JUIN ’22 PAR GATHER

Le mois de juin a été riche en sorties musicales, l’occasion pour les rédacteurs et rédactrices de Gather de proposer leur sélection personnelle mensuelle.

(Crédit photo cover : Photogramme issu du clip « Cash In Cash Out » de Pharrell Williams, réalisation François Rousselet)

Laura

Projets :

C.V.E – We Represent Billions

We Represent Billions est la dernière sortie de Nyege Nyege, label Ougandais qui valorise principalement des musiques électroniques et africaines. La connexion entre le collectif Californien C.V.E et le label s’effectue en 2014, par le biais d’un de ses membres, Riddlore, alors en résidence chez Nyege Nyege. Au début des années 90, le collectif C.V.E (acronyme de Chillin Villain Empire) s’est exercé lors des sessions d’open mic du Good Life Café aux côtés d’Ice Cube, Snoop Dogg, Xzibit ou encore Common. Leur albums sortent cependant de façon totalement indépendante et sont aujourd’hui quasiment introuvables hors des canaux légaux d’écoute. Cette compilation de rap ne détonne pas à l’évidence des sorties électroniques du label tant le son travaillé par C.V.E — collectif composé de MCs, de producteurs mais aussi de designers et d’ingénieurs du son — a quelque chose de surprenant. Les 11 morceaux du disque, qui s’étendent entre 1993 et 2003, nous donnent un large aperçu de tout ce qu’a pu produire le groupe. Les sonorités du morceau Made in Chillz Ville sorti en 1998, s’inscrivent par exemple dans la ligne de productions de la même époque. Ainsi, la série d’accords indolente dont il est composé, suggère sans peine certaines des productions narcotiques de Three 6 Mafia, boucle lénifiante, réveillée ici par des débris sonores de voitures qui déraillent. D’autres morceaux, sont plus déroutants comme la production futuriste de All Over Da Globe, percluse de bruits de laser ou la nappe de Calistylics, élaborée à partir d’une sirène d’alarme sur laquelle se déverse les voix de Riddlore, NgaFsh et Tray-Loc. Il est très stimulant de découvrir aujourd’hui tout un pan d’un groupe que l’on devine essentiel pour le hip-hop mais quelque peu invisible hors des frontières de la Californie, et l’on souhaite que Nyege Nyege continue encore ce travail d’exhumation.

Objekt – Objekt#5

Si j’ai choisi d’évoquer un single plutôt qu’un album, c’est que Objekt#5 a l’ampleur d’un projet fini, c’est-à-dire d’une œuvre qui a été menée à son terme et ce, malgré ses 11 petites minutes. La musique électronique a ce pouvoir de dilater et tordre le temps en submergeant les sens de façon intense, sans que l’on puisse nécessairement y trouver des repères ou des points d’accroche. Il n’est pas aisé de décrire les chemins sinueux qu’empruntent chacun de ces deux morceaux, choisissant tantôt de pousser une idée pour mieux l’oublier quelques mesures plus loin, ou la faire ressurgir lorsque l’on ne s’y attend plus (le bruit métallique et distordu des cordes d’une guitare électronique sur Bad Apples). Il n’est pas non plus facile d’user de comparaisons ou de métaphores pour décrire ce qui ne ressemble jamais qu’à du pur son. Le rythme se brise et se reforme tel un skelerex boiteux et c’est seulement à force d’écoute répétée que l’on peut essayer d’en partager quelque chose. Pour ma part j’en ai fait une expérience de vitesse. Une célérité lourde et subtile, celle de la UK Bass, cousine du dubstep anglais, au sein de laquelle Objekt s’illustre au passé et au présent. Le bpm, au cours des développements de Bad Apples et Ballast ne cesse de grimper graduellement, comme lors d’un mix où l’on raccorde deux pistes sonores hétérogènes en vue de les faire dialoguer — une poussée à la fois massive et impondérable.

