POP, DOULEUR ET AUTOTUNE: L’UNIVERS INSULAIRE DE BIGBABYGUCCI

NB: Cet article est dédié à Marcel Proust, esprit duquel je canalise inconsciemment l’énergie au travers de phrases beaucoup trop longues pour leur propre bien.

Ces jours-ci, tout est brouillé. Les lignes, les formes, les esprits, l’avenir. Pour le meilleur tout comme pour le pire. On a fini par accepter cet état de fait, puisqu’il serait bien futile de vouloir ployer les choses selon notre propre état d’esprit, souvent bien plus rigide qu’on veut bien se l’admettre. L’acceptation est un processus délicat, laborieux, parfois douloureux, souvent libérateur en fin de compte. Et il est plus apaisant d’être progressiste que conservateur. On s’évite des ulcères, on s’évite de la rancoeur, et surtout on s’évite de vivre dans le passé. Au registre de l’inscription au présent, cependant, il n’y pas toujours foule, selon les domaines desquels on parle. Les reliquats de la frigidité des mentalités archaïques tiennent toujours bon, et on ne peut s’empêcher de penser aux mauvaises herbes qui sont des modèles de ténacité. On aimerait croire que les générations récentes et à suivre seront des parangons de vertu et mettront un point d’honneur à laver les affronts et exactions perpétrées par le passé. En réalité, les choses sont beaucoup plus relatives, et même si on constate d’indéniables avancées, on est encore loin d’être au point. Le progrès (et je parle ici du vrai progrès, pas la régression travestie en progrès) en tant que panacée n’est pas une chimère, mais il ne suffira jamais à lui seul pour désencastrer des comportements et des haines profondément nichées dans les coeurs et les esprits.

Dans la communauté rap, on trouve en son sein bon nombre de réactionnaires. Les fameux « puristes », on les connaît tous. Ceux qui ont élu comme domicile les commentaires Facebook des journaux et médias rap et qui se font un devoir de descendre tout ce qui selon eux n’est pas du « vrai rap ». Ce sont des modèles de méchanceté, engoncés dans une conception archaïque du genre qu’ils semblent tant affectionner. Ce sont également des modèles de dédain et d’intolérance, auxquelles se rajoute un bon gros soupçon d’étroitesse d’esprit. Ces personnes ont l’audace de décréter que ceci devrait être comme ça et pas autrement. Que ceci est contraire à ce qu’ils pensent être le rap. Que c’est contraire à l’idée qu’ils s’en font égoïstement. Comme si cela leur appartenait. Ces individus sont pathétiques, et, spoiler alert: ils n’aiment pas la musique. Ils aiment juste l’idée qu’ils s’en font. C’est comparable à une relation amoureuse, condamnée par l’écueil classique selon lequel un des partenaires tombe amoureux non pas de l’autre, mais de la représentation qu’il s’en est fait et ce à quoi il s’attend qu’elle ou il soit. Des ennemis de la cause donc, en résumé. Karl Marx expliquait dans son Manifeste du parti communiste que les « classes moyennes […] combattent la bourgeoisie parce qu’elle est une menace pour leur existence en tant que classes moyennes. Elles ne sont donc pas révolutionnaires, mais conservatrices ; bien plus, elles sont réactionnaires : elles cherchent à faire tourner à l’envers la roue de l’histoire ». Or, cette roue de l’histoire, peu importe à quel point on s’échine à vouloir la bloquer via des bâtons mesquins et tordus, continuera à tourner dans le sens pour laquelle elle a été crée: de l’avant. 

Et ces individus sont encore à distinguer des gatekeepers. Un concept également en grande majorité désuet et qui à la base désignait des individus plus ou moins fiables, se sentant investis d’une autorité suprême, leur permettant de désigner qui pouvait avoir accès ou pas à la « culture ». En l’occurrence, qui pouvait ou non intégrer le mouvement hip hop. En soi, la démarche initiale partait d’une bonne intention, mais on sait très bien que les rues incandescentes de l’enfer en sont pavées, si enfer il y a. Le principe, c’était l’instinct de préservation. Le hip hop était un genre crée par des individus noirs, c’était une culture afro-américaine née dans le Bronx en 1973 (si on admet que la Back to School Jam de Kool Herc en est le point de départ), et ça leur appartenait de droit. Les afro-américains ont vu tant de leur créations subtilisées et appropriées par les blancs, comme par exemple le rock’n’roll, qu’ils ont voulu mettre en place des dispositifs de garde pour éviter que ce phénomène se reproduise. Ce qui se comprend et se justifie plus que largement. La corruption voulait être évitée. Et encore à ce jour, on peut y voir un intérêt. 

