JUILLET ’22 PAR GATHER

Chaque jeudi Gather vous abreuve d’un récap’ des sorties musicales du lendemain sur son Insta et son Twitter. Le mois de Juillet arrivant à sa fin, voici un petit bilan mensuel préparé par ses rédactrices et rédacteurs, parfait pour se remettre à jour !

Emilie

Projets :

Gwen Bunn – PHASE

Gwen Bunn est l’une des nombreuses artistes émergentes de la scène R&B aux États-Unis. Phase, son deuxième album, a su parfaitement poser les bases de son style particulier dans une scène musicale où les artistes sont si nombreux. La chanteuse rend hommage à ses codes classiques tout en les adaptant à notre ère et aux multiples fusions entre styles, devenues très fréquentes. Sa voix apaisante et posée alterne avec facilité entre un flow presque arrogant sur des morceaux tels que 808 à un style très sensuel (notamment sur CONVERSATION qui en capture parfaitement l’essence). L’intro de l’album est dans ce sens très pertinente puisque toute la dimension voluptueuse, érotique à certains moments et “chill” est parfaitement annoncée. La formule de l’album est simple mais efficace et en fait un des meilleurs projets appartenant à ce genre paru cette année. La reconnaissance de grandes voix du R&B, dont Faith Evans avec qui elle partage un featuring, lui permettra également d’être davantage propulsée aux devants de cette scène qui revit depuis quelques années.

Ben Harper – Bloodline Maintenance

Bloodline Maintenance fait partie de ces albums dont l’impact et l’importance sont considérables. Below Sea Level, le titre d’introduction, nous installe immédiatement dans une position où l’on se doit de prêter attention aux paroles. La poésie de celles-ci les rend très agréables à l’écoute mais voile tout le poids et la douleur de leurs significations. Comment évoquer en musique des sujets majeurs tels que l’esclavage ? L’artiste le fait de façon très explicite en évoquant tout ce qui en découle: les réparations aux descendants d’esclaves, le pardon, la compassion,… Mais en réalité, qu’est ce que cela signifie pour une personne afro-américaine d’être descendante d’esclave ? D’être héritier de ce que le philosophe Edouard Glissant nomme “l’arrachement à la matrice originelle”, c’est-à-dire l’Afrique? Comment se situer par rapport à l’origine de ses ancêtres et mettre un terme aux traumatismes intergénérationnels ? Toutes ces questions sont posées par Ben Harper qui n’apporte pas de réponse lui-même mais appuie sur la nécessité de ce questionnement, notamment lorsque l’on examine un minimum l’histoire et le présent des États-Unis. Le style musical de l’artiste est intrinsèquement lié à cette histoire puisqu’il se situe entre le renouveau du Black Americana et les racines du Blues et de la Soul, des genres musicaux tous issus de la communauté afro-américaine. L’influence d’artistes comme Marvin Gaye, Bill Withers ou par moment Gil Scott Heron, pour tout l’aspect philosophique, se fait entendre mais ne diminue pas pour autant son talent ou son originalité. Bloodline Maintenance c’est une œuvre réalisée à merveille, une trace de résistance, et un moyen de ne pas oublier l’histoire de millions de personnes.

Morceaux :

Raury – 2020 Vision

ELIZA – Everywhere I’ll ever be

Gwen Bunn – WASTE TIME

Beyoncé – Plastic off the sofa

Lala &ce – Fallait dire non

Lucille

Projets :

Madeleine Cocolas – Spectral

Ily ‘a un peu plus de deux ans, Madeleine Cocolas a commencé à enregistrer tout un tas de sons de son environnement sans but précis, il faut avouer que quand on vit en Australie, on se retrouve vite avec une banque de sonorités riche et diversifiée qui appelle à la recherche. De ce qui n’était qu’un journal intime sonore, elle a crée un monde qui allie son éducation à la musique classique et une approche de l’ambient qui vient compléter celle tournée vers l’électronica qui était au coeur de son album de 2020. And Then I Watch If Fall Apart est sous aucun doute un des plus beaux morceaux sortis ce mois-ci qui prend toute sa dimension dans sa dualité avec Northern Storm et l’intelligence de cet album réussit à mettre chaque titre sur un piédestal pour une conclusion onirique et inattendue avec Rip. Entre drone music, ambient, musique concrète et classique, l’australienne nous transporte dans un véritable écrin. 

