut dans l’univers de celui qui s’étiquette comme un Zin errant :  « J’aime bien me balader. Je suis né à Paris et je vis à Paris en ce moment mais je sais que je ne vais pas y vivre toute ma vie. Je m’y plais mais je me sens la possibilité de voyager, je me sens comme un nomade ». Une errance dans laquelle Jwles a su s’entourer de compagnons de route pour le guider. Il en est parvenu à façonner un style aussi bien musical qu’esthétique en fondant le collectif LTR Monde : «  Ça fait longtemps que je travaille avec des artistes précis que je choisis méticuleusement. Je fais des rencontres au cours de mes avancées  qui font que ça se peaufine et ça s’améliore. J’ai un collectif que j’ai créé avec Ko et Galmicci, qui sont deux peintres et donc c’est eux qui me faisaient mes covers. En ce moment j’aime bien le délire de l’argentique qu’on a pu faire sur les derniers visuels ». 

À l’instinct, c’est accompagné des ses fidèles zins que le rappeur lève donc les voiles pour contempler des horizons aussi bien ensoleillés que frigides :  « On a trouvé le moyen, avec Le zin errant, d’évoquer le voyage et ça nous permettait de faire des sons qui collaient bien avec le décor du désert, de l’oasis, de la ville foisonnante du Caire où on est passé un peu, des pyramides… Grâce à ManiVision (ndlr : réalisateur), on a pu créer une DA parce que lui il écoute bien mes phrases et arrive facilement à les retranscrire en image ». À entendre Jwles, on pourrait croire que sa musique est la retranscription d’un tour du monde : du tumulte du centre ville d’Ankara jusqu’à la bulle créative New Yorkaise en revenant toujours en France vivre le rêve américain. Il n’oublie cependant pas son aliénation des premières heures auprès du public français. Longtemps il s’est absenté à l’abri des regards, enfermé dans la salle du temps. Puis enfin il est revenu avec une impulsivité nouvelle : « Faut imposer sa sauce, mais faut aussi comprendre que ça va prendre du temps. Quand ta sauce sera prête, il y aura tous les délires qui font que tu kiffes et quand tu vas le montrer à quelqu’un, il va comprendre ce que tu fais. C’est comme un tableau réussi, tu pourras le montrer. Ça sera plus accessible. »

Le zin & les autres, rassembler les pièces du puzzle

Musicalement, c’est tout autant un voyage pour l’auditeur. Une croisière à travers une myriade de styles différents où Jwles ne cesse de divaguer, entre des productions hostiles piochées dans le fin fond du Michigan aux propositions plug ultra aériennes : « J’ai essayé de mettre mes différentes palettes d’une manière uniforme. C’est possible que chacun trouve son délire dans Le zin ». Paradoxalement, c’est grâce à ses inspirations électro que Jwles était revenu sur le devant de la scène. Avec « Joe da zin » et une production exaltante signée Mad Rey, le zin brillait dans un exercice de style qui lui colle encore toujours à la peau : « C’est dur de voir ce que les gens aiment chez moi. J’aime bien que ça soit qualitatif dans tout. On avait déjà sorti un son house sur une compil’ avant , « Uzine », mais « Joe Da Zin », c’était avec Ed Banger donc c’était un peu différent. Comme je suis un gars très niché dans ses influences, les gens ne comprennent pas forcément mes références. Mais le fait que mes sons house soient validés par Ed Banger c’est plutôt cool (rires) ». Le zin & les autres, d’ailleurs, ne déroge pas à la règle avec un morceau house rudement efficace : « Shit & Choc » qui aurait pu faire figure d’extravagance dans le projet. Mais non ! Dans cette mixtape qui en réalité n’est qu’une compilation de prises de risques, un son aux inspirations flirtant avec la néo-soul surgit aux oreilles de l’auditeur : « Elle veut partir loin » : « On était avec Blasé (ndlr : producteur) et on écoutait du Barry White. Il a fait une instru et moi j’ai posé dessus. C’était un délire en impro et au final on a kiffé le côté lounge et j’ai remarqué qu’il était singulier donc j’ai voulu l’ajouter ».

Au final, quand tous les trajets et influences de Jwles parviennent à se combiner harmonieusement, Le zin & les autres nait. Nouvelle étape dans une année ponctuée par une multitude de singles et EP, Jwles parachève un nouveau chapitre de sa carrière : « Je sais pas si y’a un projet qui va me faire pop d’un coup. C’est juste des petits champignons. Le projet en tant que tel c’est un petit champignon, le concert du 6 décembre c’est un autre petit champignon ». Porteur d’une musique qui se veut universelle dans ses bagages, il continuera sans doute de traverser le monde et d’offrir une musique qui traverse le temps.

Image de bannière : Jwles en Égypte. (Photo : Melvin Huseynov)

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