ENTRETIEN AVEC ACEMULA, JEUNE PÈRE DE LA JERSEY DRILL

Bien qu’il ait toujours profité d’une solide popularité dans sa terre d’origine, le Jersey club semble rencontrer un engouement sans précédent dernièrement. La raison ? Sa récente appropriation par une jeune génération de rappeurs et de producteurs américains, dont l’audace et la créativité ont fait exploser le genre sur la scène nationale et internationale.

Au sein de cette « nouvelle vague » du Jersey club, le producteur de Newark AceMula règne en maître sur son créneau : la Jersey drill. Sa première carte de visite, un EP de cinq titres intitulé Jack N Drill, sorti en septembre dernier, a posé à grand renfort de bangers les fondations de ce nouveau style. Impossible de passer à côté de « Jack N Drill », titre éponyme sur lequel on retrouve Killa Kherk Cobain, légende du Jersey club, aux côtés de Bandmanrill, nouvelle tête d’affiche du genre ; ou de ne pas casser sa nuque sur « Shake It », en featuring avec le rappeur de Brooklyn OT9 Beno.

Depuis la sortie de Jack N Drill, AceMula n’a pas chômé, enchaînant les missiles pour de nombreux artistes. Parmi ceux-ci, ils nous faut mentionner le furieux « Walkdown Gang », où l’on retrouve notre cher Bandmanrill, cette fois accompagné du Newarkais BabyATM. Ce dernier figure également au casting de l’incroyable « Spooky Pt. 2 », en compagnie de Nunu, rappeur originaire de Jersey City. Autre sortie notable, le récent « Stoley » pour MBM Franko, qui a lui aussi fait de la Jersey drill sa marque de fabrique. And last but not least, « Spin The Block », qui ne manquera pas de faire tiquer un paquet d’oreilles avec son sample… de la chanson des Choristes (oui).

À l’occasion de la sortie de Jack N Drill 2, son nouvel EP, nous avons pu échanger brièvement avec le producteur à l’origine d’un des styles de musique les plus palpitants de ces dernières années.

Pour commencer, est-ce que tu pourrais te présenter rapidement ?

Je m’appelle Ariel, aussi connu sous le nom d’AceMula. Je suis l’inventeur de la Jersey drill. Je ne suis pas un rappeur (tout le monde pense que je suis un rappeur), mais un producteur. Je produis depuis 2008. Je suis aussi ingé-son depuis 2019. Je suis né dans le New Jersey et j’y ai passé toute ma vie. J’ai vécu et travaillé aux quatre coins de l’état, à Edison, Newark, Jackson, Bloomfield…

En remontant ta page SoundCloud, on s’aperçoit que tu es dans le Jersey club depuis un petit moment déjà. Qu’est-ce que le Jersey club représente pour toi ? Quel a été ton premier contact avec le genre ?

J’ai commencé à faire du Jersey club en 2013. Comme je l’ai dit, je produisais déjà avant cela, mais dans des styles différents. La culture Jersey club est extrêmement populaire dans tout le New Jersey. Elle est partout, et on le voit à travers les nombreuses soirées qui sont organisées, les danseurs mais aussi, et surtout, la musique. C’est mon père qui m’a fait découvrir la musique Jersey club. C’est aussi grâce à lui que j’ai commencé à produire, et c’est de lui que je tiens mon style. Il est DJ, il mixe de la house. Je me souviens qu’à l’époque, il m’avait donné un livre pour apprendre à produire. Il voulait que je compose des morceaux de house pour les jouer dans ses sets. Il faudrait d’ailleurs que je fasse un album de house pour lui un jour. Après ça, le Jersey club est arrivé, et j’ai immédiatement accroché car j’étais déjà à fond dans la house. Je me suis plongé dans la scène et j’ai découvert DJ Jayhood, Sliink, DJ Problem, Big O, Mike Gip ou encore DJ Joker, qui sont des légendes du Jersey club et pour lesquels j’ai énormément d’admiration.