Le rap étant devenu la musique numéro 1 dans le monde, dépassant la pop et le rock, le genre connaît une effervescence littéralement inédite dans l’histoire de la musique. Tout le monde veut rapper. Et bien que tout le monde ait une histoire à raconter, toute histoire n’est pas forcément retranscrite pour le mieux via une carrière de rappeur. Il y en a d’ores et déjà trop. Le genre est inondé, boursouflé, et bouché. Il devient de plus en plus difficile pour un jeune rappeur de tirer son épingle du jeu. Et pourtant, et pourtant, certains de ceux qui y parviennent beaucoup trop facilement, sont ceux qui n’ont rien à voir avec. Au cours des années récentes, on peut penser à la floppée de Youtubers et de streamers Twitch considérant qu’ils ont le leverage nécessaire pour se lancer dans le rap, et ça marche car ils ont une large communauté derrière eux. Mais ce phénomène en particulier, la faute en incombe aussi voire surtout aux labels, qui s’en font les vecteurs: ils sont à la recherche de personnalités avec une audience déjà bien établie, puisque cela signifie un profit quasi immédiat et des économies en développement. Dans un tel contexte, le gatekeeping est totalement justifié. On pourrait arguer que ces « artistes » privent, ou du moins font de l’ombre à d’autres, d’authentiques artistes, avec une intégrité musicale réelle, et une proposition basée uniquement sur la musique, et non pas leur compte Instagram. Non, ce qu’on pourrait dire qu’il manque à la « culture » de manière générale, ce ne sont pas des gargouilles veillant sur la porte de la cathédrale, mais plutôt des guides capables de voir qui a le potentiel pour y pénétrer. Donc plus concrètement, des A&R et des label execs ayant pour priorité la proposition artistique, et non pas la valeur capitaliste comme point de référence. Mais on se heurte forcément au plafond de verre suivant: en réalité, c’est tout un système qu’il faudrait réformer, pour recadrer les choses sur l’essentiel. Vous remarquerez que cela peut s’appliquer à bien d’autres secteurs, mais je vous laisse le soin de tirer vos propres conclusions. 

La courbe de popularité du rap ayant pulvérisé tous les records dernièrement, il est ben naturel que son arbre généalogique soit devenu extrêmement vaste. On ne compte plus les différents sous-genres et courants apparus peu à peu au fil du temps. Et avec eux, forcément, des manières différentes d’approcher le fait même de rapper. Que ce soit au niveau du flow comme de la cadence. Prenons à titre d’exemple l’une des dernières sensations dans l’hexagone, le DMV flow. Il est né entre 2015 et 2016, et ses droits de parentés sont un sujet qui divise. Raison pour laquelle ce sujet ne sera pas abordé. Mais le concept même de ce flow est que le rappeur enregistre via une méthode appelée le punch-in. Pour faire simple, initialement, c’est un procédé visant à ré-enregistrer une mesure pour la corriger, afin qu’elle s’intègre parfaitement avec le reste du couplet. Cela relève du domaine de l’ingénierie du son. Le DMV flow s’est approprié cette technique pour structurer les couplets de manière à ce que chaque mesure « empiète » sur la précédente, donnant ainsi l’impression que le rappeur a un don d’ubiquité et est en mesure de commencer à rapper la mesure suivante avant même d’avoir terminé la précédente. Cela donne une dynamique particulière et permet de créer une énergie qu’il ne serait pas forcément possible de produire en one take. Le problème, c’est que du coup, si l’enregistrement est mal fait, les reprises s’entendent clairement, en tant qu’auditeur on s’en rend vite compte. Aussi, ça demande moins d’effort. Et enfin, en live, le rappeur va tomber sur un os, puisqu’il est humainement impossible de le reproduire. Mais laissons de côté ces petites critiques, car là n’est pas le but. Le but, c’est de souligner le fait que désormais, même au niveau des méthodes d’enregistrement, on voit des innovations (car ce DMV flow en est une, c’est indéniable). 

De fait, on se rend compte qu’être un rappeur en 2021, ça peut vouloir tout et rien dire. On a pu assister à la longue et pénible discourse autour du « mumble rap » qui était tout sauf intelligente pour de multiples raisons qu’il serait vain d’énoncer. Il est tout simplement naturel, que la courbe de popularité inlassablement croissante du genre s’accompagne d’une multitude de transformations. Il en faut pour tous les goûts, et plus uniquement pour les dustheads, puristes et autres joyeusetés. Le morceau Nights of the Roundtable, du vénérable Jay Electronica, s’ouvre sur un monologue de JAY-Z, tiré d’une interview désormais introuvable, où il dit ceci: 

« I think that, you know, for the most part that was that old way of thinking. That old guard, that this music is here, this music is here. If we take away all the titles of music you take away that this is rock and roll, this is country, this is blues, this is jazz, and we strip is down–its just the same thing. You know, at its core, its just about human emotion, you know, its about passion, its about pain, its about fear, its about aspiration. You know we’re all basically the same »

