Walk in this bitch like Rx Papi

Si on devait ouvrir une rubrique extraterrestre/sciences-fictions, ce dossier en serait le premier article. Vous allez progressivement comprendre pourquoi. Cet écrit prendra la tournure d’une review sur la seconde partie, mais avant de parler de l’album en question il y a tant de chose à dire sur son auteur qui reste relativement méconnu, du moins plus pour très longtemps. REAL RX.

S’il fallait se forcer à tenter de décrire en une phrase Rx Papi, on pourrait avancer qu’il est le fruit d’une jeunesse difficile, livré à lui-même, dans les rues de Rochester à s’écouter en boucle du Gucci Mane, couplée à une très forte addiction aux drogues ainsi qu’à une forte inspiration Max B totalement assumée. Le rappeur new-yorkais a succombé très tôt aux vices de la rue, il perd son père à l’âge de 4 ans et ne va pas particulièrement chercher à s’imposer comme l’homme de la maison en vieillissant. C’est plutôt dans les rues froides de Rochester qu’il élira domicile, bien souvent en compagnie de son cousin qui sera vraiment son pilier avant de perdre la vie assez jeune, un de ses premiers nombreux traumatismes. Rx Papi ne va pas se contenter de faire quelques deals pour se remplir les poches, il s’investit énormément dans divers trafics au point de se faire une certaine réputation sous le nom de Lil Fleechy. Forcément, il finira par s’attirer les foudres de la justice… mais aussi celles de ses ennemis. En 2017, il échappe de peu à la mort après s’être fait fusiller dans le dos. Il devra réapprendre à marcher dans son quartier progressivement par la suite. Juste avant cet épisode, le rappeur était convoqué devant le tribunal pour une affaire de drogue. Se sentant miraculé à sa sortie de l’hôpital, il prend la décision de totalement boycotter la justice mais cette dernière, sans surprise, le rattrapera. Rx Papi purgea alors sa plus longue peine, presque deux ans derrières les barreaux. Un épisode encore très déterminant pour la suite.

De manière assez étonnante, il n’y a pas eu un moment particulièrement décisif pour la carrière du rappeur. Rx Papi avait pris l’habitude de kicker très tôt durant sa jeunesse dans n’importe quelles circonstances, cette passion ne le quittera pas même durant ses années les plus sombres bien que la musique restait avant tout une pratique pour le fun. À force de régularité et persévérance, il parvient à décrocher quelques millier de vue sur certains clips en se faisant partager par des chaînes spécialisées dans l’underground. Très vite, Rx perçoit une porte entre ouverte pour faire carrière dans la musique. D’ailleurs, pourquoi ce nom de scène ? Certains se demandent probablement s’il y a une affiliation avec la clique des Drug Rixh, et bien absolument pas. Rx Papi devait initialement conserver son identité de Lil Fleechy mais il réalise bien vite que ce move implique un grand nombre d’inconvénients, notamment le fait que ses nombreux opps, directs et indirects, le connaissant sous cette appellation ne calculeraient pour rien au monde sa musique. Le new-yorkais préféra alors jouer la carte astucieuse de l’anonymat avec un nom très simple qui reste en tête.

Une fois l’adolescence passée, Rx comprit progressivement qu’il allait devoir faire le choix fréquent du rap US : garder sa vie de gangster ou se donner une chance de réussir dans la musique. Au début, la rue pris assez nettement le dessus, les rentrées d’argent s’avérant bien plus conséquentes que celles générées par ses sons. C’est finalement durant son passage en prison qu’il avança considérablement dans sa réflexion en se rendant à l’évidence, il était dans un cercle vicieux qui ne s’arrêterait que par son assassinat ou une peine considérable de prison. De plus, il assiste durant cette longue incarcération à des scènes particulièrement troublantes qui marquent encore considérablement aujourd’hui son esprit. La musique s’imposa alors de plus en plus comme le seul moyen plausible de sortir de la rue après sa libération, chose qu’il est entrain d’accomplir de manière brillante.

