Dirty Bird : Virtuose des temps modernes

NB : Dear american/english readers, you can find the OG version of the interview at the end. Peace 🙂

La scène underground américaine ne cessera de regorger de talent, rien de nouveau nous direz-vous. Mais cette fois-ci, on va prendre nos distances avec le hip-hop, bien que finalement pas tant que ça (spoiler). Le suspect du jour a pour identité Alston Watson mais se fait connaitre dans le milieu de la musique, depuis maintenant une grosse année, sous le nom de Dirty Bird. Originaire de Caroline du Nord, il fera le grand saut du côté de New-York pour ses études. C’est dans cette ville emblématique qu’il développera plus que jamais sa carrière musicale avec notamment un premier gros tournant fin 2020/début 2021. Il se fait remarquer durant cette période dans un registre purement deep house avec, dans un premier temps, l’album « Malware » puis surtout par le biais du projet suivant « Time Traveler« . Ce dernier ne passe pas inaperçu et va retenir l’attention d’un certain nombre de diggers à pleins temps. La musique de Dirty Bird est à la fois rafraichissante, fun & chill. Une étiquette un peu passe partout qui permet à l’artiste de séduire assez rapidement une audience particulièrement diversifiée. Il parvient déjà à sortir des titres porteurs avec par exemple le très entêtant « Seen It Before » dont le caractère enivrant laisse difficilement place à l’indifférence chez l’auditeur.

Alston se montre encore plus impressionnant seulement quelques mois après avec la sortie de l’album « N***a U 24 It’s Time 4 Jazz« , un projet beaucoup plus orienté downtempo et évidemment, comme son nom l’indique, jazz. La vibe qui s’en dégage se rapproche énormément d’une grande partie de la scène underground hip-hop qui associe habilement jazz et rap pour offrir un hip-hop axé relaxation intense. C’est donc fort logiquement que les auditeurs assidus des MIKE, Navy Blue & co finissent par porter une oreille attentive à Dirty Bird qui séduit un nouveau public. Cet impact se fait rapidement ressentir à l’image de son merch (vinyles, CDs…) qui s’épuise à une vitesse record à chaque drop. Une notoriété nouvelle pour un artiste fraichement arrivé à new-york et qui n’a pas particulièrement bénéficié de connexions impactantes sur le plan de la visibilité. La qualité de sa musique et la proximité avec la nouvelle fanbase sur les réseaux auront amplement suffit à la naissance d’une dynamique intense. Autre élément inédit et très important sur ce nouvel album, Dirty Bird y fait usage de ses propres vocaux sur la majorité du projet, un résultat plus que satisfaisant ne venant qu’encore un peu plus amplifier l’importance de sa palette artistique.

Alors qu’il bénéficiait déjà aisément du statut d’une des révélations les plus séduisantes de l’année, le natif de Caroline du Nord n’en avait absolument pas terminé avec nous. Il dévoilait le mois dernier un nouvel album sobrement intitulé « Dirty Bird« . Un retour à des vibes plutôt axés house/electronic avec une maitrise encore plus frappante. Cerise sur le gateau, on retrouve un guest sur l’outro et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit tout simplement de… MIKE. Alston avait teasé durant plusieurs mois l’arrivée prochaine de cette collaboration, un feat qui fait plus que sens lorsqu’on s’intéresse d’un peu plus près à l’approche artistique des deux hommes. C’est à l’occasion de la sortie de ce nouveau projet que nous avons eu la chance de nous entretenir avec Dirty Bird. Un véritable honneur pour nous de vous offrir sa première interview pour un média européen qui ne sera en aucun cas sa dernière. Un entretien très chill à l’image de l’artiste à retrouver ci-dessous pour en apprendre encore un peu plus sur ce jeune phénomène.

Peux-tu t’introduire auprès de tes futurs fans français ?

