MAI ’22 PAR GATHER

D’après le dicton : « en mai, fais ce qu’il te plaît ». Et ce qui nous plaît, en mai, chez Gather, c’est de vous partager chacun deux albums et cinq titres qu’on a appréciés dans le mois !

(Crédit photo cover : photogramme issu du clip « N95 » de Kendrick Lamar, réalisation Dave Free et Kendrick Lamar)

Lucille

Projets :

Maud Geffray – Ad Astra

En cinq ans, l’ex-moitié du duo Scratch Massive aura pris le temps de nous gratifier de deux albums, Polaar, sorti en 2017, et Ad Astra, qui pourrait être le contrepied solaire à son premier projet. Aux frontières de la pop et des musiques électroniques, Maud Geffray réussit l’exploit de faire ressortir des abysses Koudlam le temps d’un superbe morceau qui lorgne vers la cold wave, comme elle se révèle dans des hymnes pop exubérantes à l’image de « Break » et « Lo and Behold », qui révèlent un ancrage résolument pop à l’assaut de bien d’autres. Le casting fait également une place d’honneur à Rebeka Warior sur « I Fall At 5 » pour une leçon de pop française. Jouissif cheminement qu’est celui de Maud Geffray au sein pourtant d’un genre tant écumé.

Maria BC – Hyaline

C’est le premier album de Maria BC après un EP, Devil’s Rain, sorti l’année passée, relativement irréprochable. Les guitares basses en fil rouge pour distordre et flouter les atmosphères, impossible de ne pas penser à Grouper à l’écoute de ce projet. Si les paroles sont plus intelligibles et semblent moins hantées de noirceurs, les reverbs dans lesquelles se noient ses récits et le caractère introspectif ont tout de l’héritage Liz Harris. Le single « The Only Thing » est un bijou de délicatesse où une voix cristalline se heurte à ses sonorités de prédilection pour divaguer sur les thèmes amoureux. Les 11 pistes se dévoilent dans un écrin de maîtrise admirable.

Morceaux :

Obongjayar – Some Nights I Dream of Doors

KH – Looking at your pager

Jamal Moss – This Is 4 The Rave Bangers II

Perel – Matrix

Knucks – Send Nudes

Paul

Projets :

Kendrick Lamar – Mr Morale & The Big Steppers

Il y a quelques mois, Kendrick réapparaissait le temps de quelques lignes, nous annonçant un retour prochain, poussé et inspiré par quelques pensées furtives qui le traversaient. La tension et l’attention étant à leur comble en lançant la première écoute de ce cinquième album, c’est tout d’abord une densité fracassante et bouleversante de questionnements qui se fait ressentir : l’impression d’avoir le cerveau trop étriqué pour saisir l’entièreté du discours, des points de vue et des vérités exprimées par l’artiste… Au fur et à mesure des réécoutes, le tableau s’éclaircit, la musique prend sa place et accompagne le complexe propos, celui d’une guérison thérapeutique chaotique et d’une prise de conscience de sa construction personnelle. Kendrick signe ici son album le plus intime, frôlant l’impudeur en exorcisant les vieux démons familiaux. Baby Keem et Kodak Black accompagnent le natif de Compton tout au long de cette réflexion comme les deux faces d’une même pièce : lumineuse et fougueuse pour le premier, sombre et toxique pour le deuxième. MM&TBS nous montre comment un artiste, de par son travail sur lui-même, fait survivre son art, quitte à en sacrifier les aspects les plus abordables et commerciaux : « I choose me », conclut-il.

IDK & Kaytranada – Simple.

À 29 ans, fort de ses deux albums studios réussis, IDK a pu réaliser son rêve de gosse : s’acheter une grosse Mercedes Benz Maybach. Pour marquer l’occasion, il a fait le choix de baptiser son bolide flambant neuf en revenant dans les rues qu’il fréquentait plus jeune, celles de Simple City. « Simple », car on pouvait s’y faire tuer pour le simple fait de s’y trouver. L’artiste du Maryland, alors marqué par les réminiscences de son passé, trouve la ligne directrice de son troisième album : faire danser ses semblables tout en évoquant leur réalité difficile. Quelques semaines plus tard, l’axe américano-canadien se voit enrichit du troisième album d’IDK, entièrement produit par le producteur-star Kaytranada, nous proposant une nappe sonore longue de huit morceaux aux airs de célébration décomplexée. Le projet-capsule est joliment illustré par quelques clips bien sentis, comme « Breathe », où le réalisateur a filmé les architectures minérales du 13e arrondissement pour exprimer l’atmosphère vaporeuse du projet.

