Conway The Machine & Big Ghost Ltd – If It Bleeds It Can Be Killed

Après nous avoir régalé l’année dernière avec l’album « No One Mourns The Wicked » , le rappeur de Buffalo et le producteur new-yorkais en remettent déjà une couche. Alors que nous étions dans l’attente du premier album de Conway chez Shady Records « God Don’t Make Mistakes » , le MC de Griselda se permet de faire monter encore un peu plus la sauce en collaborant pour la troisième fois sur un projet avec l’un des beatmakers ayant les capacités de mettre encore un peu plus en valeur son talent derrière le micro. Au sujet de Big Ghost, on vous conseille vivement le dossier récent concocté à son sujet par nos confrères de l’ABCDR. Assez inattendu, c’est avec en quelque sorte le statut de bonus que vient à nous ce nouvel album de la part de deux des figures les plus importantes de la scène underground US sur ces dix dernières années.

Le titre du projet ainsi que sa cover annonçaient la couleur sans aucun détour. Le duo ne revenait pas pour faire dans la délicatesse et promettait un rap des plus authentiques et sales. Un peu plus long que son prédécesseur (30mn), ce nouvel opus présente en plus des collaborations particulièrement intéressantes avec les présences de rappeurs qui ont fait le rap new-yorkais 2020 : Rome Streetz, Knowledge The Pirate ou encore Ransom.

Cet album se devait de nous offrir une introduction épique. Mission grandement accomplie avec un speech signé Lukey Cage sur une production savoureuse de Big Ghost qui vient glisser en nous un sentiment d’urgence, une certaine pression vient s’installer progressivement sur nos épaules. Dans ces circonstances, la machine ne pouvait que débarquer dans le costume du sauveur sur le second titre « J Batters » . Le rappeur fait d’entrée dans le tape à l’œil avec des lines luxury rap/coke rap/gangsta rap à profusion. Comme on pouvait le deviner avant de lancer l’écoute, ce projet fera avant tout dans l’efficacité en puisant dans ce que les deux artistes savent le mieux faire. On retrouve encore le même esprit sur le titre suivant, « Way We Move » qui vient beaucoup faire dans l’egotrip avec un Conway toujours aussi inspiré accompagné par un sample iconique subtilement glissé par Big Ghost.

Don’t act surprised when you walk in the Louis store

And they say, « I’m sorry, we don’t have that design » (Talk to ’em)

Virgil made a one-of-one jacket and told me that it’s mine

No rapper alive has a catalog to match with mines (Not at all)

Conway – J Batters

Yeah, me and Big Ghost like the new Guru and Preem (Ha)

Gang Starr, just a few years, I became a star (Let’s go, talk to ’em)

Conway – Way We Move

Mais bien évidemment, la doublette n’oublie pas l’essentiel en nous emmenant dans des terres particulièrement hostiles. Direction les tranchées avec le sulfureux « Kill All Rats » , un titre explicite sur lequel Conway bombe le torse en compagnie des techniques Ransom et Rome Streetz. Les trois rappeurs n’épargnent en aucun cas ce beat diablement menaçant en le découpant seconde après seconde. Une démonstration de force qui nous ramène à la fameuse froideur de Buffalo. On retrouve cet esprit démoniaque sur le track « Red Beams » qui ne laisse aucunement place à la paix. Sur ce registre, la Machine et Big Ghost ne déçoivent tout simplement jamais.