Mon nom de scène est Dirty Bird mais les gens m’appellent également Gum. Je fais principalement de l’afrofuturist themed electronic music mais je pratique également l’art visuel via des illustrations et vidéos. Je suis aussi DJ avec pour approche de mixage la préservation de la black dance music. En dehors de la musique, mes centres d’intérêt tournent essentiellement autour des comics et des jeux-vidéos. Je suis également en cours de co-écriture/direction d’un projet de film d’animation indépendant.

Tu t’es essayé à de nombreux genres musicaux depuis ton premier projet, quel est ton style favori ?

Le genre que je préfère produire est généralement la deep house. Ce style représente la pièce centrale de ma discographie. Plus récemment, j’ai testé des vibes plus orientés drum and bass ou techno, ce fut des expériences également très fun.

Personnellement, je t’ai découvert avec ton projet « N***a U 24 It’s Time 4 Jazz » , clairement un des meilleurs projets de 2021 à mon sens, est-ce qu’il fut un gamechanger pour toi sur le plan de la notoriété ?

Je pense qu’il a clairement apporté une nouvelle audience à ma musique. Cet album a probablement le nombre le plus important de morceaux utilisant mes propres vocaux ce qui a forcément bouleversé un peu mon statut de « simple producteur ». « Cartz 3 » (morceau du projet) avait été très bien reçu ce qui m’a permis de faire un vrai album rollout en introduisant une sonorité nouvelle au sein de ma discographie. Certains de mes projets instrumentaux tels que « Brainworks » ou bien « Neurogenesis » ne bénéficient pas de cet aspect versatile et ont plutôt trouvé un public de niche.

N***a U 24 It’s Time 4 Jazz

Tu sembles déjà avoir une fanbase solide, ton dernier drop de vinyles s’est épuisé à une vitesse folle, est-ce un accomplissement à tes yeux ?

C’est magnifique ! Je suis toujours extrêmement reconnaissant envers mes amis qui travaillent avec moi ainsi que mes fans qui dépensent leur argent pour mon travail. J’essaie de montrer ma reconnaissance pour tout ce soutien en étant particulièrement sensible au travail de recherche culturel qui est possible grâce à l’archivage, la production musicale et la documentation. En tant que DJ, collectionneur et accumulateur de données numériques, j’ai accès à une grande quantité de musique difficile d’accès et je me sens responsable de la préservation du travail de mes pairs qui m’ont précédés. Les DJ peuvent également jouer le rôle d’éducateurs lorsqu’ils deviennent des historiens des genres dans lesquels ils travaillent, et c’est également l’un de mes objectifs à long terme. Je veux devenir un point de référence pour le passé, le présent et l’avenir de la black dance music. J’espère que les gens continueront à me soutenir dans cette optique !

Peux-tu nous parler de ton dernier album (« Dirty Bird ») ? Quel était le cheminement ?

J’ai fait tous les morceaux de cet album en l’espace de deux semaines. J’ai eu une période difficile durant les mois de juin et juillet durant lesquels j’étais à la recherche de nouvelles sonorités. J’ai été grandement inspiré par mon jeune homie dazegxd et ses jungle tracks, j’ai également écouté beaucoup de projets de LTJ Bukem et A Guy Called Gerald, ces inspirations ont donné naissance à ce projet. J’ai retravaillé deux demos initialement prévus pour des projets précédents abandonnés pour les deux seuls morceaux utilisant des vocaux : « Impossible » et « Mike’s Track ». Les six autres morceaux sont une démonstration de ce que j’ai pu apprendre depuis ma dernière sortie house par le biais de mes nouvelles expériences jungle, downtempo et electro.

Dirty Bird

Je suppose que tu écoutes de la musiques en permanence, quels sont tes projets favoris de 2021 pour le moment ?