Morceaux :

Beyoncé – BREAK MY SOUL

Ido Plumes – Waiting 4 Us

Kode9 – The Break Up

DJ Danifox – Criança

Chrisman – Fatiliya

Piwi Longuevoie

Projets :


H Jeune Crack, Bricksy & 3G – Cactus Musique

“H, crack auditif, addictif comme le sucre” : ainsi se présentait le Toulousain H Jeune Crack sur 1er Cycle. Deux ans et cinq projets plus tard, le rappeur confirme qu’il est l’un des phénomènes les plus intéressants de la scène actuelle avec Cactus Musique, son nouvel EP produit entièrement par Bricksy et 3G. Les prods des Bordelais sont pour le Jeune Crack un terrain de jeu sur lequel il déballe ses punchlines, des réflexions sur sa vie, son destin, son “karma” et celui des autres – ses amis, sa famille, ses ennemis ou sa copine. “Une barz par minute, j’te sers rapidement comme un fast food/Sauf que c’est d’la gastronomie”. Dans sa tête, on croise pêle-mêle La Caution, Picsou, Pamela Anderson ou un mec qui s’appelle Zinédine. Le flow de H, à la fois laidback et rapide, donne l’impression d’écouter quelqu’un qui vient d’avoir une illumiation et qui manque de temps pour la raconter. Les bons mots ponctuent l’album (“Là j’regarde les étoiles, j’me dis qu’il m’faut des sommes astronomiques” ; “Faut j’coffre un peu d’liquide comme un cactus”), mais H Jeune Crack livre aussi des lines incisives sur l’argent, son manque et l’envie d’en faire, ses études, sa détestation teintée d’admiration pour les Etats-Unis. Le rappeur est conscient des travers du monde, trop violent pour lui  : il préfère regarder Gulli. On ne peut que le comprendre lorsqu’il déclare “J’vais déménager dans un igloo j’prendrai juste un cactus”. Un projet estival, aux productions riches, dans lequel le Jeune Crack mérite plus que jamais son blaze ! 

GGGOLDDD – This Shame Should Not Be Mine (Live at Roadburn Redux)

TW : violences sexuelles

Dépasser les traumas en utilisant la musique comme catharsis : c’est la démarche des Hollandais de GGGOLDDD en sortant en début d’année This Shame Should Not Be Mine, qu’on (re)découvre ce mois-ci dans une version live. L’album, entre dark pop, post-metal, musique expérimentale et ambient, est pour la chanteuse et frontwoman Milena Eva un moyen de se libérer de la honte qu’elle portait en elle depuis son viol à 19 ans. Pour certains auditeurs, le musicien doit se cantonner à son rôle de musicien, sans chercher à faire passer de message. GGGOLDDD n’use pas de poésie ou d’artifices pour faire passer le sien. Tout est dans le titre. Les sentiments et émotions sont soulignés par des cordes parfois dissonantes et des nappes de synthétiseurs qui viennent parfois remplacer les classiques guitares. La “forme suivant la fonction”, GGGOLDDD fait évoluer ses mélodies et sa musique au fil du récit de sa chanteuse. L’excellent Like Magic les voit renouer avec leurs influences sludge et black metal, tandis que Notes On How To Trust fait la part belle aux incursions électroniques presque trip-hop.  Le groupe a été invité au prestigieux Roadburn Festival à Tilburg cette année, et a performé This Shame Should Not Be Mine dans son intégralité. Une expérience forte et émouvante, qui donne une dimension encore plus puissante au propos de Milena Eva. This Shame Should Not Be Mine est un album poignant, parfois difficile à écouter, mais d’une sincérité et d’une noirceur rares, qui saura toucher le cœur des amateurs de musique émotionnelle et élégiaque.

Morceaux :

No Pressure – Both Sides

Triplego – C’est TRIPLEGO

H Jeune Crack – Les Lois du Karma

French Montana & Harry Fraud – Drive By (ft. Babyface Ray)

Perfume Genius – Pop Song

Paul

Projets :

Jeshi – Universal Credit

« Wake me up never not late / Cobwebs in my brain / New day still feel the same / Feel like I got hit by a train ». Si Jeshi ne s’est pas réellement pris un train en pleine face, il semble cependant se faire agresser chacun des jours de la semaine par cette terrible routine assassine. Avec Universal Credit, le rappeur londonien délivre la version finale d’un EP évolutif commencé deux ans plus tôt, exprimant son quotidien déséquilibré et perturbé, courant après son bus le matin et s’endormant pendant son shift l’après-midi. Les productions musicales aux boucles répétitives viennent souligner cet inconfort intérieur rythmé d’insomnies et de virées nocturnes. Universal Crédit est l’EP à lancer un dimanche à 6h du matin en rentrant de soirée, dans cette ambiance où l’on souhaiterait repousser au maximum cet inévitable retour à la réalité. Une vraie petite capsule psychosomatique.