BELOVED SUN – CRYING AROUND AND IN COLOR

Difficile de trouver de quoi former une mini chronique sur ce premier album de ce duo de la Nouvelle Orléans. D’elles on connait leurs noms ou peut-être leur alias, Artist Named You et Sol Galeano qui produit intégralement ce 11 titres entre spoken word, r&b, dance, expérimental et trip hop. Avec toute la patine des projets Soundcloud à la richesse discrète, la poésie de la première vient trouver toute sa modernité avec la musicalité de Sol Galeano pour un résultat « effortlessly sensual ». Certains aspects pourraient faire penser à John Glacier dans l’évidence de la démarche et sa spontanéité mais leurs expérimentations vers l’électronique voire le jazz rappellent aussi quelques accents de Dirty Bird. Des amateurs de r&b alternatif à ceux de spoken word, peu de chances que vous restiez insensibles.

Morceaux :

Xzavier Stone – VIVIDLY

Kai Whiston – Carrier signal feat EDEN

Safety Trance – Cuando Suena El Dembow

$uicideboy$ – Matte Black 

Ghais Guevara – This Ski Mask Ain’t For Covid

Paul

Projets :

EDGE x Ratu$ – EN LESSGUILL

Good cop / bad cop, voilà comment on pourrait définir le duo Ratu$/EDGE. Le premier vous patate la mâchoire après avoir éteint la caméra de surveillance quand le second vous ramène un petit café croissant main sur l’épaule pour compenser votre tout nouvel œil au beurre noir. Pas dit que le duo concerné apprécie particulièrement cette analogie policière mais il est indéniable que les énergies contraires des deux artistes fonctionnent à merveille sur EN LESSGUILL. Les deux poulains des écuries Goldstein/Saboteurs nous offrent un projet calibré pour l’été, véritable récréation qui sent bon le bitume chaud et la pelouse cramoisie. Parfait pour accompagner vos après-midi piscine chez ce pote dont vous n’étiez pas si proche avant que les températures dépassent les 30° !

Brent Faiyaz – WASTELAND

Vous l’aurez compris c’est l’été, restons superficiels. Le projet de Brent Faiyaz, Wasteland, s’inscrit parfaitement dans cet état d’esprit. Côté forme, le natif du Maryland nous propose une petite douceur d’un peu plus d’une heure, emplit de mélodies lascives teintées de mélancolie. Côté fond, ne nous mentons pas, Wasteland est un énième enchaînement d’élucubrations sur des prétendues relations homme-femme « toxiques » et impossibles, enfonçant le clou sur trois interludes très premier degré dont on se passerait volontiers. Brent s’entoure d’un casting XXL pour ce projet, invitant Jorja le temps d’un dialogue, le duo Tyler / Steve Lacy pour nous rappeler les grands moments de The Internet et notre très cher Drake, heureux de pouvoir nous parler de ses conquêtes, mais omettant totalement la partie où cela implique de la sauce piquante… un peu dommage. Wasteland nous confirme en ce mois de Juillet qu’après We Own This City, Baltimore a définitivement de belles choses à nous offrir cette année. 

Morceaux :

Llyod Banks – Power Steering (feat Jadakiss)

Mozzy – If You Love Me

Rico Nasty – Blow Me

Burna Boy – Common Person

Triplego – Jamais

Piwi

Projets :

Triplego – En Attendant Gibraltar 1 & 2

Le duo de Montreuil s’est montré productif depuis juin 2022. Le retour des Triplego Friday -un nouveau morceau inédit chaque vendredi pendant un mois- a permis à Momo Spazz et Sanguee, respectivement producteur et rappeur, d’occuper à nouveau le terrain du rap français, après Twareg 2.0 sorti l’an dernier. 

Les Triplego Friday accompagnaient l’annonce de leur nouvel album, Gibraltar. Une date de sortie? “Bientôt”. Pour faire patienter son public, Triplego a envoyé à une semaine d’intervalles deux projets : En Attendant Gibraltar 1 et 2. Une tactique qui n’est pas nouvelle, puisque le duo avait fait de même avant la sortie de leur premier album Machakil en 2018.

Tripleglo n’a jamais souhaité rester bloqué dans la case “cloud rap”, dans laquelle il avait été rangé à ses débuts. Si leur musique ne peut pas nier sa filiation au genre, les productions de Momo Spazz sont teintées d’influences venant de multiples styles. Sur les 20 titres que comportent les deux projets, Sanguee s’adapte sans difficulté à celles-ci, qu’il s’agisse de house presque club sur Narvalinha, de drill sur Reubeu ou même de chanson française, avec Jamais et son refrain qu’aurait pu écrire Cabrel. Fidèle à leurs origines maghrébines, Triplego intègre à nouveau dans ses morceaux du derbouka, et s’inspire du chaâbi ou du gnawaa, deux styles de musique algériens.