J’ai sans doute loupé un grand nombre de bons projets cette année, mais mes favoris que j’ai beaucoup écouté récemment sont « Disco! » de MIKE et « HARAM » de Armand Hammer & The Alchemist. J’ai également beaucoup apprécié ma première écouté du dernier album de Pink Siifu, « Gumbo’! ». Je pense que ce projet aura une certaine influence sur moi une fois que je l’aurais digéré.

Autrement, j’écoute beaucoup de jungle et drum & bass des années 90, de la house music des années 80 ainsi qu’un peu de pop anglaise des années 2000.

Parlons un peu de hip-hop, tu as déjà prouvé ta capacité à produire du jazz rap ou bien à collaborer avec des rappeurs (Bby Goyard ou MIKE par exemple), qui sont tes rappeurs/producteurs préférés ?

Mes rappeurs favoris sont Earl, billy woods, Mach-Hommy, Mike et toute la Three 6 Mafia (notamment Lord Infamous et Gangsta Boo). Concernant les producteurs, je pense principalement à DJ Screw et The Alchemist.

Tu es sur New-York, quelque chose de particulier se déroule en ce moment même dans l’underground local avec l’émergence d’artistes tels que RX Papi, Nephew, evilgiane et beaucoup d’autres. Es-tu en contact avec eux ?

Je viens en réalité de la Caroline du Nord. J’ai beaucoup d’amis à New-York depuis que j’ai étudié à NYU. Je ne suis pas particulièrement en contact avec les artistes locaux. Je pense évoluer dans des groupes sociaux similaires mais je n’ai encore eu l’occasion de rencontrer personne. Je suis d’accord concernant l’aspect très attractif de l’underground new-yorkais actuellement.

Peux tu nous en dire plus sur ta connexion avec MIKE ?

Yeah ! MIKE est sur mon dernier projet. C’est un morceau vraiment cool. Je lui avais envoyé la loop jazz que j’avais extrait il y a un moment lorsque je travaillais sur un potentiel sequel du McFly EP. Il me l’a renvoyé avec un couplet et j’étais franchement choqué. Je suis un grand fan de sa musique depuis l’université, c’est donc un grand sentiment de satisfaction d’avoir pu réaliser cette collaboration.

J’ai également vu que tu commences à faire beaucoup de live, n’est-ce pas ? Aimerais-tu découvrir le monde à l’occasion d’une tournée prochainement ?

Faire une tournée internationale serait tout simplement incroyable. Je n’ai pas vraiment une idée précise de mon audience à l’étranger, mais j’espère que mon dernier album me permettra de m’y faire un nom. Jouer en live à l’international est vraiment un de mes plus grands objectifs.

Prévois-tu encore des choses importantes pour cette fin d’année ?

Actuellement, je suis focus sur l’EP de jungle avec dazegxd. Il y aura potentiellement un trailer de 30 secondes pour le projet indépendant d’animation sur lequel je travaille avec mes homies. Mes derniers shows de cette année sont à Los Angeles et Atlanta, ils représenteront donc également un moment important.

Dirty Bird & dazegxd

– ENGLISH VERSION –

Can you introduce you to your future French fans?


My stage name is Dirty Bird, but people call me Gum, too. I make afrofuturist themed electronic music mainly, but I also do illustration and video art. I’m a DJ, and my approach to mixing is to use it as a preservation effort for black dance music. Outside of music, my interests mostly deal with hobbyist electronics, comics and video games. I’m also co-writing/directing an indie animation project.


You’ve made many kind of music since your First project, do you have a favorite one?


My favorite genre to work in is usually deep house. It makes up a large chunk of my discography. I’ve been dabbling in drum and bass and techno lately, though, which has been a lot of fun, too.


Personally, i discovered you with your project « N***a U 24 It’s Time 4 Jazz », definitely one of the best 2021 records in my opinion, was it a gamechanger for your notoriety?


