Avril ’22 par Gather

Photo de @axlejozeph

Lucille

Projets :

Pongo – Sakidila

Evidemment que cet album est celui du mois, il a toute l’énergie bouillonnante et optimiste qui fait encore tenir bien des nôtres et nous même dans un monde absolument fini. Il a la liberté de ceux qui ont compris qu’il n’y avait aucun intérêt aux frontières et il a l’ambition herculéenne que le rap peine tant à retranscrire ces derniers temps. Pongo chante principalement en portugais dans un savoureux renouveau de Kuduro qu’elle mélange à des influences tant EDM, dance que venues de l’amapiano dans deux titres géniaux, So Amor et Amaduro. Une fois n’est pas coutume mais c’est son Colors qui serait peut être le plus représentatif de l’énergie de Pongo, une confiance qui transperce l’écran autant que sa voix et les rythmiques s’avèrent addictives, les mélodies sont parfaitement calibrées pour maintenir un renouveau constant et une exploration sans fin de ses racines africaines. Le single Wegue Wegue était une boule de feu quand Doudou vient offrir une balade angélique à l’attrait des plus séduisants. C’est un second album absolument fascinant et qui ouvre des perspectives superbes à un rayonnement grand public de ces sonorités. 

Axel Boman – LUZ

En 2018 est sorti Knock Knock, album d’un artiste que les amateurs de musiques électroniques des années 2000 et de l’écurie Kompakt connaissent forcément, DJ Koze. Depuis, chaque début de printemps/été se passe à titre personnel avec cet album. Rien n’avait atteint jusque là un tel équilibre entre pop/disco/house/shoegaze avec une variété d’invités qui donnent une densité et un corps si solide et une énergie si particulière. A cette époque exerçait déjà Axel Boman, avec une consistance sans faille, lui et Koze étaient une relative élite musicale intellectuelle dans les musiques électroniques. Ce double album de Boman est le grand héritier de celui qui a introduit cette chronique. Dans la minutie apportée aux mélodies, dans le superbe morceau qu’est Out Sailing avec Man Tear et Inre Frid ou l’exécution parfaite d’un tube house comme Nowhere Good avec Bella Boo. Il y a du Moodyman comme de l’école allemande dans une pureté voluptueuse qui rend tout irréprochable. Le closing vient rappeler les grandes heures de Hot Chip dans l’effusion de l’époque où la pop commençait à voir les musiques électroniques la redéfinir. LUZ est la deuxième moitié d’un double album Quest for fire/LUZ qui sont d’une complémentarité parfaite et se permettent d’explorer littéralement tout en ne gardant que la noblesse du rendu en ligne de mire.  

Morceaux :

Aluna & Jayda G – Mine O’ Mine

GAIKA – Q ET feat. 3D & Dave Sitek

Pusha T – I Pray For You feat. Malice, Clipse & Labrinth

IKRAAAN – Dirigent

Weiland – Can’t Save Her

Valentin

Projets :

Lila Tirando a Violeta – Desire Path

Après plusieurs années passées à explorer moult sonorités électroniques, l’Uruguayenne Lila Tirando A Violeta débarquait en 2020 sur le label NAAFI avec son album Limerencia, aux influences deconstructed club marquées. Un premier passage on ne peut plus idoine chez l’écurie mexicaine, véritable pilier du « genre », auquel elle donne désormais suite avec Desire Path. Accompagnée comme à son habitude d’une flopée de producteurs talentueux (Merca Bae, Nicola Cruz, Sueuga…), Lila fait pleuvoir les bangers, mêlant atmosphères nébuleuses et rythmiques latino-américaines, et nous livre sans aucun doute son œuvre la plus aboutie.

KMRU & Aho Ssan – Limen

Sur le papier, difficile d’imaginer la rencontre des univers de KMRU et d’Aho Ssan. Le premier sort régulièrement des compositions discrètes et épurées, et est accessoirement l’auteur de certaines plus belles compositions ambient de ces dernières années. Le second a sorti son (magnifique) premier album il y a deux ans, dévoilant une drone music abrasive aux allures de bande-son pour événements cataclysmiques. Et pourtant, ça fonctionne à merveille : l’alchimie entre le Nairobien et le Parisien est totale sur Limen, œuvre épique en trois actes élaborée à l’occasion de l’édition Metabolic Rift du festival Berlin Atonal.