L’univers du groupe, entre Ciel et goudron d’un terrain du 93, reste lui le même. Nostalgie, rêves de gloire et kilos de produits accompagnent toujours Sanguee, “le cœur sous anesthésie », à la poursuite de l’utopie d’un futur meilleur. Jonglant entre le français et la langue arabe, le montreuillois reste fidèle à la “musique émotionnelle » des débuts. Une honnêteté parfois crue, teintée de questionnements existentiels, qui trouveront peut-être leur réponse dans Gibraltar. « Bientôt », donc.

Wake – Thought From Descent

Wake a su, depuis le début de sa carrière, redéfinir de nouveaux contours au death metal tout en en conservant la substantifique moelle. Les canadiens, actifs depuis 2009, ont lentement mais sûrement fait muter leur grindcore des débuts vers une musique plus aboutie et complexe, variée autant dans le chant que dans les mélodies. Si leur dernier album en date, Devouring Ruin, sorti il y a un peu plus de 2 ans, avait annoncé un clair virage vers une musique donnant une plus grande part aux ambiances contemplatives et aux mélodies, c’est leur 3 titres Confluence qui vient entériner ces nouvelles influences dans l’ADN du groupe. La mélodie y prend une place plus importante et les rythmes se complexifient.

Thought From Descent poursuit dans cette direction, et voit Wake embrasser pleinement le death metal progressif et mélodique sur un long format. Varié, créatif, agressif, l’album fait la part belle aux structures “prog” changeantes, rendant les morceaux plus denses. On retrouve des riffs hérités du post-hardcore, des blasts beats très black metal, et même du chant clair en backing sur le premier morceau de l’album, Infinite Inwards. Là où Wake tire son épingle du jeu, c’est dans la lisibilité de ces compositions. Le groupe a su conserver de ses débuts dans le grind une efficacité dans ses productions. Les tentaculaires neuf minutes de « Bleeding Eyes of the Watcher », l’interlude Pareidolia, l’outro presque shoegaze ou encore les riffs de Swallowing The Light : chaque élément de l’album trouve sa place, dégageant une impression de chaos sciemment déclenché et maîtrisé. 

Wake s’est déjà fait un nom au sein de sa scène, et Thought From Descent est à la hauteur de cette réputation acquise au fil du temps. L’album voit les canadiens évoluent vers un death metal technique et varié, qui reflète au mieux leurs influences et l’expérience acquise dans la scène. En résulte un album plus dense, plus complexe, et paradoxalement, plus accessible que leurs précédents projets.

Morceaux :

Birds In Row- Nympheas

Triplego- Passeport

Mozzy- Lurkin (Feat. EST Gee)

Lil Silva- What If (Feat Skiifal)

Lathe- Cauliflower

Eddy

Projets :

Top$ide – Lost Files

Producteur de Detroit originaire de la Louisiane , Top$ide est tout simplement l’un des producteurs les plus intéressant de ces dernières années dans le rap US. En alliant les mythiques vibes No Limit & les nouvelles ambiances de Detroit, il s’est développé un véritable univers propre à lui qu’on savoure un peu plus à chaque sortie.
Avec ce projet, Top$ide réunit une véritable dream team : Babyface Ray, Valee, Veeze, Los, Daemoney, King Hendrick$… Bref on pouvait difficilement être déçu dans ces conditions et on se prend à rêver d’un projet collaboratif à chaque nouveau feat tout au long de la tape. Le producteur pourrait bien être l’architecte d’une nouvelle vague prochainement avec sa volonté de ramener l’univers old school de New Orleans dans le rap et, évidemment, on est 100% pour !

DaeMoney – Slayer’s Coming

On reste à Detroit avec celui qui pourrait bien être le prochain grand nom de cette scène. DaeMoney nous épate maintenant depuis quelques années et ne cesse de progresser avec son rap alliant les vibes de Detroit et des séquences cloud. Le neveu de Babyface Ray semble encore passer un sérieux cap avec ce nouveau projet court mais diablement efficace.
Une review plus complète est disponible sur notre insta pour celles & ceux qui aimeraient en savoir davantage à propos de ce jeune phénomène qui risque de faire beaucoup parler à l’avenir.