Quatre thèmes assez récurrents reviennent régulièrement dans la musique de Rx Papi. Il évoque la grande majorité du temps son lifestyle de gangster et n’hésite pas à y apporter les détails croustillants. On retrouve ensuite un paquet de référence à ses nombreuses addictions à diverses drogues en réponses aux nombreux traumatismes qui viennent le hanter chaque jour.

My name hot all over town

They know how lil Papi get down

I rob every n**** I hang around

Rx Papi – I Forgot Who I Was

I wanna quit Percs but I can’t stop it

Rx Papi Cousin Tito

De ces dépendances découlent malheureusement une très forte anxiété mais aussi une paranoïa particulièrement forte sur laquelle il s’exprime régulièrement. En raison de son passé tumultueux, le rappeur se montre ultra vigilant dans la rue, anticipe la durée qu’il passera à tel ou tel endroit… Et cette paranoïa va bien au delà, Rx est convaincu d’abriter différentes présences chez lui. Il a déjà balancé quelques anecdotes à ce sujet en interview qui font honnêtement assez froid dans le dos. Cette angoisse omniprésente se traduit également par des pulsions suicidaires régulièrement mises en musique, notamment parce qu’il ne se voit pas évoquer ce sujet directement avec ses proches.

I don’t like to look in the mirror too long

I don’t know the n***a who stare back at me

Try not to be but I’m just like my daddy

Rob you and sell crack in the same ally

Momma knew I was a problem when she had me

It ain’t my fault I was born this way

Rx Papi – Cousin Tito

Whole bunch of crazy shit in my head

Whole bunch of crazy shit on my mind

Thinkin’ ’bout crazy shit all the time

Pop Percocet, too high to drive

I see dead folks when I close my eyes

Rx Papi – Oil Leak

Enfin, dernière particularité importante des textes du new-yorkais, un sens de l’humour généralement très bien senti qui ne manque pas d’amuser l’auditeur. Certaines de ses phases célèbres sont déjà iconiques et totalement rattachées au personnage, je pense bien évidemment à son fameux « Walk in this bitch like… » qu’il a déjà remixé des centaines de fois.

I walk in this bitch like I’m Barry Gordy

Rx Papi – Bean

These n****s move like they voted for Trump

I walk in this bitch like the top one

Rx Papi – Bird Box Pt. 2

La musique de Rx Papi s’apparente comme un piège malicieux. On pourrait la qualifier de « faussement bête ». Au premier abord, on a assez facilement l’impression d’être face à des sonorités taillées pour les memes sur les RS et les funny quotes. Une approche qui permet notamment de divertir un assez large public. Mais il s’agit en réalité d’une couverture, le rappeur de Rochester représente bien plus que ça et parvient à satisfaire un public beaucoup plus exigeant en matière de rap. Des thèmes plus profonds et personnelles (paragraphe précédent) sont subtilement évoqués de manière régulière. Le new-yorkais masque en quelque sorte le récit de ses émotions à l’aide de phases drôles placées un peu partout, il existe chez lui une sorte de crainte d’être trop direct. Un exemple qui illustre très bien ce mécanisme est son morceau « Cousin Tito » dans lequel il appelle une personne à l’aide en parlant de suicide sans la mentionner. Rx a expliqué en interview que le faire anonymement dans un morceau était pour lui la seule solution, il ne pourrait jamais demander une chose de la sorte directement à un proche. Et pour la petite histoire, la personne concernée a su se reconnaître et a répondu en privé à l’artiste, preuve qu’il est nécessaire d’aller au delà des apparences lorsqu’on se plonge dans la musique de ce phénomène atypique.

Sometimes I wake up, wanna kill myself

How would you feel if I killed myself?