I think it definitely brought my music to a new audience. This album in particular probably has the most songs with me using my own vocals, so I think I was able to cross over from just being known for instrumentals. Cartz 3 was really well-received, so making use of the cult power of the Cartz trilogy along with introducing a new sound made the album rollout and reception make a bigger statement in my discography. Some of my instrumental works like Brainworks and Neurogenesis don’t really have that same crossover appeal, and instead try to carve a more niche place.


You already seem to have a solid fanbase, your last vinyls, tapes etc were sold out very quickly, how do you feel about that?


It’s amazing! It feels good to be able to support myself like this, and I’m always super appreciative of the homies that work with me and the supporters who spend their money with me. I try to show my appreciation for all the support by being especially sensitive to the cultural work that’s possible through archiving, music production, and documentation. As a DJ and a noted collector and digital hoarder, I have access to a lot of less discoverable music, and I feel the responsibility to preserve the work both of my peers and the masters before us. DJs can also function as educators when you become a historian of the genres you work in, and that’s also something I see as one of my long term goals. I want to become a reference point for the past, present, and future of black dance music. I hope people will continue supporting me with this in mind!

Can you talk about this new record (« Dirty Bird ») ? What was the process ?


I made all the songs for this album in like two weeks. I was having a hard time for a majority of June and July trying to figure out what my new sound would be. I was inspired a lot by my young peer dazegxd and his jungle tracks, and I’d been listening to a lot of projects by LTJ Bukem and A Guy Called Gerald, so those influences culminated into this project. I reworked two demos from previous scrapped projects for the only two songs with recorded vocals – Impossible and Mike’s Track. The other six songs are demonstrations of what I’ve learned since my last take on house, with new exercises in jungle, downtempo and electro.


I think that you probably listen to music all day/everyday, what are your favorite records of the year so far? 


I think I missed out on a lot of good records this year, but my favorites that I’ve been listening to a lot lately are Disco! by MIKE and Haram by Armand Hammer and The Alchemist. I really enjoyed my first listen of Gumbo’! by Pink Siifu recently. I think that’s a project that could be really influential for me the more I have a chance to digest it.


Other than that, I’ve just been listening to a lot of 90s jungle and drum & bass, a lot of 80s house music, a bit of 2000s UK pop. Random elevator music songs I find on YouTube, too.


Let’s talk about hip-hop a little bit, you already shown your ability to produce jazz rap or to collaborate with some rappers (Bby Goyard for example), who are your favorite hip hop rappers/producers?


My favorite rappers are Earl, billy woods, Mach-Hommy, MIKE, and all of Three 6 Mafia (especially Lord Infamous and Gangsta Boo). As for producers I think mainly DJ Screw and The Alchemist.


You’re from NY, something special is happening right now in the underground hip-hop of this city with guys like Rx Papi, Nephew, evilgiane, shawnybinladen & many mores? Are you in touch with some of them?


I’m from North Carolina actually! Born and raised southern country boy. I do have a lot of friends in New York since I studied at NYU, though. I’m not really in touch with anybody in the New York scene, though. I think I move in similar social circles, but just haven’t really crossed paths with anyone IRL at least. I agree, the NY underground is interesting right now, I wish I was more tapped in.


Can you tell us more about your collaboration with MIKE?


Yeah! MIKE is on the new project. It’s a really cool song. I sent him this jazz loop that I chopped up a while ago when I was working on a potential McFly EP sequel. He sent it right back with a verse and I was like omg. I’ve been a big fan of his music since I was in college, so it feels cool to come full circle like this.


I also saw that you have started to make many shows right? Would you love to discover the world with a tour soon? You would perfectly fit with the festivals’ universe in my opinion.


If I could have an international tour that would be incredible. I don’t have an accurate idea of my audience size abroad, but hopefully this new album helps me get my name out there. Playing live internationally is a big goal of mine.


Did you plan some big things for the rest of the year?


Right now I’m focusing on the jungle EP with dazegxd and possibly a 30 second trailer for the indie animation project with my homies. My last few shows this year are in LA and Atlanta so I’m looking forward to those as well!


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