Pourquoi Babyface Ray est la prochaine superstar dont le rap a besoin

Avoir un esprit créatif ou des idées novatrices permet généralement de faire avancer les choses, d’offrir une perspective rafraichissante. Malgré tout, et ce jusqu’à preuve du contraire, la méthode la plus direct et efficace pour avoir un véritable impact reste à ce jour celle de devenir une superstar. Le problème est qu’on le saurait depuis des générations s’il était possible de devenir un nom planétaire à partir du moment où on le désire. Tellement de critères rentrent en compte, le talent n’est qu’un facteur parmi tant d’autres bien qu’il facilitera toujours les opportunités. Ce contexte a plutôt eu tendance ces dernières années à faciliter l’émergence de nouvelles stars qui proposaient tout simplement la recette mainstream du moment avec, il est important de le souligner, souvent quelques particularités suffisantes pour faire la différence. Tout n’est clairement pas à jeter et on va même jouer la carte de l’espoir dans cet article avec une hypothèse devenant de plus en plus crédible mois après mois.

A première vue, Babyface Ray ne semble pas être le rappeur le plus révolutionnaire ni de bénéficier de la palette traditionnelle pour devenir la nouvelle icône des jeunes générations. Et pourtant, le rappeur de Detroit ne cesse de gravir les échelons au fil des mois, de multiplier les connexions diverses et variées… Le résultat est simple à constater, l’artiste a su générer une hype concernant l’attente de son premier album studio « FACE » qui va bien au delà des simples frontières du Michigan. Mais là où il devient particulièrement intéressant de se projeter sur une possible prise de notoriété conséquente du rappeur est que cette dernière pourrait générer davantage de secousses dans le monde du rap qu’on le pense. Une petite explication s’impose donc à travers laquelle on va pouvoir en profiter pour présenter de nouveau le phénomène du moment.

L’icône du Detroit rap

Ce n’est un secret pour personne, encore moins si vous êtes un de nos fidèles lecteurs, le « Detroit rap » a pris une ampleur conséquente ces dernières années qui commence même doucement à gagner le reste du monde. Cependant, une faille non négligeable est encore à déplorer pour ce mouvement. On constate encore aujourd’hui le manque cruel d’un porte drapeau à l’échelle mondial pour représenter le courant. Alors oui, certains rappeurs par le passé ont su générer un buzz plus qu’honorable sur internet à l’image de Tee Grizzley ou encore Sada Baby mais ils n’ont pas su concrétiser les opportunités. On les retiendra probablement avant tout comme des pionniers de cette scène mais, encore une fois, devenir une superstar ne réside pas uniquement dans le talent et ne peut donc pas être la destinée de tous. Plus récemment, on a vu d’autres noms s’exporter progressivement tels que Icewear Vezzo et 42 Dugg. Mais là encore, le passage de cap ne parait pas des plus évident, le premier n’est pas forcément le profil le plus accessible à un très large public et le second, bien que ça soit un autre débat, semble aujourd’hui s’identifier avant tout comme étant un artiste CMG, il n’apparaitrait pas forcément comme le porte parole le plus légitime.

Revenons à notre cher Babyface Ray qui, lui, semble être enfin le premier de ce mouvement à disposer des arguments nécessaires pour enfiler ce rôle de leader. Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’il s’agit ici d’un pur produit du Detroit rap. Ne vous y méprenez pas, Marcellus, de son prénom, n’est en aucun cas un nouvel arrivant. Elevé dans le East Side Detroit, c’est justement avec la « Team Eastside », le crew du grand Peezy, qu’il fera ses premiers vrais pas dans le rap aux alentours de 2010. Ray approchait alors la vingtaine et se retrouvait définitivement embarquer dans le projet d’une vie : devenir un grand nom du rap. Au sein de sa nouvelle team, le jeune rappeur se fait progressivement un nom en solo au sein du milieu rap de Detroit. Cinq années plus tard, Ray dévoile la mixtape qui sera le premier vrai tournant de sa carrière : « MIA Season« .

C’est à partir de ce moment que l’artiste va se mettre à enchainer et à dévoiler de multiples tapes dans les années qui suivent dont notamment « Ghetto Wave » en collaboration avec Peezy. Le deuxième tournant fut pour 2019 avec la suite de « MIA Season ». Le projet est encore bien plus abouti que son prédécesseur et permet à Ray de devenir un véritable phénomène local. On retrouve de nombreux bangers emblématiques du rappeur sur la mixtape. Son exposition change radicalement et les médias majeurs commencent à s’intéresser sérieusement au phénomène. Pitchfork qualifie même déjà à l’époque Ray comme étant « the Voice of Detroit » en 2019. D’ailleurs, il dévoile cette même année d’autres projets relativement intéressant dont notamment le très bon « Product of My Environment » en collaboration avec Samuel Shabazz, encore une action très symbolique de l’attachement de Ray à sa ville.