Morceaux :

AceMula – Walk Down Gang feat. BabyATM & Bandmanrill

Batu – Solace

DJ Karuso – Sem Conversa feat. Kelwin Lopes, MC Fabinho Da Osk & MC Rick

Kanti – Acima feat. JLZ

IVVVO – Ceramic Chaos

Paul

Projets :

Pusha T – It’s Almost Dry

Fraichement débarqué à Kathmandu, le son de Phull Bute Sari, équivalent populaire d’un Despacito de 2017, passe à plein volume dans les enceintes des bus locaux. Dans les conversations sur les artistes préférés des jeunes népalais, un seul artiste fait l’unanimité : Justin Bieber. Bon, je respecte tout ça bien-sûr, mais je vais quand même remettre mes écouteurs. L’album parfait pour couvrir le brouhaha musical assourdissant des transports en commun est justement sorti le 22 Avril : It’s Almost Dry. Dans ce 12 titres extrêmement efficace, Pusha T revient faire ce qu’il sait faire de mieux  : délivrer tout un tas de saloperies à propos de son passé de vendeur de coke sur des productions 5 étoiles. Le flow percutant et le timbre vicieux de Pusha viennent satisfaire les samples oldschool de Ye et les rythmiques fracassantes de Pharrell, donnant naissance à un album-tempête ultra inspiré : sacré vent de fraicheur pour cet alignement de quarantenaires !

Lesram – Wesh enfoiré

« Minuit, parking, bouteille, quartier, c’est ça ma release party », en quelques mots le décor est planté. 2 ans après sa mixtape G-31, Lesram continue sa fulgurante progression en solo sur Wesh Enfoiré. Tout au long de ce 10 titres bien tassé, le rappeur du Panama Bende décrit avec précision et économie son environnement, entre bicrave et petits barbeucs à la tess. Tout est exprimé dans une simplicité limpide, sans faire dépasser une seule syllabe, et en réussissant à faire transparaitre une mélancolie et une sincérité touchante. Lesram apparait comme un observateur calme et un fin technicien de la rime, débitant ses phases avec ce flow méthodique, symptomatique d’une tension cardiaque sûrement proche de zéro. Sur ce, il est l’heure d’écouter ses sages conseils et de continuer ce voyage : « J’suis trop ici, faut qu’j’visite ce monde immense, gros ».

Morceaux :

Vince Staples – WHEN SPARKS FLY

Isha – Étage feat. OG Gold

Grodäsh – Survivant feat. Ul’team Atom & Giver HYPMAN

Lesram – Cnn

Pusha T – Dreamin Of The Past feat. Kanye West

Victor

Projets :

Makala – Chaos Kiss

Le mois d’Avril commençait sur les chapeaux de roues avec le retour du plus insatiable créatif et fantaisiste rappeur francophone. Le natif de Genève, aux côtés de son fidèle comparse Varnish La Piscine, délivre de nouveau une vague de fraîcheur dans la continuité du plébiscité Radio Suicide sorti en 2019. Discret mais jamais vraiment absent pendant ces 3 ans, les frères de la piscine reviennent par la grande porte et surprennent en s’affranchissant totalement des codes conformistes et normatifs d’un rap francophone trop souvent édulcoré. Makala fait partie de ce lot d’artistes capables d’une proposition complexe et innovante sans tomber dans les méandres d’une offre incompréhensible. Dans cette masse éparse et chaotique, Makala, sûr de lui, frôle voire embrasse lascivement le paroxysme de son art.

Vince Staples – Ramona Park Broke My Heart

« What’s success but guilt and stress ? », une question dont Vince Staples s’efforce et peine à y trouver les réponses dans cet opus. Dans une nouvelle quête introspective, l’ancien Crips évoque ses plus vieux démons et ses plus récents, ceux du matérialisme superficiel de sa nouvelle vie. Perdu entre un passé et un présent incompatibles, le rappeur tire sobrement un chapitre sur tout un pan de sa vie, sans pour autant sombrer dans un constat aux allures fatalistes. L’enfant de Long Beach conte ses difficultés à s’adapter au succès et à la richesse qu’il a pourtant tant désiré, regrettant presque son ancienne vie. Aux regrets, s’ajoute un sentiment de culpabilité latent, celui d’un miraculé d’un quartier où les destins connaissent tous dramatiquement la même trajectoire morose. L’album s’apparente presque à une séance chez le psy où tout le blues qui le hante est évoqué, le tout sur une production paradoxalement solaire, symbole de cette constante dualité qui tracasse Vince Staples.

