NO RAP SHIT – FÉVRIER 2021

Saviez-vous qu’avant l’avènement du format 12 mois, le calendrier romain n’en comptait que 10, et donc 304 jours? En effet, à l’époque, les jours d’hiver n’étaient pas comptabilisés, comme si le gel affectait également le temps en plus de la nature. Ce n’est que vers 713 avant J.C. que Numa Pompilius, second des 7 rois de Rome, après on ne sait quel caprice, décida de rajouter 2 mois au calendrier, portant le tout à 12 mois. De plus, février était le mois qui terminait l’année, au lieu de décembre, et mars était le 1er mois de l’année. La racine étymologique du mot février provient du latin februarius, soit faire ses expiations, et de februare, soit se purifier. De fait, c’était le mois des purifications, au cours duquel on célébrait Februa, surnom de la déesse Junon, lors des fêtes des februales, célébrations dédiées aux âmes des défunts, pour clore l’année sous de bons auspices. Voilà pour le petit point histoire, et rassurez-vous, je ne vais pas systématiquement vous offrir une anecdote sur chaque mois de l’année pour autant, surtout qu’il n’y a aucun rapport avec la musique… Enfin bref. Ce mois passe la 2ème, de fait, si janvier ne vous avait pas convaincus en guise d’entrée en matière, celui-ci devrait y parvenir.

FÉVRIER

La légende vivante Nick Cave s’associe à son bandmate de longue date Warren Ellis pour un album tout simplement somptueux. Les murder ballads de Nick Cave sont comme notre plat préféré, on peut en manger très souvent sans jamais en être dégoûté. Ce disque est une beauté ténébreuse, ethérée, tapie dans une alcôve au pied d’un motel d’un coin paumé de l’Arizona. Une légère brume vespérale englobe les lieux, la chaleur débilitante de la journée laisse la place aux errances nocturnes d’âmes revanchardes. Tout peut se passer dans la musique de Nick Cave, mais ce sont généralement les impulsions les plus sombres qu’il invoque, et cet album n’y déroge pas. 

L’expression « altin gün » signifie littéralement « âge d’or » en turc, et on se dit qu’ils auraient difficilement pu choisir meilleur nom de scène. Le groupe s’est fondé autour du bassiste Jasper Verhulst qui, en 2016, a découvert les musiciens turcs emblématiques de la scène rock anatolien des années 60-70, tels que Selda Bagcan, Baris Manço et Erkin Koray. Suite à cette révélation, il réunit grâce à son réseau musical et sa page Facebook 5 membres, pour former Altin Gün. Les turco-néerlandais continuent ici d’approfondir leur son rock et funk inspiré de ce fameux âge d’or, toujours aussi justes et efficaces, avec un album festif et bariolé. 

La chanteuse de folk Mia Doi Todd sort son 11ème album, forte de ses 24 ans de carrière, et ce nouvel opus n’a absolument rien à envier au reste de sa discographie. Une immersion onirique dans un monde enchanté, une utopie bucolique de 51min d’une abondante richesse. De la musique revigorante, qui transporte et évoque naturellement une nostalgie légère aussi bien qu’un imaginaire lointain. Vous voyez combien cet album m’inspire de jolies tournures, généralement ça n’est pas anodin.

Dans la famille Kuti, je demande le fils et le petit-fils, j’ai nommé respectivement Femi, et Made. Le talent générationnel issu de l’un des plus grands musiciens de tous les temps. Le père et le fils s’associent pour sortir un diptyque fidèle à leurs racines, naturellement nommé Legacy +. Démontrant toujours un ton engagé, critique de leur environnement et la société dans laquelle ils évoluent, selon la tradition familiale, ils proposent leur marque d’afrobeat pur jus. 

Nana Yamato a 20 ans, et s’est découvert un amour pour le rock il y a 5 ans, lorsqu’elle découvrit le groupe de punk danois Iceage, chez un disquaire de la capitale nipponne. Suite à cela, il a rapidement commencé à expérimenter de son côté et fiévreusement créer dans sa chambre, ce qui lui valut d’être découverte par le leader du groupe américain de rock Parquet Courts, 2 ans plus tard. La chanteuse de Tokyo dévoile cette année son 1er album, étonnant de maîtrise, où elle jongle habilement avec l’indie rock et la bedroom pop, avec la fraîcheur particulière qui caractérise la musique de son pays, tout autant que la solitude inhérente au style de vie japonais moderne.

The Weather Station, groupe canadien de folk/rock, réalise un formidable retour après 4 ans de silence, avec ce qui est aisément leur meilleur album à ce jour. La voix fuyante, glissante comme une étoffe de soie sur un rebord, de Tamara Lindeman, l’émérite chanteuse du groupe, habille élégamment les subtiles instrumentations. Le groupe compte désormais non pas un mais deux batteurs, un saxophoniste, et au cours de l’album, des compositions de violons, de flûte et de synthés, ce qui apporte une touche jazz nouvelle, des plus bienvenues.

Enfin, la plus grande surprise nous provient du Sénégal par voie de la Suède, avec Yaral Sa Doom du Wau Wau Collectif, une initiative collaborative initiée par le musicien suédois Karl Jonas Winqvist. Ce dernier a posé pied dans le village de Toubab Dialaw, haut lieu de la musique régionale sénégalaise, pour rencontrer de nombreux musiciens, de poètes à percussionnistes jusqu’à des beatmakers, et enregistrer ce qui deviendra ce magnifique album, décrit comme « avant-garde cosmic sounds ». Le nom de l’album signifie, en Wolof, « Educate the young », justifiant les thèmes sociaux abordés dans les propos de l’album. Une écoute importante. 

Voici donc pour le plaisir de vos esgourdes, la playlist pour le mois de février.

https://linktr.ee/DrankOcean

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