I look in the mirror, wanna shoot myself

My worst enemy is myself

Rx Papi – Cousin Tito

2020 fut l’année de l’explosion à l’échelle underground pour Rx Papi. Galvanisé par son long séjour en prison, il a tout simplement dépassé le stade de l’hyper-productivité en sortant non 1 ni 2 ni 3… mais 8 albums!! Le pari pouvait sembler assez fou mais il va finalement payer. Bien évidement, les huit projets n’ont pas tous généré une hype mais le rappeur de Rochester a su réaliser au moins à chaque fois un solide hit susceptible d’intriguer un plus grand public sur YouTube. Forcément, ça a fini par payer d’autant plus que chaque nouveau single touchant un certain succès montrait une nouvelle facette de l’artiste. Certains de ses projets vont logiquement se démarquer et constituer une base solide pour vraiment lancer la carrière de Rx. Je pense notamment au très solide « Cartier Jigg 2 » (dans lequel on retrouve son célèbre « I Forgot Who I Was » et « Criminal Intent » en référence au hit du rappeur de Detroit Veeze) et surtout à l’excellent « Mood » qui lui fera passer un sérieux cap en fin d’année. Dans ce dernier projet, on a notamment le plus grand succès de la jeune carrière du rappeur « Cousin Tito » mais également certains autres hits qui vont lui permettre de s’établir un peu plus à l’image de « Oil Leak » ou « DMX » (sans doute mon titre favori venant de lui). Attention, les six autres projets sont également particulièrement intéressants à écouter si vous rentrez dans la vibe de Rx et contiennent d’autres de ses premiers gros bangers : « BoosieBoo » , « Numbers » …

On ressent sans l’ombre d’un doute l’impact qu’a pu avoir un artiste comme Gucci Mane dans sa stratégie de lancement. Une ascension qui a également été facilité par le célèbre média pitchfork visiblement particulièrement captivé par la palette sans limite de l’artiste. Le média lui consacrera de nombreux petits articles pour relayer ses clips et le retiendra même dans une sélection de fin d’année à propos des projets hip-hop trop ignorés de l’année 2020. Une aubaine que saura bien saisir Rx, d’autant plus que son charisme fait logiquement mouche sur les réseaux sociaux. Particulièrement actif sur Twitter & Instagram avec son sens de l’humour déroutant, il entretient une proximité assez fun avec sa fanbase naissante tout en restant naturel. À l’image de sa musique, le new-yorkais fait dans la spontanéité pour à peu près… tout. Une position qui change de celles dont on a l’habitude avec les gangsta rappers qui font généralement davantage dans le full ego / l’hostilité / le mystère. Là encore Rx reste fidèle à son discours, il n’a plus rien à prouver à personne dans la rue et surtout il compte faire le maximum pour laisser tout ça derrière lui et passer à autre chose.

La palette de Rx est telle qu’il pourrait bien devenir à la fois votre rappeur préféré, le rappeur qui fait ressortir le plus de peine en vous, le rappeur qui vous motive avant un moment décisif ou encore… le rappeur qui vous fait le plus rire. Le new-yorkais est un personnage à part entière. Beaucoup d’artistes débarquent avec des qualités au micro déjà très développés ou alors une identité déjà très prononcée. Le MC de Rochester arrive lui directement avec le package complet ce qui rend son explosion soudaine encore plus étonnante, l’impression que nous avons forcément tous manqués un épisode. C’est probablement ce qu’on appelle avoir un don. Avec une telle force de proposition, Rx Papi a déchaîné en un rien de temps les passions sur les différents forums US faisant déjà de lui très clairement la tendance underground du moment. Un phénomène sûrement encore trop brut et trop street pour s’étendre à l’international, une situation qu’on a déjà pu constater avec un paquet de rappeurs jouissant d’un vrai statut de star dans le game aux US mais ne bénéficiant pas d’une estime retentissante hors des frontières. Il n’empêche qu’en continuant d’autant susciter l’intérêt, le « real Rx » finira inévitablement par placer son nom sur de nombreuses bouches à l’international.

