JANVIER ’22 PAR GATHER

On reprend les bonnes habitudes pour 2022 avec notre concept de bilan mensuel. Pas mal de coups de cœur au sein de la rédaction GATHER pour ce mois de janvier avec des styles très variés. On peut déjà reconnaître que cette nouvelle année se montre généreuse sur le plan de la quantité, la qualité est elle aussi bien présente, à condition de savoir chercher. Petit rappel du format : deux projets et cinq morceaux par personne.

Hugo

Projets :

Imarhan – Aboogi : En Algérie s’est développé depuis les années 80 un courant musical particulier issu de la culture touareg, du nom d’Assouf, qui signifie dans la langue tamacheq « nostalgie ». C’est en quelque sorte un blues du désert, d’une beauté difficilement descriptible, prenant la forme d’un cheminement spirituel. Imarhan est un des plus éminents ambassadeurs du genre depuis 2016. Le nom du groupe signifie « ceux qui me sont chers », et si bien d’autres formations musicales du style se sont exilées aux États-Unis, eux sont restés en Algérie, où ils ont construit un studio dans leur berceau de Tamanrasset. Ils représentent non seulement la nouvelle génération touareg, mais aussi plus globalement celle de tout le continent africain, célébrant leur lien à la nature et leur histoire, à travers une musique puissante, évocatrice, et d’une richesse incommensurable.

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MOTHERMARY – I Am Your God : La première sortie de l’année du label Italians Do It Better est un concentré de synthpop dans sa forme la plus percutante et intense. Il s’agit ici d’un exercice de style qui se veut impérieux et impérial, assertissant le pouvoir mystique des deux sœurs sur leurs sujets. Car c’est une affaire de famille qui fait office de reprise du contrôle : elles ont échappé à leur famille ultra religieuse et utilisent désormais leur musique pour s’en affranchir, mettant à bas les préceptes qu’on a voulu leur inculquer. Elles sont désormais les déesses de leur réalité, et entendent bien mettre à bas les dogmes en se permettant ce que des zélotes pourraient qualifier de sacrilèges, mais qui pour elles ne sont ni plus ni moins qu’un exorcisme pour retrouver la sanité. Raison pour laquelle chacun des 12 morceaux constitue une étape du rituel, qui culmine en la fondation d’une nouvelle religion, celle de la liberté.

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Morceaux :

Valentin

Projets :

Pan Daijing – Tissues : Moins d’un an seulement après Jade, son deuxième album paru sur le label berlinois PAN, Pan Daijing remet le couvert avec Tissues, enregistrement d’une performance multidisciplinaire réalisée à la Tate Modern, à Londres, à l’automne 2019. La Chinoise, accompagnée de plusieurs chanteurs, signe un opéra industriel en quatre mouvements, dont les vrombissements menaçants et les crissements métalliques servent de trame à des envolées vocales aussi sublimes que torturées. Sans aucun doute la plus belle chose que Daijing nous ait donné à entendre à ce jour.

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Klara Lewis – Live In Montreal 2018 : Avec cette dernière sortie sur le légendaire label Editions Mego (RIP Peter Rehberg), la Suédoise Klara Lewis, réputée pour ses compositions drone abstraites, dresse un tableau de 45 minutes des plus renversants : à un captivant chœur joué en boucle succède une tempête sonore dévastatrice, puis un calme tout aussi déstabilisant. Live In Montreal 2018 donne l’impression d’être coincé à l’intérieur d’un crâne en proie à une fiévreuse tourmente. Pas l’endroit le plus hospitalier, certes, mais Lewis arrive étrangement à nous y faire revenir.

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Morceaux :

Hovito

Projets :

Cootie – Welcome To The Trap : Encore un mec qui se prend pour Gucci Mane en 2009 selon ses dires. Il a même fait l’erreur de toucher à un classique avec « Brixx », produit par Zaytoven lui-même. Alors non seulement ça permet de l’excuser, mais en plus le résultat est au rendez-vous. Quand s’arrêtera donc cette spirale sans fin des sudistes ayant pour modèle Radric Davis ? On l’ignore. Pour l’instant, on profite du premier album de Cootie, originaire de Blytheville dans l’Arkansas, qui bénéficie d’une sélection de production à la pointe de ce qui peut se faire à Memphis où il passe une grande partie de son temps.

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BounceBackMeek – WestSide Story : Le voilà, le premier bon disque de Stockton en 2022 (le premier de son auteur en carrière également). L’entre-soi californien porte une nouvelle fois ses fruits, dans un album qui vient renforcer l’existence des spécificités sonores qui caractérisent la scène de Stockton. Au menu, du shit-talking pour mettre en musique le quotidien d’un gangbanger comme les autres, le tout avec une once de nonchalance et de romantisme à l’égard des armes à feu. « Be Patient », « Snaked » et « Lay Down » en sont les morceaux forts.