Cela fait désormais environ vingt ans que le Jersey club existe, et, bien que le genre ait connu plusieurs moments de gloire au cours de son existence, c’est semble-t-il la première fois qu’il explose à ce point au sein du rap. Comment expliques-tu cela ?

Le Jersey club a toujours été un genre très populaire, et a connu une vraie viralité partout où il est passé. Cependant, je suis d’accord pour dire que l’ampleur de cette dernière vague Jersey club est inédite. Elle ouvre la voie à plein de nouvelles choses, contribue au succès du genre au niveau mainstream, et beaucoup d’artistes et de producteurs qui en sont issus ont réussi à se faire signer grâce depuis. C’est la nouvelle vague de la musique club.

Tu te présentes comme l’« inventeur de la Jersey drill ». Peux-tu nous expliquer comment le crossover entre le Jersey club et la drill s’est produit ?

Avant de faire de la Jersey drill, je faisais des remixes Jersey club. Unicorn151 (aka Killa Kherk Cobain) a été le premier artiste à poser sur mes remixes. À l’époque, on a sorti des vidéos pour certains d’entre eux, comme « Get Wit Me » et « Bricks Too Hard ». C’était en 2018 ou en 2019. Avant ça, en 2016, un de mes remixes (« Work » de Rihanna) avait vraiment percé. Je crois qu’il a été joué 80 millions de fois au total, ou quelque chose comme ça. Mais après coup, j’ai compris que faire des remixes, ça ne paye pas. Donc j’ai décidé d’arrêter et de me concentrer sur une seule chose : produire ma propre musique. J’avais envie de me démarquer, tout en restant fidèle à mon style, le Jersey club. En 2020, la drill de New York commençait à devenir de plus en plus populaire. Je suis un grand fan de drill, et je me suis rendu compte que la drill et le Jersey club avaient parfois le même BPM. Un jour, j’ai entendu un DJ mixer un son drill avec un son Jersey club. C’est ce qui m’a inspiré à mélanger les deux genres. Puis l’année dernière, Bandmanrill a sorti « Heartbroken », et le Jersey club a explosé. Juste après ça, j’ai capté Killa Kherk et Bandmanrill. On a enregistré « Jack N Drill », qui est sur mon EP du même nom, et la vidéo qui va avec. Et c’est comme ça que la Jersey drill est née.

Tu as collaboré avec de nombreux rappeurs originaires du New Jersey. Depuis peu, le Jersey club, et même la Jersey drill, se sont popularisés bien au-delà de leurs frontières d’origine, jusqu’en Europe. Comment perçois-tu ce succès à l’international ?

Je trouve ça incroyable que le genre s’exporte dans d’autres états, et même dans d’autres pays. J’ai envie de travailler avec des artistes d’ailleurs, de voyager… Mais en même temps, je souhaite vraiment que les gens qui se mettent au Jersey club collaborent avec des artistes originaires du New Jersey. Et je ne parle pas que pour moi. Ce n’est pas seulement un style de musique, mais une culture, un mode de vie, avec sa propre histoire. On veut aussi que le Jersey club soit reconnu pour ce qu’il est vraiment : un produit du New Jersey.

Aujourd’hui, tu sors Jack N Drill 2, la suite de Jack N Drill. Est-ce que tu as d’autres projets pour le reste de l’année ?

Bien sûr : encore plus de musique, de vidéos, de collabs, de soirées, de merch… Je suis également en train de travailler sur un nouveau projet, qui s’intitule Jack N Drillettes. Il s’agit d’un album de Jersey drill sur lequel on retrouvera exclusivement des rappeuses, toutes plus incroyables les unes que les autres.

On a hâte d’écouter ça. En espérant te voir jouer en France un jour !

Merci ! J’espère pouvoir venir un jour pour y jouer et rencontrer du monde.


Jack N Drill 2 est disponible dès aujourd’hui sur toutes les plateformes.

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