Rx attaque donc cette année 2021 avec toutes les armes en main pour devenir une des nouvelles tendances à la mode du rap américain. Tout en sachant que la « vague Rx » ne cesse de prendre de l’ampleur avec l’ascension en parallèle de son homie Rx Nephew. Après une petite période de beef, les deux rappeurs ont retrouvé une relation fraternelle et sont prêts à braquer le game. Les projets de Nephew deviennent également de plus en plus consistant, son « Crack Therapy 3 » est vraiment l’une des belles surprises de l’année 2020. Il a démarré cette nouvelle année presque aussi fort avec « Yay Allen » enfin bref il n’est clairement pas improbable que vous retrouvez un dossier similaire à celui-ci consacré à cet autre phénomène de Rochester dans les prochains mois, au moins l’introduction est désormais faite.

Comme vous avez pu le comprendre, le premier album de Rx Papi de 2021 était grandement attendu par sa jeune fanbase, un doux parfum de tournant se faisait ressentir. C’est en février qu’a finalement frappé l’ovni avec « 100 Miles and Walk’n » , un album qu’on décortiquera en profondeur dans la suite de l’article. Le reste de l’année s’annonce déjà passionnant pour lui. Le new-yorkais compte bien continuer à varier les plaisirs, après avoir bouclé une formidable collaboration avec le MVP de 2020 a.k.a. Boldy James, il a ensuite teasé une potentielle collaboration avec Danny Brown à venir. Un cocktail qui s’annonce explosif. Pour couronner le tout, Rx sortira bientôt un album en collaboration avec le maestro du Drain Gang, Yung Gud, une masterpiece cloud rap en prévision. Nous aurons également le droit avant à une tape 100% inspirée par le « Old » Gucci Mane, projet 100% trap shit. Il ne serait pas étonnant de le voir drop un projet aux côtés de Rx Nephew maintenant que les deux se sont rabibochés et semblent prendre une trajectoire similaire. Une chose certaine, le new-yorkais continuera de nous surprendre avec de belles collaborations. Dans une récente interview pour Passion Weiss, il a cité les noms avec qui il souhaiterait travailler en priorité : Zaytoven, OJ Da Juiceman, G Herbo & Max B. Mais le plus dingue dans tout ça, c’est qu’on pourrait déjà se demander si ça ne serait pas plutôt ces derniers qui auraient la chance de pouvoir travailler avec Rx Papi et non l’inverse.

100 Miles and Walk’n

Ce nouvel album s’annonçait déjà avant même sa sortie comme le premier tournant majeur de la carrière de Rx Papi. Après avoir maximisé sa hype auprès des diggers les plus acharnés du rap US en 2020, le new-yorkais avait toutes les cartes en main pour toucher un public encore plus large en comptant notamment sur le soutien de certains médias majeurs à l’image de Pitchfork ou encore des communautés très influentes de KTT & Reddit. Comme un symbole, c’est sur cet album qu’il nous offre son premier feat « majeur » avec l’insaisissable Boldy James. Un titre fort logiquement dévoilé en amont sous forme de single qui ne manquera pas de faire mouche auprès des fans. Une production envoûtante mettant un peu plus en valeur les similitudes entre les deux rappeurs. Bien que le MC de Detroit se soit imposé ces dernières années dans le registre new old school / boom bap aux côtés de prestigieux producteurs tels que Alchemist, Sterling Toles ou encore Real Bad Man, il nous est possible de faire des rapprochements assez voyants avec Rx Papi. Les deux rappeurs ont une manière assez similaire de faire ressortir une peine, ou même une souffrance, assez communicative en évoquant leurs passés mouvementés dans la rue. Cette combinaison avait bien plus de sens que nous pouvions le penser à première vue.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, la cover de l’album se dresse également comme un upgrade assez représentatif de la carrière du rappeur. Ça ne représentera probablement qu’un léger détail pour certains mais on constate assez clairement une intensification du travail, beaucoup plus de détails, un visuel plus communicatif… À une époque où le public semble presque accorder autant d’importance à l’univers visuel d’un artiste qu’à ses performances musicales, cette évolution n’est en aucun cas à négliger. Peu de doute sur le fait que cet artwork a déjà pu pousser certains curieux à donner une écoute à l’album.