Eloquence – Maison Suave

Après le très bon Codex Gigas sorti l’année dernière en duo avec son compère parisien Joe Lucazz, Eloquence revient nous livrer en solo cette fois-ci Maison Suave, album diffuseur d’effluves estivales. Avec son flow cadencé si caractéristique, il lance que « Le rap va bien il se débrouille sans toi » et ça résume au final assez bien ce dernier projet. Loin de l’ambition hargneuse de la nouvelle génération, le OG du 91 n’a aujourd’hui plus grand chose à prouver et le fait ressentir dans ce projet emprunt de mélodies Soul organiques. Sortez votre abonnement V-Max, trouvez un Vélib qui fonctionne, lancez l’album d’Eloquence et profitez des derniers rayons de soleil sur les pistes cyclables parisiennes pour une ride décomplexée. 

Morceaux :

French Montana & Harry Fraud – Blue Chills

Sheldon – Justesse (version acoustique)

Lupe Fiasco – SEATTLE (feat Nayirah)

Duke Deuce – JUST SAY THAT (feat Glorilla)

Westside Boogie – Pridefull II

Arthur

Projets :

KamaiyahDivine Timing

Kamaiyah est depuis maintenant plusieurs années une des têtes d’affiches d’Oakland aux côtés d’ALLBLACK, Offset Jim et Fredobargz pour ne citer qu’eux. La prodigieuse rappeuse revient avec Divine Timing une mixtape de courte durée, à la fois mélodieuse et drastique. Ce qui triomphe dans Divine Timing c’est cette recherche d’un timing parfait, où les sonorités caractéristiques de la Bay Area s’entremêlent avec la voix minutieuse, douce mais provocante de la rappeuse. Témoignant d’une grande maîtrise de son art, elle fait même le temps d’un son une connexion avec le Michigan et permet à Sada Baby un couplet magistral, chose qu’il n’avait peut-être pas réussi depuis plus d’un an.

Meel B, Irko – Dirty Synths and Nice Bars

Avec S&S, Meel B s’amusait à pousser des rappeurs de la next gen hors des sentiers battus. On en retiendra BOOGIE, une prod originale, aux airs funky où La Fève y faisait un exercice de style remarquable. Avec Dirty Synths and Nice Bars, la Rouennaise décide cette fois-ci de pencher pour une production plus classique avec le rappeur Irko. Il en découle 4 titres, et une alchimie étincelante où l’univers néo-futuriste d’Irko se mêle remarquablement avec la crasse harmonieuse des synthés de Meel B.

Morceaux :

Steve Lacy – Mercury

BU$HI – BB

Shygirl – Come For Me

Eem Triplin  – AWKWARD FREESTYLE

Osyris Israel, Lerado – RED CROSS

Hugo

Projets :

Todrick Hall – ALGORHYTHM

Jusqu’à début juin, le nom de Todrick m’était complètement inconnu. En tombant par hasard sur son nouvel album, puis en l’écoutant, cela m’a semblé particulièrement étrange compte tenu du fait que c’est une star, une diva, d’une magnitude époustouflante. Il se trouve que Hall est en revanche bien connu dans la communauté LGBTQ américaine. Il s’est révélé durant la 9ème saison d’American Idol au début de la décennie 2010, puis s’est bâti une audience sur Youtube au travers de vidéos en tous genres mais impliquant généralement beaucoup de chant. Il a également intégré l’équipe de RuPaul’s Drag Race, qui pour rappel est une télé-réalité basée sur la recherche de la prochaine star du drag. Enfin, il est coutumier de Broadway, où il se produit depuis 2008. Ce que ce CV met en lumière, c’est le sens de la scène de Hall, son aise et son charisme vraisemblablement infinis, son assurance en béton armé. Algorhythm est une célébration de l’héritage musical noir queer qui a largement contribué à l’émergence et au façonnage de la dance music au cours des décennies. La récente résurgence mainstream de la house music via les sorties de Drake et Beyoncé auront permis de rappeler à quel point ces genres sont débiteurs de cette communauté. Que ce fut à Detroit et Chicago, les berceaux de la house, mais également dans tous les clubs des USA, notamment ceux de New-York dans les années 80 et 90, la communauté queer a été une force motrice du mouvement, trouvant dans la musique et les lieux qui la diffusaient des havres de paix, de communion, de socialisation, d’abandon et de soin, face aux persécutions sociales, face à la crise sanitaire du Sida. Todrick Hall est l’un des héritiers de ce patrimoine, tout autant qu’il l’est de la musique des grands tels que Michael Jackson et surtout Prince, traces desquels on retrouve aussi sur l’album. Un disque plus « sérieux » que certains autres de la discographie de Todrick Hall, qui s’octroie tout de même quelques intermèdes hilarants, tels que SORRY BARBIE, durant lequel il a le Ken de Barbie dans son viseur, ou sur PRE MADONNA, où il somme le DJ de « make the beat faggalicious ». Son virtuose au micro ne tient d’ailleurs pas qu’à son attitude: sa voix est flexible à souhait, en témoignent les falsettos à tomber de CALL YOU. Un disque exceptionnel en tous points, la présence électrique de Hall si galvanisante étant tout bonnement irrésistible.