Le constat est simple. Ray a tout simplement le parcours le plus « Detroit » possible, c’est grâce à sa ville s’il occupe aujourd’hui sa position actuelle. Il parait dès lors évident que le rappeur ferait un porte drapeau plus que légitime pour le mouvement. La suite, vous la connaissez probablement. Marcellus a enchainé avec des hits catchy à l’image de « Paperwork Party » en 2020 avant de sortir son premier vrai projet blockbuster « Unfuckwitable » qui fera de lui une étoile montante de la scène rap américaine dans sa globalité. Son parcours n’est pas forcément le plus commun, le rappeur a charbonné dans l’ombre de nombreuses années avant de trouver la lumière. On peut penser à de nombreux exemples récents tels que Griselda, Dababy… Mais on peut au moins être certain du fait que Ray ne sera jamais un buzz éphémère, il s’est fait progressivement sans sauter la moindre étape et son expérience déjà conséquente joue désormais en sa faveur. Ses collaborations de plus en plus régulières avec des noms majeurs du mainstream ne pourront également que l’aider, on peut citer récemment son titre en collaboration avec Big Sean et Hit-Boy ou encore le remix de Paperwork Party avec Jack Harlow.

Le vent de fraîcheur tant attendu

Il est maintenant temps d’entrer un peu plus dans l’anticipation de ce que pourrait permettre l’élévation de Ray en tant que superstar. On en a déjà parlé plus d’une fois, notamment dans notre article portant sur la scène de Detroit, mais les artistes de ce mouvement ont montré jusqu’à aujourd’hui une solidarité remarquable. Il serait presque possible de parler d’une sorte d’entre-soi, les rappeurs de cette cuvée ont une certaine tendance à ne collaborer quasiment qu’entre eux. Comme vous avez déjà pu le comprendre, Babyface Ray ne déroge pas à cette règle et s’assure de toujours garder des places privilégiés aux homies de sa ville. Le terme privilégié est important dans ce constat, on peut prendre l’exemple assez simple du banger « Gallery Dept ». Dans un projet réunissant des guests de premier choix tels que Jack Harlow, Moneybagg Yo ou encore EST Gee, le rappeur de Detroit a pris le soin de signer l’un des hits majeurs de « Unfuckwitable » aux côtés de… Veeze. Le hasard, pourront éventuellement penser certaines personnes peu informées, mais la réalité est tout autre, c’est bien souvent sur la loyauté et le respect que se construisent les carrières du côté du Michigan ces dernières années et les représentants de cette scène ne manqueront jamais l’occasion de transmettre une brillante passe décisive à leurs compères. Un message important de la part de Ray puisqu’il s’agissait de son premier projet avec des réelles ambitions commerciales affichées, il maintient ainsi les solides valeurs du milieu dont il est issu.

Autre observation qui va également dans ce sens, malgré sa montée en puissance sur le plan de la notoriété, le rappeur ne refuse jamais pour autant un feat à ses plus fidèles. On a pu le retrouver tout au long de 2021 en tant que guest sur certains des meilleurs projets underground issus de Detroit. Je pense notamment à ses apparitions sur les albums de la World Tour Mafia, Los & Nutty, DaeMoney… Des détails qui peuvent sembler mineurs aux yeux d’un public un peu plus large mais qui se révèlent cruciaux pour les plus intéressés, il est encore une fois question de fidélité et loyauté avant tout. On vit dans une époque où la tendance semble davantage de découvrir un nouvel artiste par le biais d’un poids lourd déjà très installé qui rajoutera par la suite cette nouvelle pépite dans son écurie. Mais une fois les portes du succès atteint, on voit rarement ces rappeurs fraichement révélés s’efforcer de maintenir en vie leurs racines au delà éventuellement des sonorités pour quelques exceptions. Avec Ray, on distingue une certaine notion de redistribution du succès acquis qui détonne un peu avec les récentes habitudes de voir justement les révélations cherchaient à tout prix à taper encore plus haut pour continuer de grimper. Et c’est bien sur ce point que la potentielle explosion de notre phénomène pourrait se révéler intéressante en venant un peu casser les codes de ce qui est généralement fait actuellement. Si cette volonté pouvait en inspirer d’autres par la suite, on bénéficierait dès lors d’une scène rap mainstream beaucoup plus riches et diversifiés aussi bien sur le plan des sonorités que celui des profils des artistes.

