DECRYPTAGE: HUMBLE (Kendrick Lamar) PAR DAVE MEYERS.

Véritable raz de marée au moment de sa sortie, HUMBLE. annonça le retour triomphant d’un des artistes les plus talentueux de notre époque, Kendrick Lamar. Succès populaire et critique immédiat, le morceau s’est aussitôt érigé en tant qu’œuvre culte pour toute une génération, et ce en grande partie grâce à son clip.

Lorsqu’il réalise HUMBLE., Dave Meyers peut déjà se targuer d’être un architecte essentiel du monde de la musique. Fort d’une expérience de plus de vingt ans, il jouit d’une vidéographie dantesque rassemblant d’innombrables artistes majeurs du XXIe siècle. De Jay-Z à Katy Perry en passant par Missy Elliott, il a durablement marqué le paysage vidéo par son esthétique affirmée qui en a fait la coqueluche des stars. C’est donc sans surprise qu’il finit par collaborer avec le natif de Compton en 2017. Ce dernier sait que le monde le regarde et attend le premier single du successeur de To Pimp A Butterfly de pied ferme. Une expectation démentielle qu’il va réussir à satisfaire avec ce visuel inoubliable. Analysons aujourd’hui les raisons du succès de cette réalisation.

HUMBLE. se présente comme un morceau egotrip dans lequel K.Dot s’édifie en tout puissant se situant à mille lieues du reste des artistes. Bien plus qu’une ode à l’auto congratulation, il dresse une critique cynique de l’ego mortifère que ronge actuellement les pop-stars. Un message que la caméra de Dave Meyers sublime à la perfection.

Le clip multiplie les représentations christiques de Kendrick. Il débute en effet par un plan le montrant seul en tenue ecclésiastique éclairé par une lumière filtrée par les vitraux de ce qui s’apparente à une chapelle. Il revêt de fait une fonction christique qu’un hommage à la Cène de Léonard de Vinci appuie quelques secondes après.

Loin de la grâce religieuse, la caméra de Meyers le met en scène dans des situations profanes venant contredire cette velléité christique. Le découpage du clip en rend compte quand il fait succéder au plan d’ouverture une séquence montrant le rappeur allongé sur une table inondée de billets en train de tirer des Benjamins à l’aide d’un cash gun. L’humilité prônée par le refrain devient alors factice.

Le cynisme derrière ce faux message de modestie prend tout son sens lorsque l’on analyse la position qu’occupe l’artiste dans l’image. Il se situe presque toujours au centre du cadre, et quand il ne l’est pas, il est le seul à être éclairé ou à porter une tenue différente de celle des figurants. Le traitement réservé à ces derniers est aussi révélateur de cette humilité fallacieuse comme le montre la scène des têtes brûlées. Ceux qui se trouvent au premier plan aux côtés du rappeur sont grimés de cordage cachant leurs figures, tandis que ceux ayant le visage découvert sont relégués à l’arrière-plan. En se situant au centre du cadre, Kendrick accapare le regard du spectateur et occulte donc la présence de ses proches à l’image, traduisant ainsi l’extrême arrogance dans laquelle le natif de Compton se met en scène.

Leur effacement se reflète également par les différentes techniques de prise de vue, à l’instar de ce bras robotisé muni d’un objectif. Ce dispositif produit plusieurs mouvements de caméra autour du MC. Par conséquent, il apparaît toujours au premier plan même lorsque la caméra essaie de filmer ses comparses. En outre, un objectif 360 degrés vient littéralement bâtir un monde centré sur  Kendrick Lamar pour asseoir cet égocentrisme pesant.

Dave Meyers sublime la douce ironie portée par le compositeur de GKMC grâce à d’astucieux procédés de réalisation et à un montage d’une précision chirurgicale. Cette déconstruction du mythe de la star n’aurait pu être aussi bien retranscrite en vidéo sans les images pop du réalisateur rendant cette création absolument inoubliable.

Au-delà de sa beauté et de son ingéniosité, le clip d’HUMBLE. est une réalisation à l’influence indéniable. On ne compte plus les vidéoclips utilisant la caméra 360° ou le bras robotisé. Bien qu’il ne les ait pas inventées, Dave Meyers sublime ces techniques en les mettant au service du propos du chanteur et non en en faisant juste un geste esthétique. Finalement, n’est-ce pas cette malice qui sépare les simples faiseurs des artistes? 

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