La musique est avant tout une question d’émotion et de passion. De fait, est-ce vraiment important d’être outrancièrement tatillon à propos de la forme que ces émotions et ces passions prennent? Le fait de rapper n’est qu’une manière en particulier de les transmettre, qui ne saurait rester trop enclavée dans des conceptions obsolètes quant à sa forme. Ce problème est notamment prégnant en France d’ailleurs, puisque c’est ici même que bien des énergumènes se distinguent par leur mépris et leur racisme sans même s’en rendre compte. Soit dit en passant, c’est une règle universelle: ceux qui portent ce genre de déviances en eux se révèleront toujours d’eux-mêmes sans que l’on ait à tenter de faire sortir la bête, chose bien pratique d’ailleurs. Comment ne pas lever les yeux au ciel en voyant de grands adultes s’époumoner à propos du fait que Jul soit une disgrâce au rap, alors qu’il est en réalité probablement un de ses meilleurs représentants? Et ces mêmes personnes en profitent pour moquer son orthographe ou insinuer qu’il fait de la musique pour une certaine catégorie sociale ou ethnique, parce que tant qu’à faire, quitte à passer pour un énorme connard, autant le faire correctement. Tout ça pour dire qu’il est vraiment essentiel, et pas seulement à propos de l’appréhension de la musique, de savoir se décentrer et d’éviter de se prendre pour un censeur ou une éminence grise. On vous assure que tout le fiel que vous avez sur la patate, vous pouvez l’exsuder autrement qu’en laissant vos postillons numériques nauséabonds sur un internet déjà bien trop pollué. 

Le rap est vivant, vive le rap. Célébrons cette pluralité si foisonnante. Et chérissons la diversité, plus généralement. Il y a bien d’autres choses à propos desquelles s’énerver. Le désenclavement des méthodes de rap mentionné plus haut est allé de pair avec la montée en puissance d’un style à mi-chemin entre le rap et le chant, désormais fort prisé des labels car augmente le potentiel commercial d’un morceau. Mais à la base, ça n’est qu’une mutation destinée à trouver un juste milieu pour maximiser les émotions transmises. L’autotune est une constante dans ce genre d’exercice, pour le même objectif. Car s’il faut le rappeler pour nos amis (non) grabataires et réfractaires à l’autotune, non, ce n’est pas du « trafic de voix », et c’est différent du putain de vocoder que vous avez tout le temps à la bouche, d’ailleurs vous ne savez même pas ce qu’est un vocoder. On va en profiter pour mettre tout le monde à la page. Le vocoder a été inventé en 1939 par un ingénieur nommé Homer Dudley, officiant aux laboratoires de télécom Bell d’AT&T, dans le but de garantir la bonne transmission de la voix par téléphone. Sauf qu’Homer a conçu un outil qui fonctionnait, mais qui modifiait la tonalité de la voix. Ça lui donnait une sonorité robotique. Du coup dans les années 70, ça a été repris par des musiciens comme Kraftwerk, Giorgio Moroder, ou encore Electric Light Orchestra. Voilà pour ça. Allez, tant qu’on y est, on va parler de la talkbox, comme ça on coche toutes les cases. La talkbox a été inventée dans les années 60. Pete Drake, un chanteur de country de Nashville, et son compère guitariste Bill West, eurent l’idée de génie d’utiliser un tube en plastique pour transposer le son diffusé par un haut-parleur dans la bouche. Voici la première occurrence historique de ce qui sera plus tard appelé la talkbox. C’est un outil de modification du rendu d’un instrument, souvent la guitare ou le clavier, grâce à la bouche (savamment nommé du coup hein?). Le boîtier contient un haut-parleur relié à un tube en plastique. On branche l’instrument relié à un ampli à la talkbox, on joue de l’instrument, et on peut alors utiliser sa bouche comme caisson de résonance pour chanter et ainsi moduler le son d’instrument. C’est l’effet qu’on entend dans le refrain de California Love. C’est aussi une des marques de fabrique de Zapp & Roger. Bon, maintenant, on est au clair. Pardonnez la digression mais il fallait mettre les barres sur les T comme on dit. Je disais donc que la démocratisation de l’autotune était une bénédiction du fait qu’elle permet d’amplifier les émotions transmises par la voix, de trouver des pockets parfois inatteignables autrement, et donc de faire de la musique toujours plus viscérale. Qui retranscrit encore plus fidèlement les cris de l’âme et l’exaltation des sens. Et qui du coup parle forcément plus aux auditeurs. Oui, je suis en train de dire que l’autotune permet de faire de la musique plus humaine, paradoxalement. C’est pour ainsi dire devenu un instrument à part entière. Selon les artistes, les usages et les rendus varient, et forcément tout le monde ne parvient pas à en tirer pleinement parti. 

Parmi eux, ces dernières années, l’un de ceux qui se distingue clairement du reste, sans que ça soit son seul avantage comparatif, loin s’en faut d’ailleurs, c’est BigBabyGucci. J’en vois certains dans l’assemblée lever un sourcil à la lecture de ce nom de scène. Ca n’est pas comme si on avait jamais vu des types littéralement nommés Petite Pompe ou Petit Bateau. Toujours est-il qu’en guise de préambule, car oui, on en est encore au préambule, ce qui a été dit précédemment n’était que l’avant-propos (la procédure c’est important), on pourrait comparer BigBabyGucci (BBG) à un Travis Scott, mais un bon Travis Scott. BBG ne vole pas d’idées, ne s’attribue pas le crédit des autres, et n’est pas dans une démarche fake artsy. On pourrait également le comparer à Nessly, un autre rappeur très doué avec l’autotune, et qui met en avant une musique elle aussi très chargée émotionnellement.