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Morceaux :

Lucille

Projets :

Vegyn – Don’t Follow Me Because I’m Lost Too! : Pas sûre qu’on se rende compte du talent qu’il faille pour réunir 75 sons, 2h30 de pistes et non seulement réussir à garder un ratio quantité/qualité positif, mais en plus que le tout ne soit pas écrasant de redondance ou de longueur. Le talent de Vegyn n’est certes pas un fait nouveau mais cette mixtape surprise apparaît comme un état de fait : on le prend pour acquis. Après une première mixtape en 2019 et un excellent EP l’année dernière, c’est la troisième sortie de celui qui se complaît dans l’ombre. À des morceaux à la durée réduite mais aux ambitions pléthoriques succèdent des pistes à peine finies mais pourtant absolument complètes dans le micro-univers qu’elles installent avec la présence de musiciens comme Danny L Harle, Michael Uzowuru, Mk.gee, Teo Halm, TN 490. En bon geek de la musique, annotant les pistes du nombre de BPM auquel elles se plient, Vegyn se balade avec l’enthousiasme d’un solitaire prêt à partager avec le monde entier. C’est un bijou de pureté, d’intentionnalité, une plongée dans un cerveau aussi immense que son disque dur. Le producteur a accompagné cette sortie d’un tweet qui résume la démarche comme l’engagement personnel de sa musique : « My therapist says I overshare. Maybe this is me continuing my bad habit. » Que ce habit ne se soigne vraiment jamais, par pitié.

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Boris – W : Trois décennies déjà que Boris oscille entre doom, drone et metal expérimental. Le groupe japonais s’est taillé une réputation des plus solides, pouvant se targuer d’avoir collaboré avec le ponte de la noise music Merzbow. Deux ans après NO, Boris est de retour avec W, « suite » d’un projet qui tirait ses influences dans le noise rock, le hardcore et les spectres les plus abrasifs du metal. W vient proposer une complémentarité par l’inverse, en allant cette fois lorgner du côté du shoegaze et de l’ambient pour ses inspirations. Premier album du groupe chez l’écurie Sacred Bones Records, tour à tour oppressant et aérien, l’un des albums les plus aboutis de leur longue carrière. Portées par le chant du guitariste Wata, les 50 minutes de l’album sont un terrain d’expérimentations. Incursions électroniques sur « Drowning By Numbers », murs de guitares saturées noyées dans la reverb sur « Old Projector » ou encore post-rock : il serait vain de chercher à donner une étiquette précise à l’album. En résulte un son d’une légèreté massive, certes moins violent que ce à quoi les Japonais sont habitués, mais brillamment exécutés. Un 27e album qui voit un groupe encore pleinement capable d’innover dans sa musique, et qui semble capable de nous réserver encore de belles surprises.

Jeune VX3 à la plume de cette mini-chronique.

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Morceaux :

Eddy

Projets :

Ralfy The Plug – Pastor Ralfy 2 : LONG LIVE DRAKEO. Seulement quelques semaines après la tragique mort de la jeune légende californienne, son petit frère dévoilait la suite du du très réussi « Pastor Ralfy ». L’émotion joue forcément un peu dans l’appréciation du projet mais il s’agit à n’en pas douter d’un des meilleurs opus du rappeur. Une pluie de bangers qui s’enchaînent sans répits avec évidemment quelques hommages marquants. Bien qu’il s’agisse du premier shoot de la saison pour Ralfy, qui a prévu d’enchaîner les projets cette année, on tient potentiellement déjà son highlight de 2022, si ce n’est plus… Le pasteur le plus efficace de la planète, une fois de plus.

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Babyface Ray – FACE : L’avènement du prince de Detroit à l’échelle nationale, si ce n’est plus. Après dix longues années de carrière, Babyface Ray nous dévoile enfin son tout premier album studio. Un projet aux ambitions fortes avec un casting XXL : Pusha T, Yung Lean, Wiz Khalifa, G Herbo… Une prise de risque logique pour le rappeur du Michigan, qui avait enfin l’occasion de passer un cap de notoriété considérable. C’est pour le moins réussi avec des premiers accueils chaleureux et une musique demeurant qualitative, malgré un penchant bien plus mainstream. Ray l’a désormais prouvé, il a l’étoffe pour devenir un des nouveaux visages majeurs de la scène rap US en sortant l’un des premiers projets majeurs rap de 2022.

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Morceaux :

Paul

Projets :

BigBabyGucci – Iridesense : Vendredi 7 Janvier, 9h, j’arrive au bureau, j’allume Spotify la tête encore dans le coaltar. Je sors la liste Gather, BigBabyGucci n’est encore pour moi qu’un nom parmi les multiples sorties hebdomadaires, je lance Iridesense dans la foulée. Tout rebondit : les productions, les basses, les flows. Je me sens soudain sur un ballon sauteur chargé aux amphétamines et je n’ai pourtant pas bougé de ma chaise. L’instru de « Lake Minnekonta » termine de me réveiller et les basses de « Jump » achèvent mes écouteurs déjà bien usés. Fin d’écoute 9h17, me voilà totalement conquis et au top de la forme.

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Cordae – From A Birds Eye View : Cordae, le bon gars du Maryland, est de retour avec From A Birds Eye View, scrutant depuis le ciel les nouvelles contrées qui l’attendent et se remémorant les souvenirs de celles qu’il a quittées. On retrouve les moments feel good qu’on lui connaît comme sur « C Carter » ainsi que son goût pour les featurings de qualité, la combinaison Cordae-Wayne-Hitboy comme exemple. L’album se veut éclectique et très varié dans les productions, rendant l’écoute facile et accessible, mais se dispersant parfois dans un son un peu trop lisse, voir calibré. Le bon élève Cordae livre donc un projet réjouissant et lumineux, même si on ne peut s’empêcher de lui reprocher son côté un peu trop scolaire…

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Morceaux :

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