Morceaux :

BandGang Lonnie Bands – Stop Wrapping My Life

Mozzy – Lurkin ft. EST Gee

Tali G17 – Le Haut du Panier

CMG – Steppers

Kodak Black – Haitian Scarface

Hugo

Projets :

Careful Gaze – WRATH LIKE FLOWERS UPON MY BROW

Ce qui est agréable dans le post-hardcore et le screamo, ce sont les contrastes, les gouffres, les interstices. Les agressions entrecoupées de confessions. Comment les types canalisent le déferlement d’énergie qui les électrise constamment. C’est tour à tour cathartique et déprimant. Le second album du groupe de Minneapolis Careful Gaze est merveilleusement équilibré, proposant un enchaînement tel que le dévastateur Teach (qui comporte des lignes absolument pétrifiantes comme « I was born in an Iowan hospital, I’m gonna die in a better place ») et le recueillement de Sisterwraith. Tout l’album tourne autour du calvaire que constitue la gestion du trauma juvénile et du deuil, et malgré le poids crucial de ces thématiques, les compères n’ont aucun mal à rendre le processus extrêmement juste musicalement. Rien de plus à en dire puisque le post-hardcore ne figure absolument pas dans mes circonscriptions habituelles, aussi ne m’évertuerai-je pas à broder et virer dans la prolixité. Sachez simplement que c’est de la putain de bonne musique. 

SUPERORGANISM – WORLD WIDE POP

Superorganism est un groupe qui n’aurait jamais vu le jour sans internet. La plupart de ses membres se sont rencontrés en ligne sur des forums. La base de la formation, originaire de Nouvelle-Zélande, évoluait sous le nom de The Eversons, et lorsque la chanteuse Orono Noguchi les a rejoints après leur avoir témoigné son admiration et avoir constaté leur appréciation mutuelle de la culture meme, en 2017, Superorganism était né. Le style de chant ennuyé de Noguchi a directement constraté avec l’explosion chromatique stylistique des musiciens du groupe. Leur premier album Superorganism sorti en 2018 avait fait l’effet d’un chamallow anormalement lourd dans une mare de peinture. Ils tenaient quelque chose. Mais suite à cette sortie, ils ont gardé un profil étonnamment bas durant près de 4 ans. En coulisse se sont produit des bouleversements structurels de taille, 3 membres du groupe de 8 ayant quitté la formation durant ce laps de temps, dont Mark Turner, qui s’est avéré traîner des allégations d’abus sexuels datant de 2012. Purifiés de ce misérable, ils reviennent enfin.

World Wide Pop les voit accentuer tout ce qui a fait leur charme sur leur premier album. L’aspect grandiloquent de l’instrumentation, aux dimensions symphoniques, pose un cadre psychédélique réminiscent d’un cartoon pour stoners du type Rick et Morty. Le syncrétisme si particulier du groupe, démontré dans l’album, sonne plus raffiné, mieux développé. Il convient de faire un rigoureux distinguo entre les artistes solo de pop et les groupes jouant de la pop ; les méthodologies varient drastiquement, et les bons groupes se font assez rares. Orono Noguchi se promène au sein de cet univers bigarré, peu enthousiasmée par les jaillissements musicaux jalonnant sa balade, trop insensible au mal que se donnent ses collègues pour créer des microcosmes foisonnants. C’est que Noguchi représente parfaitement, à 22 ans, la nonchalance irrémissible d’une jeune personne que son environnement, bien que bourré d’activité et recèlant des trésors insoupçonnés, ne parvient pas à émouvoir ou motiver outre-mesure. En somme, elle incarne l’ennui et la distance si caractéristiques d’un certain pan de la génération millenial, déjà blasée par des perspectives qui ne lui conviennent pas. Sauf que pour cette deuxième prestation, Noguchi est accompagnée de quelques télétubbies issus de partout sur le globe, ce qui explique en partie le nom de l’album. On retrouve les excentriquement talentueuses japonaises de CHAI, la chanteuse française Pi Ja Ma, mais aussi et surtout l’idole de Noguchi, l’inénarrable Stephen Malkmus, le chanteur du groupe de rock émérite Pavement. Un passage de cap, à ce niveau oui, plus généralement, oui et non. Le groupe s’est amélioré techniquement sans pour autant modifier sa formule d’origine. Mais le truc, c’est qu’elle était déjà amplement suffisante à notre plaisir, alors on ne va pas les bouder cette fois-ci non plus.

Morceaux :

Viagra Boys – Troglodyte

Lewis Ofman & Carly Rae Jepsen – Move Me

Haiti Babii – Party Roccin

2hollis – Safety

Sex Park – Without Reserve

Retrouvez beaucoup d’autres recommandations musicales sur l’Insta et le Twitter de Gather.

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