Mais bien évidemment, ce vent de fraicheur ne se limiterait pas simplement à une mentalité ou des convictions, la révolution serait, avant toute chose, sonore. Dans l’ère moderne du rap, la trap d’Atlanta a mené une véritable dictature faisant de la capitale de l’état de Géorgie la ville la plus influente du monde en matière de hip-hop. L’UK Drill a par la suite connu ce qu’on pourrait qualifier de début de règne qui persiste encore aujourd’hui notamment sur notre territoire mais la mort soudaine de Pop Smoke n’a certainement pas aidé à l’avènement sur le long terme de ce courant musical. Bon vous commencez à capter où ce raisonnement va nous mener ? Le Detroit rap semble aujourd’hui être une évidence pour reprendre le flambeau de la tendance rap du moment et le succès de Babyface Ray pourrait bien en être le détonateur définitif. Alors oui, l’impact est déjà presque mondial mais reste toutefois une niche dans les territoires où ce registre s’exporte. On a pu voir en France des rappeurs commençaient à s’essayer tout doucement sur cette vibe ou même aux UK avec notamment le « Rio Freestyle » de Lancey Foux en hommage au roi de Flint. Comme évoqué en début d’article, le Michigan a cruellement besoin d’un porte drapeau susceptible de changer les règles du jeu, un artiste qui donnera cette envie aux jeunes du monde entier de s’essayer à ce style rafraichissant. Et très sincèrement, il est à l’heure actuelle quasiment impossible d’imaginer un rappeur autre que notre cher Ray pour endosser ce rôle.

La puissance d’un esprit indépendant

Bon, rassurez-vous, il ne sera pas question ici de vanter le fait que Babyface Ray soit toujours en totale indépendance car c’est une situation qui pourrait changer très rapidement selon le déroulement des évènements. Néanmoins, l’enfant du Michigan a montré jusqu’à maintenant une liberté totale dans ses choix artistiques comme on a déjà pu partiellement l’exposer dans ce papier. Mais Marcellus n’est pas suicidaire pour autant et sait qu’il doit performer en compagnie d’artistes majeurs de temps à autre pour arriver à ses fins. Il s’est montré en compagnie de noms assez variés durant l’année passée, une stratégie dans la logique de sa phase d’ascension. On a pu donc l’entendre sur des morceaux de Big Sean & Hit-Boy, Trippie Redd, Pi’erre Bourne, Lil Yachty durant sa crise identitaire du côté de Detroit, Doe Boy, Mozzy, CEO Trayle dont le feat est peut-être le plus réussi de toute cette liste… Et c’est un fait qui deviendra très probablement une habitude dans peu de temps. Ray ne s’arrêtera pas en si bon chemin et il y a fort à parier que de très beaux noms du rap game seront à l’affiche de son premier album studio. On peut déjà d’ailleurs mesurer le début d’impact de Babyface à travers ce schéma étant donné que les artistes faisant appel à lui vont plutôt avoir tendance à proposer des vibes très très proches du Detroit rap pour le featuring. L’intérêt est donc double pour notre rappeur de ce fait en cumulant ces collaborations puisqu’il offrira par la suite une dimension un peu plus importantes aux travaux de ses camarades du Michigan.

Il est important d’insister une dernière fois sur la notion d’esprit indépendant chez Ray. Malgré une nécessité naturelle de collaborer avec des noms importants étrangers à son registre, il garde une liberté assez rare pour un rappeur de son rang. Une liberté qui se traduit par une productivité particulièrement intense, des choix de collaboration qui peuvent aussi bien le mener aux côtés d’un artiste majeur du rap jeu tout comme un artiste méconnu de Detroit… Avoir la possibilité de cumuler cette puissance de frappe avérée et cette liberté totale de mouvement pourrait bien être un avantage certain pour Marcellus dans sa conquête mais également donner des idées à d’autres et donc… Oui on y revient : offrir une dynamique nouvelle à notre cher hip-hop. Il faut être honnête concernant le mainstream actuel, non il n’est pas toujours le fléau qu’on veut faire croire transformant le nouveau talent du moment en un robot inintéressant, les majors ayant la main sur cette zone très éclairée de la musique permettent aussi la réalisation de magnifiques choses qui n’auraient pas pu voir le jour autrement. En revanche, il se détache un phénomène beaucoup plus gênant : la construction quasiment systématique et immédiate d’un cercle privé et restreint. On aurait déjà pu atténuer la pauvreté dans le monde s’il nous était possible de parier sur les feats du premier album d’un rappeur suite à son explosion de nos jours. Il parait dès lors évident que les artistes, dans ce cas de figure, perdent cette cruciale liberté de mouvement qui fait tout le charme de ceux qui la maintiennent en vie à l’image justement de Babyface Ray. Et si ce dernier pouvait venir instaurer cette pratique dans ce milieu élitiste du rap, nous en serions ô combien soulagés.

Babyface Ray deviendra-t-il le prochain rappeur à remplir des grandes salles à travers le monde ? Aucune certitude sur ce point. En revanche, Babyface Ray est-il la potentielle superstar dont le rap a besoin ? OUI, oui et oui. Et si les raisons exposées dans cet article n’ont pas suffit pour vous convaincre, le premier album solo du rappeur qui paraîtra le 28 janvier se chargera peut-être de le faire à notre place.

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