Né James Haley à Charlotte, Caroline du Nord, en 1996, BBG est le cadet de 3 frères, dont la maternelle est une vétéran de l’Air Force. Il a eu une enfance relativement clémente dans sa ville natale, jusqu’au jour où un évènement fortuit força la famille à déménager provisoirement dans un group home (un foyer en somme), après quoi ils sont allés s’installer à Gastonia, toujours en Caroline du Nord. La vie a repris son cours plutôt tranquillement, ce qui n’a pas empêché le petit James, d’un caractère sacrément rebelle, de constamment marauder dans la rue et s’attirer moult ennuis. C’est la raison pour laquelle il est passé par pas moins de 15 lycées différents avant d’obtenir l’équivalent américain du Bac à 18 ans. Grosse pensée pour sa mère qui a dû sacrément en baver avec un feu follet pareil. Suite à ça, notre petit diable a décroché une bourse pour aller en fac, mais il a évidemment drop out (je sais à quoi vous pensez) avant même de terminer sa 1ère année. Il s’est fait mettre à l’ombre 5 mois durant, peu de temps après, pour entrée par effraction et GTA (grand-theft auto, soit vol de voiture). Ces ennuis judiciaires auront le mérite de le faire réfléchir sur ce qu’il allait faire ensuite, et il lui est naturellement venu à l’idée de tenter sa chance avec le rap, donc en 2015, il s’est pris en main. Il a tout d’abord choisi comme nom de scène BIGBABYFINESSE, mais un beau jour qu’il était high like giraffe pussy, il a enregistré un morceau réclamant la libération de Gucci Mane, sous le nom de BIGBABYGUCCI. Il ne l’a ensuite jamais lâché une fois que Radric Davis fut sorti du slammer. 

A ses débuts, les influences de BBG étaient claires, il puisait beaucoup dans ce qui s’était fait autour du mouvement Raider Klan et de l’A$AP Mob, et également dans la trap music d’Atlanta, côté rap. Son affection pour le rap chantonné, il la doit au fait qu’il est également un très grand fan de Drake et PARTYNEXTDOOR. Son premier projet, A Fucking Mixtape, sorti en 2016, et qui sera plus tard renommé en ART HOE COLLECTION, synthétise effectivement relativement bien ces inspirations. Ceci étant dit, raffiner son style et développer une identité propre lui prendra quelques années. Ce n’est qu’à partir de l’année 2019 et la sortie de sa mixtape Send Help que BBG va vraiment trouver l’artiste qu’il est vraiment. Il va alors parvenir à un usage de l’autotune idéal pour lui, mettre l’accent sur ses mélodies et progresser dans l’écriture de ses refrains. Car c’est en s’affranchissant graduellement d’une méthode de rap classique qu’il va réussir à trouver la liberté dont il a besoin. Préalablement à ce projet, les premières occurrences de son style actuel se trouvaient dans des morceaux tels que Tesla, extrait d’Universe 2, le single This is Not a Rap Song, et Ballin On Em, issu de son EP commun avec le producteur Bobby Johnson. Là où ses premiers projets se voulaient assez sombres et hermétiques, dont les architectes étaient Grimm Doza ou BLVC SVND, il s’est naturellement ouvert à l’auditeur au cours du temps, dévoilant un côté presque emo qui n’attendait que ça d’être assumé. Ce changement de paradigme chez lui est allé de pair avec la rencontre de nouveaux producteurs qui vont justement l’aider à sortir de sa coquille. Au début de l’année 2019, il va notamment rencontrer le producteur Fish, via Twitter, simplement en lui demandant un pack. Il faut croire que parfois, les meilleures rencontres naissent des interactions les plus anodines. Cette connexion va marquer le début d’une association décisive pour BBG. Fish semble être le perfect match pour lui, car son style sied parfaitement aux mélodies mélancoliques du rappeur. Ses productions sont très riches, colorées, et ses compositions tantôt lancinantes et suaves, tantôt propulsées par des lignes de synthétiseur dévastatrices, sont généralement assez irréprochables, et qui plus est assez uniques en leur genre. Il n’hésite par ailleurs pas à incorporer des solos de guitare, car il vient d’un background rock à la base, ce qui ajoute une dimension particulière à ses productions. Fish a donc permis à BBG de faire la meilleure musique de sa vie, et leur collaboration a donné naissance à la trilogie qu’est Teen Spirit, Isolated, sortis en 2020, et Assume the Worst, le dernier projet en date de BBG, sorti le 31 mars. Cette trilogie est conçue comme un prélude à ce qu’on va appeler hypothétiquement le magnum opus de BBG, Universe 3. Hypothétiquement, car techniquement, si on se donne le mal de créer une trilogie pour préparer le terrain à un projet, il vaudrait mieux que la qualité du projet à venir soit à la hauteur du momentum construit. Enfin, ça c’était ce qui était prévu initialement. Mais le 13 avril, dans un tweet quasiment immédiatement effacé (que j’ai eu la chance de voir passer), il a annoncé un nouvel EP intitulé 1 Night I Took Acid, de 7 morceaux, prévu pour mai. Ce qui expliquerait pourquoi son nom Twitter est le même. En résumé: on ne sait pas vraiment ce qu’il prévoit, mais on sait au moins qu’il prévoit une année chargée, et c’est tout ce qui importe, il faut battre le fer tant qu’il est incandescent.