Morceaux :

Future – PUFFIN ON ZOOTIEZ

Captain Roshi – Ma quête

Green Montana – PAPIERS

Ralfy The Plug – What’s His Name

Pusha T – Call My Bluff

Maxime

Projets:

Billy Woods – Aethiopes

Si vous êtes actuellement en manque d’activité pour stimuler votre intellect, je ne peux que vous recommander de vous jeter sur Aethiopes. Le dernier album du fantastique Billy Woods est une énième preuve du génie de l’OG new-yorkais, qui peut aisément se targuer d’avoir la meilleure plume du rap jeu. Encore une fois, il pousse son écriture à un niveau d’abstraction encore plus élevée que par le passé, et pour cause. De son propre aveu, il s’agit du concept le plus élaboré auquel il ait tenté de donner vie: explorer la « blackness » historiquement, géographiquement, artistiquement…  Dès lors, il est difficile d’extraire de l’album une diégèse bien définie, car chaque morceau raconte une histoire qui mêle diverses époques et lieux afin d’illustrer avec brio l’espace-temps africain de l’imaginaire de woods. Si l’album parvient à relever un tel défi, c’est aussi grâce au travail de DJ Preservation qui y signe l’intégralité des productions. L’alchimie entre lui et woods n’a jamais été aussi évidente que sur Aethiopes. A l’image du MC, il ne cesse d’emprunter des sonorités de scènes et d’époques très variées pour donner à l’album une couleur unique. Ne vous laissez pas décourager par la complexité du disque et courez écouter l’un des gestes artistiques les plus audacieux de l’année.  

Weiland – Vices

Après deux ans de teasing, Weiland sort enfin son Vices, son deuxième album studio. Le jeune prodige de Tampa qui ne cesse de nous étonner tout au long des douze morceaux du projet  en piochant dans un large panel de styles : drum & bass (Broken Ego), coldwave (Mellotron) ou encore dance music (Dangerous Woman). L’album est donc bien différent de ce à quoi l’artiste nous avait habitués. Pour autant, on y retrouve son style émo qui, mélangé aux influences citées précédemment, donne une patine vraiment singulière à l’album. L’attente fut longue mais en valait clairement la peine: Vices est une indéniable réussite.

Morceaux:

Ponko – Pica

Jamie xx – LET’S DO IT AGAIN

42 Dugg x EST Gee – Spin

Vince Staples – WHEN SPARKS FLY

Pusha T – Just So You Remember

Hovito

Projets :

Big Sad 1900 x Steelz – It’s Steel 1900

À l’âge de 12 ans, Big Sad 1900 rencontre son père pour la première fois, lui qui était entre 4 murs depuis sa naissance. C’est au même âge que le rappeur de Los Angeles effectue son premier séjour en prison également. Le décor est tristement dressé. Depuis deux ans, grâce au rap, Big Sad 1900 semble entrevoir un moyen de poursuivre son hustle en s’éloignant de la violence des gangs. Il est sans aucun doute l’un des héritiers du regretté Nipsey Hussle, dont on perçoit l’influence tant à travers le flow et les placements que dans la manière d’appréhender sa carrière. Alors qu’il se manage seul et qu’il a créé son propre label 1900 Records, il multiplie les projets collaboratifs avec des producteurs apportant chacun leurs particularités permettant d’étoffer sa palette. It’s Steel 1900 est donc le fruit de son entente avec Steelz, un producteur local. Ce 7 titres s’inscrit dans la continuité d’un catalogue déjà bien garni qui lui permet d’assoir son statut de rappeur majeur de la scène montante de Los Angeles, dont il se démarque avec une alternative à la musique de clubs que certains de ses compères proposent.

Paul Wall x Termanology – Start 2 Finish

Quand on ne sait plus trop quoi écouter, on peut toujours trouver des vétérans dont la musique nous procure un certain plaisir. Parmi eux, Paul Wall est sans doute l’un de ceux dont la formule vieillie le mieux. Le temps de Start 2 Finish, il a lié ses forces avec le vétéran du Massachusetts, Termanology. Ça pourra paraître incongru à première vue pour certains. L’intérêt de ce disque est notamment de voir Paul Wall sortir quelque peu du cadre texan dans lequel il est profondément ancré. En conservant son flow unique et enraciné dans ces codes régionaux, celui qui s’autoproclame « slow flow professional » a l’occasion de performer sur des sonorités bien plus typiques des préconçus East Coast. Ce mélange résulte sur d’excellents morceaux, dont Recognize My Car – avec Pete Rock à la production ce qui est vécu comme un immense accomplissement pour le rappeur de Houston, ou encore Thailand, dans lequel le légendaire Bun B nous livre un couplet de haute volée. En somme, une recette de OG, bien smooth, et totalement appropriée pour l’accompagnement de vos beaux jours.