Lupe Fiasco – DRILL MUSIC IN ZION

Il y a de cela un peu moins d’un an, Lupe Fiasco s’est lancé un défi : enregistrer un album en 24h, en farfouillant dans un dossiers de productions de son acolyte Soundtrakk. Un challenge auquel il échouera évidemment, mais de peu, finissant par le boucler en 72h, consacrant le peu de pauses qu’il s’autorisait aux besoins de première nécessité. Plusieurs mois s’écoulèrent, durant lesquels il se décida à sortir quelques freestyles, en plein milieu d’un étrange beef avec Royce da 5’9’’. Dans l’un d’eux, Forest Fires, qui empruntait le beat de Sing About Me de Kendrick Lamar, il proclamait: « my next album gon sound like drill music in Zion, music that you can feel like Phil Collins and violence ». Le titre était trouvé. Le produit fini, poli et raffiné, laisse difficilement imaginer qu’il est le fruit d’un éclair de 72h, tant il est compact et éloquent. Outre la complexité habituelle des couplets de Lupe, c’est le concept même de l’album et de certains morceaux qui interpellent par leur pertinence. MS MURAL, la conclusion de la trilogie, est dédiée à la critique des tendances, de l’uniformisation qui gangrènent le milieu de la musique, le tout entrecoupé de ces pirouettes verbales toujours aussi étourdissantes sur divers sujets. Ailleurs, sur la poignante outro ON FAUX NEM, le premier couplet est composé d’une simple assertion « rappers die too much », sur laquelle il élabore la suite du morceau, pour débattre des travers de l’impossible conciliation de la vie de la rue avec le métier de rappeur, et la malédiction de l’authenticité dans un genre justement tant lié à cette même rue. Le challenge duquel est né l’album se ressent aussi au travers des prestations de Lupe, qui offre des performances uniques pour chaque morceau, improvisées tout spécialement, ce qui participe de leur justesse. SEATTLE en est un bon exemple, les élans vocaux du rappeur semblant résulter d’un pur élan inspiré quelques battements de coeur avant leur transcription dans le micro. Et bien que Lupe ait énormément à dire, il le fait ici de manière plus concise que d’habitude, phénomène à attribuer en grande partie au processus créatif certes à flux tendus mais initialement dénué de tout enjeu. En résulte un album assurément plus digeste que Drogas Wave, et une addition excellente à sa discographie. Sa résurgence artistique amorcée par Tetsuo & Youth en 2015 est un bonheur à nul autre pareil, et a fait de lui un des rappeurs vétérans les plus intéressants de sa génération. Oh, et bien sûr, cela participe grandement à l’édification, que dis-je, à l’agrandissement, de sa statue au panthéon du hip hop, une sculpture qui n’en finit pas de s’agrémenter de détails en trompe l’oeil, de prouesses techniques, et dont les textures d’une finesse d’orfèvre révèlent un grain à l’épreuve des sables du temps. 