Historiquement, le courant artistique du pop art avait pour objectif un rééquilibrage des dynamiques de représentation. Comme son nom l’indique, c’est de l’art populaire, qui visait à combattre l’élitisme rampant caractérisant les courants artistiques ayant fleuri jusqu’au début du XXème siècle. Ces courants n’étaient absolument pas représentatifs des changements sociaux et n’étaient pas vraiment accessibles au plus grand nombre. Le pop art, en utilisant les symboles de la culture de masse, des références du quotidien, pour toucher les classes sociales moins favorisées et ainsi tenter de démocratiser l’accès à l’art, en profitant pour souligner le matérialisme et le consumérisme de la société de consommation de l’époque. De fait, on constate un contraste saisissant entre les objets de référence utilisés, et la dimension nouvelle leur étant insufflée par les artistes. Cette esthétique nouvelle élevait le profane au rang d’art en lui fournissant une nouvelle forme. Et bien que le parallèle puisse paraître une extrapolation, on peut avancer que cette trilogie que vient de clore BBG, se rapproche du modèle du pop art en ce que les thématiques abordées par le rappeur sont sommes toutes assez communes, matérialistes et assurément typiques du genre, sont sublimées et élevées par l’architecture sonore de Fish. Ce dernier donne un grain esthétique unique, surtout du fait qu’il ait un style assez distinctif, à la musique. 

L’origine étymologique du mot esthétique provient du grec αίσθησιs / aisthesis, soit la beauté ou la sensation. Ce serait donc en tout premier lieu la science du sensible. C’est d’ailleurs un néologisme relativement récent malgré cette racine antique, puisqu’il a été conçu au XVIIIème siècle par le philosophe allemand Alexander Gottlieb Baumgarten. L’usage en a été ensuite dérivé de son origine pour en faire la « science du beau », et son application dans les arts touche donc à l’appréhension des oeuvres et les émotions qu’elles procurent. De fait, si on se réfère uniquement à l’esthétique comme science du beau, on peut clairement dire que le tandem BBG – Fish fait de la musique esthétique. Pour aller plus loin dans ce raisonnement, et rejoindre le postulat selon lequel leur musique se rapproche de la mentalité pop art, il convient de parler des artworks utilisés par BBG. Celui de Teen Spirit fait évidemment référence aux travaux de Takashi Murakami, le plasticien préféré de Kanye West, tandis que celui d’Isolated peut renvoyer quant à lui au bouquet de Tulipe de Jeff Koons, avec l’intervention en cours de route des ballons de l’artwork d’House of Balloons de The Weeknd. BBG a d’ailleurs confirmé cette dernière inspiration récemment. Koons comme Murakami ont été très influencés par le pop art dans leurs créations. Par ailleurs, BBG a également utilisé à plusieurs reprises des artworks dans le style des peintures de George Condo, par exemple sur son single Farewell to 90210, et pour son EP Bigbabyxodus de 2016. Condo n’est autre que celui qui a réalisé les peintures pour My Beautiful Dark Twisted Fantasy de Kanye West. Il se trouve également que Condo a un temps travaillé dans l’atelier d’Andy Warhol, entre 1981 et 1983, et son style est également influencé par certaines dynamiques du pop art. Le raisonnement n’est donc pas si capillotracté que ça, vous en conviendrez. Tout cela se résume à la recherche de la beauté selon des prismes particuliers, et le pop art a été une révolution artistique mondiale, qui a forcément marqué des générations entières, ce qui explique que des jeunes artistes comme BBG s’y intéressent et y empruntent, ne serait-ce qu’à cause des similitudes d’approche entre ce qu’il fait aujourd’hui et ce qui a été fait dans un passé pas si lointain. L’affirmation selon laquelle BBG s’est récemment trouvé en tant qu’artiste englobe par conséquent aussi cet intérêt grandissant pour ces courants artistiques. 

Ce qui est amusant dans ces parallèles, c’est aussi le fait que le rap était à la base un genre musical destiné aux minorités défavorisées, fait par des artistes qui venaient du même milieu, et qui permettaient aux auditeurs de s’identifier à leurs propos. Élever le peuple, lui fournir un moyen de s’échapper momentanément de son quotidien. Raconter la vie de la rue, raconter les extrêmes auxquels on doit en arriver pour subvenir à ses besoins primaires dans un système qui les a honnis à cause de leur couleur de peau, qui s’est arrangé pour corrompre les quartiers avec le crack. Raconter les injustices dont ces gens sont victimes, notamment perpétrées par les chiens que sont les flics. Et ce genre a du coup longtemps été méprisé par les classes supérieures, évidemment. Mais progressivement, ce mépris s’est mû en fascination morbide, pour finir par devenir une appréciation à demi-ironique. Raison pour laquelle on voit souvent désormais des jeunes fils à papa issus d’une école de commerce à 10 briques l’année brandir le signe de Jul. Raison pour laquelle on voit des néofascistes se mettre à faire des morceaux de « rap » pour défendre les valeurs de ce qu’ils pensent être la république. Raison pour laquelle on voit des « fans » de la 667 via Freeze Corleone, qui trouvent le moyen de défendre les bavures policières, s’insurger contre ceux qui critiquent le gouvernement, et autres joyeusetés complètement ahurissantes. Ce que ça nous dit, c’est que l’infiltration du genre par ces énergumènes qui n’ont rien à faire là et qui ne partagent aucune de ses valeurs est un réel danger. Et qu’il faut alors prioriser la lutte face à cela plutôt que, comme il a été abordé au début de cet article, l’emportement face à des choses futiles. De fait, pour boucler la boucle, lorsque des individus d’une classe défavorisée s’approprient des éléments issus d’une culture réservée à l’élite, c’est un moyen de s’élever, un moyen de proclamer qu’ils ne sont pas aussi ignorants que ce que les élites le pensaient, et aussi un moyen de leur dire qu’ils ne sont pas en sécurité dans leur tour d’ivoire. En revanche, lorsque des individus issus de l’élite s’approprient des éléments d’une culture qu’ils voient justement comme une sous-culture, qu’ils méprisent, c’est un phénomène d’une violence symbolique inouïe, parce qu’il s’y cache un dédain et une arrogance prodigieux. 