Morceaux :

Baby Stone Gorillas x Saviii 3rd – Die Behind Troopers

Kai Bandz x OTM – It’s A Play

Sauce Walka – Dangerous Daringer

DaBoii – KickDoe

G Herbo – Locked In

Erfry

Projets :

Kaelin Ellis – THE FUNK WILL PREVAIL

Presque deux ans après son précédent album, quelques EP et remix, et sûrement des centaines de beat videos, le producteur Kaelin Ellis revient en ce début d’année avec son sixième album, THE FUNK WILL PREVAIL. Et le titre ne ment pas, tant on passe les 23 minutes du projet à bouger la tête le sourire aux lèvres. En 14 tracks, il fait la démonstration de son groove imprévisible et hors du commun, condensant avec brio ses influences funk, jazz, electro, lo-fi et même disco. Le résultat est un album cohérent, avec un véritable travail sur le sequencing, qui rend l’écoute fluide et vite addictive. Un nouvel élément vient continuellement surprendre l’oreille, tantôt une trompette ou un piano, tantôt une voix distordue ou des chœurs, privant l’auditeur d’une quelconque torpeur. S’entourant en plus d’un casting cinq étoiles (The Kount, C. S. Armstrong, Rob Araujo entre autres) qui apporte son savoir-faire instrumental et donne une couleur plus organique à son travail, le producteur de Floride offre ici son projet le plus ambitieux, et prouve encore une fois qu’il faut le surveiller.

Kyo Itachi – Solide

De l’autre côté de l’Atlantique, c’est un autre producteur, français cette fois-ci, qui clôt le mois en beauté. Le prolifique Kyo Itachi, toujours un pied entre l’hexagone et l’Amérique, revient poser ses bagages dans son pays natal et rassemble plusieurs siècles cumulés de rap francophone sur son nouvel album. Au fil d’instrumentales sordides qui rappellent la scène boom-bap new-yorkaise actuelle, celle des Griselda, Roc Marciano et consort (l’album s’ouvre quand même avec un solo drumless d’Alpha Wann), se succèdent des Dany Dan, Eloquence, X-Men, Rocca, Nikkfurie et Hifi, pour n’en citer que quelques uns (ainsi qu’un belge que l’on essaie pourtant d’éviter depuis plusieurs années). A coups de prestations techniques magistrales et de plumes aussi virtuoses pour célébrer le rap et l’opulence que pour s’en prendre à ce monde et ses résidents, ceux qui ont fait de la France le pays de rap qu’elle est aujourd’hui prouvent qu’ils n’ont rien perdu de leur superbe. Dans ce paysage où les auditeurs peuvent parfois oublier où leur rappeur favori a fait ses classes, Solide remet en lumière la filiation des techniciens d’antan avec ceux d’aujourd’hui, et nous renvoie à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre.

Morceaux :

Vince Staples – East Point Prayer feat. Lil Baby

Isha – Labrador bleu

Loto – Digits

Westside Boogie – Aight feat. Shelley FKA DRAM

BIA – London feat. J Cole

Hugo

Projets:

TATYANA – Treat Me Right

Assister à ce qu’il nous semble être l’avènement d’une nouvelle popstar est toujours un sentiment très exaltant. Ressentir ce rush d’adrénaline procuré par la musique en elle-même et l’appréhension fébrile de ce qui pourra être à l’avenir. C’est l’impression tenace que laisse ce 1er album de la londonienne Tatyana. Comme toute chanteuse de pop qui se respecte, elle puise à d’éminentes sources: la pop suédoise, le style de Charli XCX, la disco. Pour mettre ces influences en exergue, elle bénéficie de l’assistance de Joseph Mount, le fondateur et chef d’orchestre de Metronomy. La connexion s’est faite comme par miracle, Tatyana ayant osé lui envoyer ses demos par DM Instagram. Evidemment, Mount a tout de suite constaté le potentiel. Le résultat est un album référencé, débordant déjà d’assurance, et qui laisse entrevoir la personnalité musicale de la chanteuse. Certes, il n’est pas parfait, mais c’est un témoignage d’excellente augure et une réussite artistique indéniable. Mais avant tout, c’est un décret d’ordre impérial, dont les enjeux sont vitaux: une femme a besoin, veut et mérite un partenaire qui la traite correctement. Le respect passe avant tout. 