Morceaux :

Bartees Strange – Cosigns

French Montana – Blue Chills

Alexisonfire – Sans Soleil

INVSN – Grind Your Fingers to the Bone

Garbo – espaço sideral

Hovito

Projets :

Duke Deuce – CRUNKSTAR

N’a-t-on pas à faire au plus grand auteur d’hymnes à la bagarre de cette décennie ? Virtuose du refrain briseur de nuque, la puissance qu’il dégage nous renvoie sans cesse à son caractère divertissant. Habillant sa musique de diverses danses collant à sa personnalité, il paraît toujours joyeux à l’idée de concocter sa musique, de l’interpréter et de la partager. Son amusement étant communicatif, écouter sa musique est toujours un plaisir, et CRUNKSTAR s’avère être sans doute son disque le plus abouti. De Rico Nasty à Lil Yachty, les invités sont également bien choisis, ces derniers se mettant au diapason d’une folie incontrôlable. S’il a toujours eu l’habitude d’user de son énergie pour développer ses qualités de chant, il maîtrise de mieux en mieux l’exercice. Sa palette est plus large qu’on pouvait le prétendre après ses premiers succès. D’excellents morceaux aux influences rock ponctuent l’album, et participent à rendre obsolète l’idée réductrice qui le présentait comme un simple soldat reproduisant le crunk et la trap de ses aînés.

Young Slo-Be – Southeast

Malgré un single boosté par son succès sur TikTok en début d’année, l’essence de la musique de Young Slo-Be reste la même. Dès l’intro, les nappes épaisses de Hoodstar tombent telle une chape de plomb sur nos épaules. L’atmosphère caniculaire et étouffante qui règne tout au long de l’album est en parfaite adéquation avec son flow haché et si singulier, faisant de lui l’un des rappeurs les plus fascinants de sa génération. Comme de nombreux rappeurs, dont le niveau de notoriété ne s’affranchit que très rarement de son caractère régional, il nous amène à nous plonger dans son monde, celui d’un jeune de Nightingale, la rue dont il est originaire à Stockton. Son argot particulier et ses gimmicks participent à dessiner le paysage au sein duquel il évolue afin de trouver ses repères dans une musique confidentielle, qu’il ne partage qu’avec ses amis d’enfance et quelques connaissances californiennes. Comme leurs compères du Midwest, les rappeurs californiens cultivent l’idée que rapper sur des samples de R&B cramés est une bonne idée. Renforçant l’ancrage local de sa musique et son identité, ces samples et les diverses voix pitchées permettent de temps à autre d’apporter un peu d’air, faisant abstraction des chuchotements de Slo-Be adressant des menaces de mort.

Morceaux :

AceMula, SD EOF – Durangos

Yaya Bey, DJ Nativesun – pour up

Big Moochie Grape – East Haiti Babi

Big Sad 1900 – Therapy 2

Bad Karma – Rap Money

Victor

Projets :

Jwles – Le Zin Errant

Au détour d’un bref passage en Égypte, Jwles est revenu l’esprit comblé de souvenirs et animé d’inspirations créatives débordantes. À son esthétique d’éternel casanier, le Zin prévaut l’errance exhortant les nombreuses influences qui alimentent constamment sa musique. Le rappeur d’Aulnay-sous-bois nous avait déjà séduit avec le single Tête basse dont la flûte entêtante alliée à sa voix indolente mais tout aussi contemplative était un dépaysement absolument réjouissant. Le tout accompagné d’un visuel principalement tourné au caméscope qui permettait de capturer la beauté de l’éphémérité de son périple. L’EP de 4 morceaux est venu conclure de la plus belle manière l’entame de ce doux voyage dans lequel Jwles semble élargir une palette déjà bien étoffée. En somme l’amplitude caractéristique de son élocution est encore présente, la nonchalance n’a pas bougé mais les refrains semblent plus percutants, en particulier sur Variété et Tête basse, et des sursauts d’une énergie saisissante exaltent au final le projet. Difficile également de ne pas mentionner le travail de l’ombre absolument brillant des subalternes qui ont œuvré à la direction artistique, et en particulier des producteurs. Si le thème du voyage se ressent subtilement, les destinations ne se voient pas caricaturées dans des productions pour autant folkloristes. Mad Rey, Kostral one et Blasé, qui ont auparavant participé au façonnement des sonorités de Jwles, apparaissent au final comme les guides de l’errance du Zin.