L’aspect visuel n’est pas le seul domaine dans lequel Rx Papi cherche à gagner en stabilité et professionnalisme à travers cet album. Pour la première fois de sa carrière, on sent un début de cohérence musicale tout le long du projet, on s’éparpille bien moins dans tout les sens qu’à l’habitude. On distingue cette fois-ci deux variantes hip-hop ultra dominante de la première à la dernière track, en l’occurrence le cloud rap et la trap. Une trajectoire plutôt logique lorsqu’on connaît les principales influences du bonhomme mais également en repensant à ses succès majeurs jusqu’à maintenant. Il est encore beaucoup trop tôt pour parler d’un album de la maturité pour le new-yorkais, il n’empêche qu’il était venu le moment de faire un choix pour attirer une audience plus importante. Cependant, Rx Papi a tout de même gardé un aspect très brut pour ne pas dire négligé au niveau du mix de l’album avec des séquences où les disparités entre la prod et la voix de l’artiste sont très importantes. Certains auront bien du mal avec cette approche très spontanée mais pour d’autres ça sera au contraire dans cette signature sonore que réside tout le charme de ce genre d’artiste. Vous aurez probablement deviné qu’on se situe assez nettement dans la deuxième catégorie mais il s’avère tout à fait compréhensible que le produit paraisse encore trop déroutant pour une partie du public.

« 100 Miles and Walk’n » se compose essentiellement de bangers agressifs et efficaces, une méthode pertinente pour accélérer le processus de hype. On reconnaît tout le charisme du personnage dès l’intro de l’album, Rx débarque sur une production relativement épique et se lance dans un récit rythmé sans trop porter d’attention au rythme du beat. Place aux gros bangers bêtes et méchant dans la foulée avec notamment le sulfureux « Rush Hour » , une proposition artistique qui se répètera de nombreuses fois tout le long du projet à l’image des morceaux « Open Fire » , « WestSide Benji » , « SouthSide Mike » … C’est d’ailleurs même sur un banger particulièrement agressif, « Ya Father » , que se termine l’album, le new-yorkais fait monter la pression en haussant progressivement la voix, au bord du hurlement sur certaines séquences. On aurait pu imaginer une fin plus posée et introspective en raison de l’avant dernier track « Dead Man’s Letters » qui fait ressortir à merveille toute l’angoisse et la peine que renferme Rx Papi. Il excelle complètement dans ce registre et ce titre en est une nouvelle fois la preuve. Néanmoins, le rappeur de Rochester a tenu à conserver son importante part d’imprévisibilité en rajoutant une touche explosive pour la dernière piste.

L’album a déjà connu son lot de rebondissements en se voyant notamment retiré des plateformes de streaming durant une bonne semaine (pas idéal effectivement pour un artiste en pleine explosion) pour des histoires classiques de sample sur le titre « East End Boy » . Mais au lieu de ressortir tout simplement le projet sans le morceau de la discorde, Rx a encore mis en lumière sa particularité en interprétant lui-même la mélodie d’origine et le résultat s’avère… hyper catchy. On constate encore une fois que c’est dans la spontanéité qu’il fait parler son génie. Moins sa musique est pensée, plus elle se révèle… intelligente.