42 Dugg & EST Gee – Last Ones Left

Voilà bien un duo qu’on avait pas forcément vu venir mais qui a très vite pris tout son sens. C’est même d’une logique implacable: deux des tout meilleurs street rappeurs du moment, deux styles complètement aux antipodes mais naturellement complémentaires. Un équilibre presque parfait atteint lorsqu’ils échangent des one-liners vicieux et perforants, à l’image du morceau d’entame, Ice Talk. Un concentré de pure crapulerie sans aucune concession. Alors évidemment, il y a des redondances, évidemment certains weedcarriers édulcorent la solution en fin d’album, mais quelle efficacité nonobstant. Prenons le chant de guerre qu’est Spin et son refrain qui supplie d’être hurlé, ou encore la menace latente de Thump Shit, trouve-t-on actuellement plus convaincant dans cette veine? Plus avant, ils ont eu cette brillante idée de ne pas faire traîner les morceaux trop longtemps, les tirs sont dosés, sont précis et sont léthaux. C’est de la musique taillée pour oblitérer les haut-parleurs de votre Opel Corsa, pour faire des money spreads avec vos billets de 20, et pour visualiser une balle dans la tête des vieux dans la rue. 

Morceaux:

Future – The Way Things Going

Jamie xx – Let’s Do It Again

Pastor Champion – Who Do Men Say I Am

Tilt Man – Feels Like a Different Thing

Ricky Hil – Outcast

Laura

Projets :

Toma Kami – Amapicante EP

Amapicante EP est la troisième sortie de l’année du désormais légendaire label de Bristol, Livity Sound. Toma Kami, jeune producteur français, et lui-même créateur du label Man Band, n’en est pas à son coup d’essai chez Livity Sound. Après un premier single en 2018, un EP en 2019 et une apparition sur la très réjouissante compilation des dix ans du label en 2021, ce nouveau projet confirme l’aisance du producteur dans la confection d’une « Body Music », ligne directrice du label. La Body Music selon Toma Kami passe par un minimalisme certain, et une retenue qui lorgne sur la rétention. Ce travail délicat de production qui consiste à rendre sensible chacune des couches d’un édifice est d’autant plus saisissant lorsque Toma Kami s’amuse à construire de véritables espaces sonores. L’ouverture de « Zone Bruma » nous plonge ainsi dans une scierie expérimentale, nappe orageuse de laquelle s’échappe des sonorités fragmentées. Les textures variées et concrètes — quelque part, toujours sur « Zone Bruma », on entend la rumeur d’un ballon de baudruche sur lequel on aurait fait courir ses doigts — sont comme autant de frissons qui parcourent l’échine et invitent, tout compte fait, à la danse. 

Batu – Opal

Opal est le debut album du producteur de Bristol, Batu. C’est sur son propre label Timedance que ce membre chevronné du crew de Livity Sound sort ce LP. Cet album peut être appréhendé comme une longue traversée sonore où chacun des morceaux se fond l’un dans l’autre, ce qui a pour effet de construire une expérience d’écoute particulièrement flottante où l’oreille peine à se saisir de ce qui lui parvient. L’opale est connue pour produire un phénomène d’iridescence, c’est-à-dire qu’elle déploie un jeu d’éclats de lumière multicolores à partir de la diffraction de la lumière. Ici, chacun des morceaux représente à sa manière une des faces de la gemme. L’édifice ondoyant de l’album permet cette versatilité. Les deux belles plages ambient qui ouvrent l’album font émerger sur la troisième piste un jeu de drums instable qui s’étend et résonne sur le morceau d’après, bien que composé de basses pénétrantes auxquelles se mêlent des textures plus aériennes. Cette interpénétration renvoie aux changements de couleurs de la gemme qui font ici alterner les humeurs entre pesanteur et souplesse, douceur et errance ; le long format permet la combinaison de ces qualités. En lithothérapie, on attribue à l’opale de nombreuses vertus, telles que la faculté d’accroître la clairvoyance et de faciliter la méditation et la réflexion. On accordera volontiers toutes ces caractéristiques à l’éclatant opus de Batu. 

Morceaux :

Basic Rhythm – Horse Mout’

DOMi & JD BECK – Smile

Loto – Digits

Pusha T – Open Air

Future – HOLY GHOST

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