Veust – Ce Bon Vieux Veuveu

Ce bon vieux comme il se qualifie lui-même a visiblement encore de la bouteille. Depuis 20 ans, Veust épate par sa dextérité à manier les rimes, ce qui aurait incontestablement dû le placer à un rang bien plus gratifiant qu’il n’est aujourd’hui. Pourtant il le sait, si le public ne lui jette pas les fleurs qu’il mérite , il reste sur de ses forces et cela, dès son entrée en matière sur Colors : « Ici y’a des gens que j’aime pas/Mais j’vais pas tirer sur tout le monde quand même ». Un avertissement ferme signe que son appétit n’est pas rassasié. Ce rappel est aussi le symptôme d’une pathologie parasite où l’on cherche inexorablement trop souvent à instaurer une date de péremption passé un certain âge. À cette névrose, Veust s’impose presque autoritairement avec sa voix si charismatique pour rappeler que son feu ardent est inextinguible. Son bon goût assidu dans la sélection des productions et de ses feats sont en réalité sa fontaine de jouvence dans laquelle il puise allègrement pour rester toujours aussi pertinent sans pour autant trahir son style textuel si incisif et adroit. Dans cette démonstration d’aisance où il alterne entre apologue et égotrip, veust prouve que l’âge n’est qu’un chiffre et ne lui empêche aucunement de jouer sur plusieurs terrains ou d’allier technique et tactique, le fond et la forme : « Tu sais que Veuveu c’est le joueur et le coach ». Pour schématiser vulgairement, Ce Bon Vieux Veuveu rappelle en toute autodérision que c’est dans les vieux pots que l’on fait la meilleure confiture.

Morceaux :

Young Slo-Be – Hoodstar

Irko & Meel B – Jeu en ligne

Luni Sacks – Seltana Gene (Intro)

Lil Baby – U-Digg (Feat Veeze, 42 Dugg)

French Montana & Harry Fraud – Higher

Eddy

Projets :

Damedot – Fuck Yo Summer

En apprenant la sortie d’un second projet, courant juin, de Damedot sur cette année 2022, j’ai directement accepté l’idée d’être lazy dans mes recherches US ce mois-ci. Le rappeur de Detroit représente actuellement à peu près tout ce qu’on peut rechercher en allant déguster du rap estampillé Michigan. Il était déjà l’auteur, à mes yeux, du projet Detroit rap le plus abouti du début d’année avec  » The Umbrella Again », une pluie de bangers diablement efficace et une sensation de facilité assez fascinante chez l’artiste. Alors oui, on était en droit de s’interroger en voyant le OG faire déjà son retour avec un disque composé de pas moins de 29 titres mais c’est également ça l’esprit Michigan, un prime ça se rentabilise au maximum et notre rappeur ne comptait pas déroger à la règle. Le membre originel de Team Eastside, aux côtés notamment de Peezy & Babyface Ray, nous régale une fois de plus avec des hits redoutables tels que  » Rooftop », « ZAZA », « Fuck Yo Summer » ou encore « Chinese Fanta ». On reparlera inévitablement de Damedot dans les bilans de fin d’année.

Scott South – Southaveli, Vol. 2

Sans faire trop de bruit, l’emblématique rappeur de l’underground sudiste a dévoilé son nouveau projet sur la fin du mois. Un long format en réalité immanquable pour les diggers à la fois de sons US et français. Scott South n’est probablement pas le type qui t’impressionnera le plus à l’écoute ou te marquera d’entrée techniquement, néanmoins personne ou presque ne peut se vanter de retranscrire avec autant d’authenticité et de qualités certaines des tendances les plus chaudes de l’underground US. On retrouve donc à travers ce projet des hits Detroit, new westcoast, rage rap, plugg, cloud… Bref le rappeur sait à peu près tout faire et s’entoure très bien pour cette nouvelle sortie puisqu’on retrouve des noms tels que Bricksy, 3G, Kasher Quon, thaHomey… On est définitivement sur un artiste en plein amusement qui ne se fixe pas de limites dans sa liberté artistique. Maintenant, c’est à vous de faire le travail car le rappeur n’est pas du genre à passer son temps dans la promotion du projet, loin de là.

Morceaux :

Z Money – Risk (feat. Valee’)

DaeMoney – Wayne Perry

LUCKI – Y NOT?

Lovarran & Kams – XTC

Scott South – QuarterBack

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