DUKE DEUCE – DUKE NUKEM

Duke Deuce love to crank, Duke don’t give a fuck

I’m that same n*** that be screamin’ « WHAT THA FUUUUCK? »

INTRO: COMING OUT HARD

Après une introduction en deux volumes de Memphis Massacre, on retrouve Duke Deuce là où on l’a laissé, comme ce dernier le déclare pour ponctuer le premier couplet de l’intro de son nouvel opus. Duke Nukem, c’est la suite logique de la série de mixtapes qui l’a précédée, pas de raison de s’attendre à être dépaysé par un changement de cap drastique de sa part. C’est d’ailleurs l’une des caractéristiques de la musique du natif de Memphis : lorsqu’on clique, on sait où l’on met les pieds et on n’est que très rarement désorienté (pour ne pas dire jamais). Le rappeur de 28 ans débarque donc en 2021 avec 14 titres, et l’ambition de confirmer qu’il est bien installer dans son fauteuil de riche héritier de la culture crunk (et du Memphis Rap plus globalement).

Si certains artistes dissimulent leurs influences de manière discrète, Duke Deuce n’est pas des leurs. Ici, tout est explicite : l’intro « COMING OUT HARD » en référence à l’un des albums les plus importants du rap de Memphis signé 8Ball & MJG, ou encore l’imagerie guerrière pour promouvoir l’album avec le clip de « SOLDIERS STEPPIN » et une cover à faire trembler toute une armée, laissant croire qu’un nouveau soldat de No Limit se serait échappé. Ce premier extrait navigue entre hommage et boucherie auditive de la même manière que « Crunk Ain’t Dead », son hit majeur figurant sur Memphis Massacre 2. Pour la conception de ce morceau, Duke Deuce a fait appel à Ayoza qui était à la production du hit « Yeh », qui avait entraîné un engouement puissant autour du rappeur fin 2019,  ainsi que « Crunk Ain’t Dead Mob » qui est également l’un des morceaux forts de son catalogue. Sans avoir la dimension de « Crunk Ain’t Dead », « SOLDIERS STEPPIN » est une entrée en matière réussie, lui permettant de donner aux auditeurs les armes dont ils auront besoin pour parcourir son champ de bataille à travers ses humeurs belliqueuses. 

Pourquoi changer une formule qui fonctionne ? Dans la forme, Duke Nukem ne diffère quasiment pas de ses précédents projets. Pour conserver son ADN, un éventail large de producteurs est là pour le servir, dont certains avec qui les collaborations sont fréquentes (HitKidd, Ayoza, ou Pyrex), d’autres un peu plus obscurs et méconnus (notons par ailleurs la présence de TP808, également à la production de nombreux morceaux sur le dernier album à succès de Pooh Shiesty, producteur à suivre). La structure étant dupliquée, la seule question de la qualité intrinsèque des morceaux mérite d’être posée dans un premier temps. Amis accros aux refrains enragés, aux gimmicks tous plus viraux les uns que les autres, et aux punchlines drôles et malsaines, vous avez ici de quoi subvenir à vos besoins avec « SOLDIERS STEPPIN », « SPIN », « DUKE SKYWALKER », ou encore « MOVE ». Pas d’inquiétude donc, cet album est idéal pour faire le plein d’énergie et vous tordre le cou. 

Duke Skywalker, smoke that shit so heavily

High as seven heavеn, think an angel wanna marry me

I can’t smoke with brokе motherfuckers, I’m allergic 

That shit make me nervous appreciate your service 

Bitches wanna fuck me and just suck me cause they heard of me

Kicked it on the moon then I fucked a bitch on Mercury

DUKE SKYWALKER

Les références multiples à ses ainés laissent également émerger un sentiment nostalgique qui a évidemment toujours existé dans le rap. Le danger serait de glisser doucement dans une sorte de révisionnisme qui nous plongerait dans l’ennui à la grande satisfaction de quelques esprits bloqués à une certaine époque (qui choperont sans doute un ulcère à l’écoute du couplet de Lil Keed). Dans Duke Nukem, c’est l’effet inverse, le mariage entre le son de son enfance et les sons du moment opère avec grande efficacité, car tout n’est pas crunk ici. Le projet contient son contingent de Trap actuelle, avec comme highlight notable « BACK 2 BACK ». 

Au sujet des guests, si certaines invitations conventionnelles ont été destinées à Offset, à l’origine de sa signature chez Quality Control, A$AP Ferg, avec qui il partage son admiration pour la Three 6, et Young Dolph, qui lui a refourgué un couplet qui sent le fond de tiroir à plein nez, on peut apprécier la présence d’artistes de la nouvelle génération d’Atlanta : Mulatto, Foogiano, et Lil Keed, pour un résultat d’assez bonne facture. 

On ne l’apprend pas à l’écoute de ce projet, mais le bonhomme maîtrise les codes de plusieurs époques et de plusieurs scènes. On a affaire à une éponge du rap sudiste de toutes époques, il en résulte un éclectisme qui permet d’avancer à travers l’album en profitant d’une variété de flows pour la plupart déjà bien connus des amateurs de Southern Rap, ainsi que des formes d’interprétations diverses qui lui sont propres. Même si c’est l’influence à laquelle la plupart des gens (et lui-même) s’accordent à l’assigner, il n’est pas seulement question de Three 6 Mafia ici.

Comme de nombreux compères sudistes (notamment les scènes d’Atlanta ou de Louisiane des dix dernières années), Duke Deuce nous sert une nouvelle fois son lot de « pain song » aux mélodies efficaces, entêtantes, et débordantes d’émotions. Il nous avait déjà familiarisés à certaines de ses aptitudes vocales avec plus ou moins de succès, comme sur l’excellent « Trap Blues », ou sur le moins bon « Body » (tous deux tirés de Memphis Massacre 2), il semble ici avoir fait le tri et avoir perfectionné sa recette. Un des morceaux forts de cet opus « OUTRO: GO 2 HELL » nous confirme cette tendance au chant, avec un deuxième couplet assez exceptionnel dans l’interprétation, en propulsant sa voix autotunée là où il ne l’avait encore jamais emmené, bénéficiant d’une puissance certaine qui décuple l’émotion ressentie à l’écoute. Ce genre de facette permet sans aucun doute à l’album de gagner en consistance et en profondeur, en s’affranchissant de certaines limites qui peuvent être posées à ce style brut et souvent peu intelligible. On ne s’arrête pas au côté bête et méchant qui fait la grande force de Duke Deuce. 

OUTRO

Duke Nukem est un projet solide, avec la simple prétention de faire de la bonne musique, sans pour autant changer la face du rap, avec quelques limites facilement observables. On dresse donc un constat global qu’on aurait aisément pu transposer à une review de Memphis Massacre 2 sorti il y a un an. Duke Deuce a choisi de perfectionner sa sauce, qu’il maîtrise sans qu’on puisse lui adresser de grands reproches, ce qui lui permettra sans doute de fidéliser sa fanbase. Les auditeurs en quête perpétuelle d’innovation ne trouveront certainement pas leur bonheur à l’écoute du projet, quand ceux friands de musique de qualité trouveront le leur, grâce à une direction artistique identifiable et cohérente.

Note : 3.5 sur 5.

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