L’univers que BBG et Fish ont crée avec cette trilogie est un microcosme kaléidoscopique d’émotions, dont l’objet récurrent sont les femmes, et les rapports contradictoires que Gucci semble constamment avoir à elles. Une bulle isolée dans un monde trop fourmillant et tumultueux. Un échappatoire, un exutoire, du moins on l’espère, pour le jeune rappeur, qui y traîne une solitude et un mal-être qui lui collent à la peau, mais dont il ne semble pour autant pas vouloir se défaire tant que ça. Ou plutôt, dont il ne sait pas se défaire. Comme s’il s’y était habitué à force, que l’inconfort était devenu réconfort. Et les femmes, la drogue, et tout ce matérialisme dépeint dans ses propos sont autant de moyens pour faire semblant. Pour prétendre que tout va bien. Des rustines sur une fuite béante dans un barrage hydraulique, dont le volume d’eau contenu est fébrilement maintenu par ce moyen tout artificiel de gestion de la menace. Parce qu’il est parfois plus facile de les contenir, que de laisser les flots tout engloutir. Parce que perdre pied est terrifiant. Et ce n’est peut-être pas forcément la meilleure façon de procéder, mais c’est celle que l’on trouve en attendant d’arriver à en trouver une plus saine. 

Teen Spirit s’ouvre sur Typical, dans lequel, lors du refrain, BBG arrive à un constat dont il semble profondément dégoûté: « Come to find out i don’t speak your language », pour ensuite lors du bridge complètement perdre ses moyens en déclarant « Girl you’re beautiful, that’s some shit I just want you to know » sur un solo de guitare de Fish. Ce n’est jamais aussi simple, et on regrette parfois de tirer les constats qui s’imposent, raison pour laquelle on finit par être tiraillé par nos émotions. Sur le morceau suivant, bâti autour d’un sample de Jessie Reyez très bien choisi par Fish: « i feel what you feel, when you’re far away ». Gucci se montre romantique, visualisant une idylle sur un bateau, loin de tout, durant le refrain. On remarque d’ailleurs que l’idée de s’éloigner du monde est une récurrence sur le projet, puisque quasiment chaque morceau contient une phase à ce propos. Il y livre également un couplet bourré de mélodies et de flows accrocheurs, qui fait partie des meilleurs moments du projet. Et malgré ses propos semblant indiquer qu’il s’adresse à elle en temps réel, on ne peut s’empêcher de penser qu’elle est bien plus loin de lui que ce qu’il aimerait croire. Et c’est aussi pour ça que son imagination travaille autant, parce que la connexion entre eux est véritable. Sur le premier couplet de Switch Locations, BBG se lamente: « I’m on percs, I’m on drugs, just to suppress, all these motherfucking feelins when I’m nervous ». Sur Your Way, il fait référence à Throw Away de Future: « Know you just hate when I go away, like a pistol you my throwaway ». Et l’inspiration est évidente puisque BBG déploie les mêmes types de contemplations que Future, et aborde les mêmes thématiques, forcément pas aussi bien que le saint Père, mais le principe y est. Des âmes tourmentées qui cherchent par tous les moyens, les mêmes rustines, pour combler les trous, de peur que tout se répande. 

La topographie de ses morceaux est quant à elle particulière, puisque les refrains font souvent presque la taille d’un couplet, instaurant du coup un dilemme: lorsque le refrain est bon, le morceau devient d’autant meilleur, mais quand il est peu inspiré, comme c’est le cas d’Another Planet, on en vient à d’autant plus avoir du mal à supporter le morceau. On peut également relier ce gimmick au fait que Gucci ait fait des refrains un de ses fonds de commerce lorsqu’il s’agit des features: il a récemment posté ses tarifs (#pause) sur Instagram, et sans surprise, il annonce pouvoir fournir à la fois des refrains, et des refrains pré-faits. C’est dire à quel point il est chevronné dans le domaine. C’est indéniablement un de ses gros points forts, ce qui explique pourquoi il mise autant dessus.