Gros coup de cœur pour les morceaux de l’album particulièrement sombre. Sur des tracks tels que « Terry » ou « Sanctioned » , Rx Papi nous entraîne avec lui dans les bas-fonds. Des productions très dark sur lesquels le rappeur pose avec une certaine énergie, une belle manière de transmettre l’angoisse en musique. On pourrait presque faire un rapprochement entre ce type de musique et les sonorités de l’époque du Raider Klan, on retrouve vraiment l’esprit Dirty/Horror tout en ajoutant une touche assez hypnotique. Une branche de sa musique qui pourrait être captivante à développer durant les prochaines années. En tout cas, le new-yorkais affiche une certaine facilité dans tout ce qu’il entreprend, c’est notamment flagrant sur l’hypnotique « I Got a Show Tonight » , le rappeur nous donne tout bonnement la sensation qu’il pourrait massacrer ce beat en conservant la même cadence durant 16 minutes non stop. Un constat d’ailleurs paradoxal quand on sait que Rx ne se présente pas forcément comme un grand technicien, mais sa présence est telle au micro qu’on ne peut pas juste le limiter à un flow, il occupe littéralement tout le terrain par divers biais : énergie, chant/rap, humour, « memes vocaux » … On pourrait presque le qualifier d’étudiant parfait du rap moderne, en piochant un peu partout, il a su visiblement trouver une formule laissant place quasi exclusivement à l’efficacité.

Si on a parlé de cloud dans l’introduction ce n’était évidemment pas pour le décor. Le track « Money Rag » vous transportera en un rien de temps que ça soit par le biais de la production très planante ou encore les chantonnements de Rx très biens placés. Dans le même registre, mention spéciale au brumeux « One Last Dance » . Lorsqu’il s’exerce sur du cloud rap, on ressent quelques inspirations prises chez le Drain Gang dans les ambiances, de quoi hyper encore plus la population concernant le projet à venir avec Yung Gud. On retrouve aussi cette atmosphère un poil céleste sur le fameux feat avec Boldy James, il n’est clairement pas illogique que Rx Papi ait pris la décision de s’exécuter sur un projet entier dans ces sonorités tant le résultat est au rendez-vous sur chacun de ses essais.

Concernant les thèmes abordés, le rappeur de Rochester aborde les fameux sujets majeurs évoqués auparavant. Il va toujours un peu plus loin dans l’introspection entre quelques phases humoristiques subtilement dissimulées, conscient de s’adresser également à un nouveau public. Certains passages soulignent encore un peu plus la paranoïa post traumatique dont souffre le rappeur.

Every time I sleep, that pistol by my side

That bitch bring me peace of mind

Rx Papi – Bird Box Pt. 2

Au final, cet album s’affirme à la fois comme un tournant majeur pour la carrière de Rx Papi mais aussi comme une très bonne porte d’entrée vers son univers pour un nouveau public, le rappeur propose tout simplement ce qu’il sait faire de mieux tout en abordant les thématiques majeures de sa carrière.

Il est encore aujourd’hui difficile d’avancer que le style de Rx Papi sur cet album est assez défini pour vraiment toucher de nouveaux fans. Néanmoins, on peut déjà constater sans l’ombre d’un doute qu’un gros cap de notoriété a été passé depuis la sortie de l’album. Aussi bien sur le plan médiatique à l’image de la review Pitchfork mais également d’un point de vue général avec un push très insistant sur les différents forums ainsi qu’une explosion des notes sur les sites référence à l’image de RateYourMusic. Il est clair que le public rap se révèle être de plus en plus curieux vis-à-vis du phénomène new-yorkais d’autant plus que ce dernier se montre particulièrement habile dans sa communication sur les réseaux sociaux en obtenant des relais assez importants. Concernant la qualité purement musicale du projet, j’ai été franchement conquis par la proposition de Rx Papi avec ce nouvel opus, je pense qu’il est encore très loin d’avoir exploité la totalité de son potentiel mais le niveau atteint aujourd’hui est déjà très solide. Il s’agit incontestablement d’un des projets hip-hop majeurs de ce début 2021. Maintenant que le REAL Rx a enfin réussi à attirer la lumière sur lui, il sera encore plus intéressant de voir ce qu’il en fera. Une seule chose est certaine : on ne pourra rien anticiper.

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