Morceaux :

Kendrick Lamar – Father Time (feat. Sampha)

Kendrick Lamar – Savior (feat. Baby Keem & Sam Dew)

IDK & Kaytranada – Taco

Rounhaa – BOO

Prajina – Ritu

Valentin

Projets :

Toxicated Keys – From Thutlwane To The World

De l’amapiano qui tabasse : c’est la promesse que faisait, en début d’année, le tout nouveau label parisien PSSNGR à l’annonce de la sortie du premier album de Toxicated Keys. Et effectivement, ce duo d’adolescents sud-africains, originaires du township de Mamelodi East à Pretoria, n’a pas déçu. Premier manifeste du son « rough amapiano », From Thutlwane To The World fait la part belle aux clunk bass typiques du genre, nouveau phare de la musique électronique sud-africaine à l’international. Gros coup de cœur pour les bangers que sont « Zaka Zaka » et « Bra Dzick » en particulier.

Marina Herlop – Pripyat

Sur ses deux premiers albums, Nanook (2016) et Babasha (2018), Marina Herlop laissait son piano mener la danse, habillant ses compositions mélancoliques de sa voix cristalline. Une recette simple, mais drôlement efficace. Sur son nouvel opus, intitulé Pripyat, sorti sur l’incontournable label PAN, la Catalane prend cependant un virage majeur, incorporant de nombreux éléments électroniques inédits dans sa musique pour dresser un tableau surréaliste et onirique qui, par moments, n’est pas sans rappeler une certaine Björk…

Morceaux :

Entrañas, Pvssy – Calor (Dj Rankng Remix)

Huna – What U Say

MOBBS – Rook

NW/HR – Nuclear Winter

VANYFOX – Kitana

Erfry

Projets :

A$ap Ant – Lil Black Jean Jacket 3

Presque deux ans après son dernier projet, l’arme secrète du A$ap Mob revient avec le troisième volet de sa série d’albums et délivre déjà l’un des gros coups de cœur de 2022. En 16 titres, le rappeur rappelle qu’il a peut-être la meilleure oreille du crew, et nous emmène dans des ambiances variées, allant de bangers sudistes et agressifs à des morceaux plus laid-back et ensoleillés. Des ambiances aussi variées que les guests dont il s’est entouré pour l’occasion, que ce soit ses camarades du Mob, Rocky et Twelvyy, ou des légendes comme Lil B et Curren$y, en passant par Larry June et Key!, entre autres. Il ne reste alors plus qu’à l’artiste originaire de Baltimore de faire la démonstration de ses flows protéiformes et envoûtants ainsi que de son egotrip teinté d’humour et de nonchalance, et cela donne déjà l’une des écoutes les plus funs de l’année.

Rachel Chinouriri – Better Off Without

S’il fallait surveiller une artiste en ce moment, au moins pour faire le puriste quand vous l’entendrez partout à la radio, le choix évident serait sûrement Rachel Chinouriri. Préparant tranquillement son premier album, elle revient d’abord avec un nouvel EP, dans lequel elle affirme plus que jamais son style indie pop (n’en déplaise à tous ceux qui continuent de catégoriser RnB tous les artistes noirs qui ne rappent pas). De nouveau, elle raconte ses peines de cœur avec honnêteté et émotion, mais cette fois-ci sur des productions bien plus lumineuses et pop. La Londonienne apparait plus triomphale et délivrée à mesure qu’elle affine sa proposition, et ce nouvel EP sonne déjà comme la BO de cette transition saisonnière, le remède au blues printanier qui précède toujours l’euphorie estivale.

Morceaux :

Ayrtn – Caution

Asian Doll – Get Jumped (feat. Bandmanrill)

Lovarran – Kirby

Mejiwahn – Heart String Special (feat. Liv.E)

Danger Mouse & Black Thought – No Gold Teeth

Hovito

Projets :

Band Gang Lonnie Bands, Shredgang Mone – Shottas

Band Gang Lonnie Bands a fait en sorte de ne pas trop tarder pour montrer qu’il était toujours bien assis sur le fauteuil de King Of Detroit cette année. Le prolongement de Hard 2 Kill valait le détour, et Shottas s’impose d’ores et déjà comme l’un des projets les plus forts de l’année. Il est ici accompagné de Shredgang Mone, qui se met naturellement au diapason du royaume mortuaire que Lonnie Bands dessine. Puisqu’ils ne leur restent plus aucun sentiment, c’est par la terreur qu’ils opèrent. Néanmoins, c’est bien Lonnie Bands qui demeure l’attraction principale de ce disque. Sa brutalité et ses contradictions sont toujours saisissantes, étant lui-même conscient qu’une thérapie lui ferait le plus grand bien, avant de se rendre à l’évidence en jugeant que la tâche est bien trop conséquente et qu’un million de dollars sera plus utile. Il se sait torturé à vie, d’où la question rhétorique qu’il pose dans « Like Dat », le dernier morceau : « Do this crown make me happy? »

Young Bull – Bulls Eye

Satanée Stinc Team, encore eux. En effet, en tant qu’auditeur, la meilleure manière de perpétuer l’héritage de Drakeo The Ruler est sans aucun doute de porter la plus grande attention à ses fidèles amis et successeurs. Si OTM et Ralfy the Plug semblent pratiquement voler de leurs propres ailes, d’autres rappeurs légèrement plus confidentiels poursuivent également la quête de vérité du collectif. Young Bull est de ces derniers. Après un premier projet en 2021, Bulls Eye confirme l’efficacité de son flow planant, assommé par la chaleur pesante de Los Angeles, mais aussi par la quantité de codéine consommée. L’alchimie qui règne entre les membres de la Stinc Team est par ailleurs toujours autant appréciable, « Letter To My Big Bro » et « Light Speed » figurant parmi les morceaux forts de l’album.