They say they gon’ do somethin’ to me? Well, I cannot wait (I’m waitin’, pussy)

We gon’ shoot up your wake, fuck n****s can’t even die safe

You n****s is not safe

Conway – Kill All Rats

Le duo sait également briller dans la douceur. Le morceau « Toast » vient détendre l’atmosphère avec une ambiance particulièrement chill et entraînante. Mais même dans ces circonstance, la machine garde une cadence fracassante dans son rap. Big Ghost va encore plus loin sur le morceau suivant, « Losses To Blessings » , en offrant une séquence jazzy sur laquelle Conway s’adapte à merveille. Autrement, il s’agit probablement du morceau le plus intéressant du projet. Le rappeur de Buffalo fait dans l’introspection en se livrant sur ses peines et ses pertes, notamment celle du regretté DJ Shay, par dessus une production particulièrement sombre dans une première partie. La production laisse place à une vibe plus accueillante et reposante sur laquelle Conway évoque cette fois-ci sa fierté vis-à-vis de son parcours. Un schéma qui correspond donc exactement au titre du morceau. Ce track vient comme instaurer une sorte de break dans le projet qui est majoritairement composé de luxury bars et de gangsta rap, l’artiste de Griselda prend cette fois le soin de s’ouvrir davantage.

Mentally, I’ve been in a dark place

But still poppin’ out fresh as a bitch, my Louis sharks laced (Talk to ’em)

Been through so many ups and downs and fuckin’ heartbreaks

Man, I done lost Shay, I’m feelin’ lost lately (Shit is fucked up)

Conway – Losses to Blessings

All the gangstas give salutations, they tell me that they proud, it’s amazin’

Conway – Losses to Blessings
Conway & DJ Shay

Rassurez-vous, Big Ghost n’allait pas produire entièrement un album sans apporter une petite touche retro NY / mafieuse. C’est ce que parvient joliment à faire « Highly Style » par le biais de son sample, une vibe très ressemblante à celles qui ont bâti le succès de Griselda sur plusieurs années. Forcément, sur ces sonorités Conway se sent comme à la maison et plie la prod les pieds sur la table. Même énergie pour la piste suivante, « Sons of Kings » , avec une ambiance encore un peu plus poussiéreuse. L’apport de Knowledge the Pirate sur ce registre est conséquent, ce dernier ayant l’habitude de réaliser des albums entièrement ancré dans ce style.

You n****s rock anything and you call it drip

She come and do anything for me, I call your bitch (Come here, bitch)

You n****s sell anything and you call it fish (Hah)

We don’t have nothing in common if you never bought a brick (Not at all)

Conway – Sons of Kings

Le projet se termine efficacement avec « Forever Ago » , Big Ghost y glisse un sample qui instaure un certain sentiment de nostalgie. Pour couronner le tout, la Machine laisse transparaître une certaine émotion dans sa voix comme il l’a déjà si bien fait à plusieurs reprises dans sa carrière. Moins épique que l’introduction, l’album se conclue malgré tout sur une note tout aussi symbolique.

Avec ce nouvel opus, Conway & Big Ghost n’ont pas cherché à surprendre ou à conquérir un nouveau public. C’est dans ce sens que le terme « bonus » a été utilisé pour définir le statut du projet, ces musiques feront principalement le bonheur des fans déjà établis en attendant le grand rendez-vous que sera l’album de la Machine. Bien que légèrement différent dans les sonorités, « If It Bleeds It Can Be Killed » , se veut être relativement comparable à son prédécesseur sur le plan de la qualité. Un album qui fait donc clairement le boulot et témoigne de nouveau de la formidable alchimie entre le rappeur de Buffalo et le producteur new-yorkais. En revanche, cette consistance permanente du début à la fin ne laisse la place qu’à trop peu de surprise ou de très fort highlights comme on peut régulièrement avoir dans les différents projets de Conway. Encore une fois, la qualité est incontestable, mais l’album ne fera probablement date qu’uniquement pour les fans les plus fervent de Conway &/ou Big Ghost. On peut également regretter que le duo ne cherche pas à approfondir un univers visuel puisque aucun clip, malgré une DA très cohérente au niveau des titres et des covers sur les deux albums, ne semble être prévu. C’est toujours un plus, notamment pour un projet un peu « caché » qui reste une exclu Bandcamp durant ses premières semaines d’exploitation. En tout cas, la Machine & le fantôme délivrent un des premiers albums solides de l’année et nous laissent un poil rêveur quant à l’idée de la naissance d’un véritable duo sur la durée.

Note : 3.5 sur 5.

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