Son nom est suffisamment évocateur pour éviter de s’épancher outre-mesure dessus. Conçue durant le confinement mondial, Isolated est une capsule de 8 morceaux, dont le sentiment d’insularité instauré par Teen Spirit se confirme, s’accentue même. On retrouve Gucci avec Kevin Kazi, avec qui il forme un duo plus ou moins formel appelé American Terrorists, pour un banger en bonne et due forme lacé par Fish, où ils s’en donnent à coeur joie en termes d’egotrip. Tellement que bon nombre de leurs phases en deviennent drôle, un moment de légèreté mine de rien assez rare dans les derniers projets de Gucci. Un sample d’un monologue de Nina Simone, dans lequel elle fait l’éloge du peuple noir et de sa culture immensément riche, mais déplore également le fait que selon elle, « we don’t know anything about it », ouvre Time Wasted. Un morceau transpirant la mélancolie, dans lequel Gucci se remémore certains moments de son passé trouble, permettant de mieux comprendre son caractère présent: « i can’t trust no one because i grew up in crime / ever since a youngin i could never do right », mots dans lesquels on décèle immanquablement à la fois des regrets, du ressenti, et un manque de reconnaissance. 

Magic Trick suit la formule hook-heavy précédemment établie sur Teen Spirit, et malgré la qualité de la production de Fish et Sam Thraxx, ainsi que de l’unique véritable couplet du morceau, on ne peut que déplorer la répétitivé du refrain, qui retentit pas moins de 3 longues fois en 2 minutes 35. La douceur vespérale de Late Night Luxuries suit l’effervescence ayant marqué le milieu de la soirée sur 3AM in LA, et il se trouve que BBG ramasse sévèrement, peinant presque à articuler et présentant une diction traînante, tant les pulsations des opiacés ralentissent son système cognitif. Et dans ce moment de vulnérabilité induit par la drogue, il en vient à se confesser à demi-mot, parvenant tout juste à garder la pudeur nécessaire pour ne pas en dire trop: « i brought the soul reaper to my past, hope i got an angel on my back, hope i never feel this shit again ». Gangland voit BBG exprimer sa rancoeur vis-à-vis des conditions dans lesquelles il a grandi et à propos de l’histoire du peuple afro-américain comme rarement il le fait:

« Made it out the trap, we from gangland

I’d be lyin’ if I said we had the same chance

We was taken, we was slaves to the mainland

I still come up slidin’, hit yo’ main man

Swear to God we had no voice, nobody hearin’ us

Till some bodies drop, the news is cold, they interrupt

I’m just trying to make it, I really don’t care where I go

Swear to God I took so many Perc’s, I can’t even swallow »

Propos qui permettent de faire le lien avec le sample de Nina Simone entendu plus tôt, forcément. Puisque l’héritage historique et culturel du peuple afro-américain a été bafoué des siècles durant, et les tentatives de réécriture de l’histoire furent légion. Et les voix s’étant élevées contre la ségrégation, l’oppression, et l’injustice furent pour la plupart réduites au silence. Difficile, dès lors, de ne pas ressentir une profonde révolte, et un sentiment de méconnaissance de sa propre histoire. 

Dernier né de la trilogie, et sorti le 31 mars dernier, Assume the Worst est également le plus court du lot, mais pas le plus insignifiant pour autant. Si Isolated avait amorcé le début d’une défaillance mentale chez BBG, Assume the Worst la confirme. Il semble de plus en plus recourir à l’automédication pour pallier ses maux, et cette compensation illusoire commence à avoir de sérieuses répercussions. Cela dit, il tient encore la baraque avec le panache qu’on lui connaît, et semble presque sincère lorsque dans sa chute il affiche un sourire rendu plus éclatant qu’il ne l’est en réalité, du fait de son grill serti de cailloux précieux. D’entrée de jeu la couleur est annoncée avec Language, qui s’avère empreint d’une mélancolie alarmante sur son refrain: « i think i’m losing it but i don’t care cuz i’m getting rich as Hell / she say she love me, thats funny cuz I dont love myself ». Et sur l’outro du morceau, où il répète le refrain, sa voix filtrée semblant lointaine, ses mots plus brouillés, comme pour symboliser sa chute, son enfermement progressif en lui-même. Et le morceau suivant, Unhealthy, aptement nommé, ne fait que confirmer ces impressions: « girl i don’t be thinking healthy when I’m by myself ». Et là aussi, on retrouve une outro déshumanisante, à la limite du chopped and screwed, presque déchirante lorsqu’on l’entend supplier qu’on ne dise pas à son fils que son père consomme autant de prescription drugs. Walk Off the Ledge voit BBG complètement assumer son tiraillement entre Eros et Thanatos, opposant des idées suicidaires au sexe avec une énième femme aux zones érogènes particulièrement humides.  

Ce qui finit par apparaître de plus en plus évident, c’est que Gucci est vraiment honnête principalement dans ses refrains, tandis que ses couplets sonnent comme de simples prétentions que tout va bien, ou bien comme s’il tentait de faire oublier ses moments de vulnérabilité en abordant des sujets plus triviaux, presque par honte de trop se dévoiler. Et parce que généralement, les refrains sont par nature plus chargés en émotion, il est bien obligé de puiser dans les siennes pour les écrire. Bloody Murder Elegance sonne quant à lui comme une prière désespérée à cette femme, contrairement à où avant, il semblait simplement vouloir satisfaire ses besoins charnels avec elle. Il l’invite à venir à lui et lui parler, mais on a surtout l’impression que sans son contact et sa présence, il va continuer à sombrer dans l’abîme qui menace de l’engloutir tout entier. Enfin, quand sur Bleed Thru, le dernier morceau de l’EP, il déplore : « hope they let me up in heaven, I been doin all this sinnin », on se dit que tous ces péchés n’ont été commis que pour survivre et ne pas se laisser happer, et que même si l’enfer est pavé de bonnes intentions, ses afflictions personnelles ne méritent pas de finir dans ses tréfonds. 