Morceaux :

NSG, LD – Roadblock

Ella Mai, Lucky Daye – A Mess

Bla$sta – Bla$t That Or Pass That

Obongjayar – Parasite

EBK Young Joc – Kick Doe

Eddy

Projets :

Implaccable – So Vladdy

La première grosse claque FR n’était pas forcément celle que j’attendais. En l’espace de quelques semaines, Implaccable s’est imposé à mon quotidien avec ses morceaux entêtants et ses phases charismatiques. Avec ce projet et ses premières scènes déjà mémorables, le rappeur semble déjà s’affirmer comme le nouveau phénomène underground français de 2022. Vous trouverez davantage de mon ressenti concernant le projet sur notre Instagram.

Babyface Ray – FACE Deluxe

Pas surprenant ni drôle sur ce coup-là, je vous l’accorde, mais FACE m’avait déjà comblé en ce début d’année, alors si on rajoute une deluxe avec les présences de Lucki et Veeze… La star de Detroit confirme un peu plus son ascension avec 8 nouveaux sons dans la lignée de son premier album. En route vers le succès tout simplement.

Morceaux :

Implaccable – Mon hitter il fait un bad

Lucki – Good Memories

42 Dugg – SOON (feat. Arabian)

Stay Flee Get Lizzy x cityboymoe x Gdup – Might Be

Thaiboy Digital — I’m Fresh

Hugo

Projets :

Ecstatic Vision – Elusive Mojo

Des fois il faut juste que ça en jette. Des fois il nous faut juste une déferlante de style et de cool pour aller mieux. Et quand on le trouve, c’est comme une transfiguration, l’impression que notre aura fait pâlir les personnes qui nous croisent et donne envie aux gosses de nous ressembler. Réaliser un album cool – au véritable sens du terme – est loin d’être une tâche facile, c’est même un exercice extrêmement ardu. Combien de disques n’exsudent rien d’autre qu’une énergie commune, ne sont qu’un énième piéton sur le trottoir ? Elusive Mojo fait place nette dans la rue, il roule des mécaniques à ne plus en pouvoir, il envoûte les suspensions hydrauliques des voitures et rend les motos hystériques. S’il était un film, il en serait un d’action des années 90, un Tarantino des grandes heures peut-être, qui vous ferait oublier votre mâchoire et esquisserait une pluie d’étoiles enflammées dans vos prunelles. Mais c’est un album de rock, où se castagnent constamment le heavy psych, le detroit rock, le proto-punk, et un saxophone geignard et teigneux, le tout arbitré par une voix gutturale, granuleuse et agressive. Des gerbes de sang giclent sur les murs, les vociférations fusent, les objets alentours virevoltent, les bâtiments s’effondrent dans un chaos jubilatoire. Assurez-vous de guetter les autres sorties du label sur lequel l’album est sorti, Heavy Psych Records, jouissance assurée. 

Tess Parks – And Those Who Were Seen Dancing

Le leader des Doors, Jim Morrison, était un personnage assez extraordinaire. Outre sa dimension de sex symbol public, sa présence sur disque était incommensurable. Son flegme suave, sa classe imposante mais subtile, ses explosions d’énergie comme autant d’appels à l’émeute. En voilà un qui n’avait aucun mal à transcrire son intensité naturelle dans le studio. Nombreux sont les artistes ayant été inspirés, par la suite, par cet immense artiste. Entre en scène Tess Parks, chanteuse de rock psych et blues canadienne. Après une décennie d’exercice, elle sort son second album solo, And Those Who Were Seen Dancing, une consécration artistique, qui inconsciemment ou non, semble conjurer certains des traits les plus emblématiques du défunt Morrison, tout justement ce flegme, ce détachement investi, ce chant ironique, sourire aux lèvres. Tess Parks le manie à merveille. Son élocution lancinante, ennuyée et pourtant incisive est d’une efficacité envoûtante. Le temps d’un album, on prend un plaisir insensé à l’écouter déverser au ralenti son extraordinaire lassitude, sa mansuétude toute féminine et son entrain à peine simulé, fixés dans un écrin doux comme un amer constat. 

Morceaux :

The Smile – Skrting on the Surface

Arcade Fire – Age of Anxiety II (Rabbit Hole)

Kendrick Lamar – The Heart Pt. 5

They Hate Change – X Ray Spec

Joe Rainey – no chants

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