Tout récemment, BBG a participé à une interview pour Complex, qui traitait de la santé mentale des artistes musicaux, et sur le manque de considération des labels et de l’industrie à cet égard. Il s’avère, sans surprise, que beaucoup de major labels y accordent peu d’importance, trop obnubilés par l’argent que peuvent leur rapporter les artistes. Bien sûr, quelques-uns, comme le label 300, ont mis en place des mesures et de l’aide pour leurs artistes, mais c’est encore trop minoritaire, et il faut ajouter à cela le cruel manque d’information dont sont victimes les artistes. Souvent, ils peuvent avoir accès à certaines couvertures sociales de nature psychologiques, mais personne ne les en avertit. Dans cette interview, Gucci parle notamment de la consommation de drogue des artistes, évoquant le fait que ce soit un véritable fléau, et que certaines personnes au sein de ces labels laissent les artistes se détruire, voire les y encouragent. Et s’il ne va pas plus loin, on ne peut qu’imaginer ce qui peut parfois se tramer dans les succursales des studios. Il conclut son intervention en proclamant que lorsque Better Temperatures, son nouveau label, aura atteint sa vitesse de croisière, il fera en sorte que tous ses artistes, ses amis, puissent bénéficier de toutes les couvertures sociales dont ils ont besoin. La santé mentale est un sujet extrêmement important, qui nous touche tous. En ces temps de COVID, on pense forcément aux étudiants laissés pour compte par l’Etat, dont certains en arrivent à s’ôter la vie, raison pour laquelle cela a une résonnance d’autant plus retentissante. Et à chaque fois, c’est la même conclusion: les choses empirent à cause d’une négligence des cadres et structures censées assurer la protection des individus. 

C’est donc pour réaliser cet objectif que tout récemment, il y a de ça quelques mois, James Hanley a émigré de sa Caroline du Nord natale vers la cité des anges. Il y habite désormais avec son manager IcePackJack, et Joe Dirt, son ingénieur son. Il a enfin eu l’occasion parfaite pour monter un label qui lui convienne et qui puisse accueillir ses amis artistes. Better Temperatures est né durant la deuxième moitié de l’année 2020, probablement du fait d’avoir plus de temps que d’ordinaire pour réfléchir à ses ambitions et ainsi pouvoir les matérialiser. Au roster figurent donc BBG, mais aussi Austin Skinner et 30ROCK côté rappeurs. On y compte également Joe Dirt et IcePackJack, qui manage également Fish et Joe Dirt. Pour célébrer la signature et le début de cette nouvelle aventure, la troupe a sorti un posse cut forcément intitulé New Check que voici, qui reprend le désormais très tendance style de production provenant de Detroit. 

Tout ce qu’on leur souhaite, c’est de parvenir à positionner le label comme un acteur incontournable dans le milieu du rap, et de pouvoir réaliser les ambitions qu’affiche Gucci, notamment celles qu’il a évoqué dans l’interview mentionnée plus haut. Dans un système qui n’a cure de votre bien-être et ne pense qu’à votre productivité, votre soumission et votre rentabilité, on ne peut compter que sur soi et ses amis. Et il n’y a rien de tel que de se lancer dans une aventure comme celle-ci avec les gens qui nous sont cher, peu importe où ça mène. Loin de la corruption des labels, loin des basses manigances des services marketing, loin des A&R qui n’ont aucun respect pour les visions artistiques. Peut-être que cette nouvelle structure, isolée à l’écart de tout ça, couplée à la bulle que représente la vie avec ses amis Joe et Jack, pourra mettre du baume au coeur de James Haley et l’aider à trouver sa paix intérieure. Ça aussi, c’est bien tout ce qu’on lui souhaite.

PS: Malgré la qualité tout à fait honorable de ses récents projets, il faut bien admettre que ce qui a été le plus excitant dernièrement chez BBG, ce sont les singles qu’il a sorti entre chacun de ces projets. En effet, et c’en est presque frustrant, ces singles figurent aisément parmi les meilleurs morceaux de sa carrière, et il est bien dommage qu’il ne leur ait pas donné un foyer. Cela dit, voici une playlist en réunissant la crème de la crème, qui devrait vous convaincre si la trilogie discutée plus tôt n’y est pas parvenue, tant ces 9 morceaux sont exceptionnels. Fish en produit la plupart, et fait ressortir sa marque de fabrique, à savoir des nappes de synthétiseurs saw extrêmement grasses couplées à des drums qui claquent, produisant des rythmiques à la texture jouissive. De vrais hymnes conçus pour des déchaînements cathartiques, du surf sur cumulus ou encore des contemplations sous stimulants. En voici un échantillon, appartenant à la première catégorie. 

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