AVONS-NOUS FAILLI À JOHNNY RAIN?

NB: Rassurez-vous, je ne réfèrerai pas à l’artiste en l’appelant Johnny. On est pas au club de tuning de Tourcoing. À la limite, Jeannot de la Pluie c’est bien.

Le début de la décennie 2010 a été une explosion chatoyante et protéiforme de créativité, qui est allée de concert avec un système médiatique relayant et soutenant ce phénomène global, basé sur les blogs et l’avènement et la démocratisation des réseaux sociaux. La Blog Era. Elle n’a évidemment pas concerné que le rap puisque l’indie rock, la pop, et le genre adjacent au rap qu’est désormais le R&B a lui aussi bénéficié d’un renouveau, avec l’émergence de The Weeknd, PARTYNEXTDOOR ou encore Frank Ocean pour ne citer qu’eux en guise de représentants. Ces artistes ont travaillé pour dépoussiérer un genre vieillissant et lui apporter une lumière, ou une obscurité, nouvelles. Les ballades hallucinées et vaporeuses, accompagnées d’une mélopée à en déchirer les coeurs, d’un mystérieux chanteur à la voix séraphique, The Weeknd ; la dimension tout aussi mystérieuse de PARTYNEXTDOOR et son R&B suave et atmosphérique ; la coming of age story de Frank Ocean, de son émancipation d’Odd Future à la révélation que fut Channel Orange, après déjà une très prometteuse entrée en matière avec nostalgia, ultra. Des artistes avec une (non)-image riche, une personnalité marquant fortement leur musique. Peut-être que c’était ce qui a manqué à Johnny Rain. Un background particulièrement unique, une mystique médiatique, une trajectoire personnelle sensationnelle… Ou est-ce un oublié de l’histoire? Que s’est-il passé? Le connaissiez-vous même avant de commencer à lire ce soliloque?

Aux alentours de la fin de l’année 2013, je me retrouve, comme très souvent à cette époque, en train de zoner dans les méandres certes riches mais souvent très boueux du forum KanyeToThe. Comme d’habitude en quête d’une énième découverte musicale pour rassasier momentanément des esgourdes voraces. J’étais à ce moment-là un énorme fan de The Weeknd, mais j’avais du mal à digérer la déception que s’était avérée être KISSLAND. Un des threads de la première page attire mon attention, portant un titre un peu aguicheur du style « Alt-R&B thread – recommendations in OP ». De fait, n’étant pas encore bien versé dans ce qui se faisait du côté de la nouvelle scène R&B depuis le début de la décennie, l’esprit encore bien trop occupé à assimiler les incessantes déferlantes de piège musique révolutionnaires en provenance de la nouvelle ville sainte, Atlanta, je clique. Avec l’espoir ténu de pouvoir trouver quelque chose de vraiment bien. Je parcours donc le patchwork de couvertures de mixtapes et d’EPs cités, on y voyait pêle-mêle la première mixtape de Tinashe, Abhi // Dijon, Quadron, Autre Ne Veut, Rhye, SZA, Jhené Aiko, JMSN… Il y avait quand même une bonne dose de trucs très hipsters mais par expérience, je laisse toujours le bénéfice du doute aux internautes américains dans ce domaine. Puis mon oeil est attiré par une cover mystérieuse, où ne figure qu’un visage brouillé par une interférence visuelle. Suivant mon instinct je vais donc écouter ce que ça donne. Et ce fut une révélation, dès les premières notes de Twisted High, le 1er morceau de Lullaby of Machine, j’ai su que ce Johnny Rain faisait de la musique qui me parle. Plusieurs jours plus tard, toujours dans une frénésie transcendantale suite à la découverte de cet artiste hors normes, voilà qu’il sort un second projet. LOM est sorti en février, et Villain en novembre 2013. Si LOM fut un me faisant cracher quelques dents, Villain fut l’uppercut me dévissant la mandibule pour quelques lunes. Je tenais là un diptyque qui n’avait à mes yeux rien à envier au triptyque légendaire d’Abel Tesfaye. Et c’est aussi la raison pour laquelle j’ai tant accroché à la musique de Johnny Rain: elle reprenait certains des codes que Weeknd avait mis en pratique avec Trilogy, mais elle repoussait encore les limites, était plus audacieuse en termes de compositions, et au moins aussi versatile.  Il a rallumé la flamme sacrée qu’un jeune chanteur mystérieux de Toronto avait momentanément brandi pour immoler un genre moribond et le faire renaître de ses cendres. 

Ces deux projets du californien de 19 ans à l’époque cristallisaient une magie particulière. La plupart du temps, ces chansons sont empreintes d’une ampleur, une dimension palpables. Isis, le premier morceau de Villain, s’ouvre sur une interpolation des paroles de Bang Bang de Cher (ou de Nancy Sinatra si, comme moi, vous préférez sa version), puis se poursuit sur une montée orchestrale crescendo doublée de la voix de Rain qui implore sa bien-aimée de ne pas le laisser tomber, pour se terminer sur un solo de guitare. Solos de guitare que l’on retrouve d’ailleurs très régulièrement dans l’oeuvre de Rain, et qui sont généralement aussi bien placés que bien sentis. Déjà sur ces deux projets, il était capable d’emprunter au rock des compositions de guitare, des basses et des synthés à la musique électro, mais aussi et surtout de faire preuve de talents de songwriter à faire s’em pâmer des professionnels payés pour composer des toplines accrocheuses aux popstars du moment. Il suffit d’écouter Head, son sample d’Erotic City de Prince (une des inspirations de Rain, parce que forcément), et Rain et Xodiak conversant en chanson. En filigrane, tout au long de son oeuvre, on retrouve d’ailleurs régulièrement Xodiak, sa muse, avec qui il a crée plusieurs morceaux somptueux, leur rapport intime donnant naissance à une symbiose musicale d’une grande justesse. Sa présence plane sur chacun de ses projets, la plupart de ses contributions vocales ne sont pas mentionnées sur les tracklists, mais nul doute qu’elle joue un rôle crucial dans le processus créatif de Rain. Et on a du mal à imaginer le projet Johnny Rain autrement qu’en un duo, plutôt qu’une seule entité. Et c’est d’ailleurs dommage que Xodiak n’ait pas libéré plus de musique au public, étant donné tout le talent qu’on lui perçoit, au gré de ses apparitions. Le morceau éponyme de Villain est à ce propos une de leurs meilleures collaborations, prenant la forme d’une épopée à forte dimension cinématographique, à la Bonnie & Clyde. Rain et Xodiak dans un cabriolet à toute berzingue sur l’I-45 dans un soleil couchant, dans la plus totale des incuries, surtout pas pour la probité que la société attend d’eux. Et cette douce virée qui finit par tourner au drame.

La chronologie de la carrière de Johnny Rain suit plus ou moins celles de Frank Ocean et The Weeknd. Un premier projet (très) prometteur en 2011 woundedDRUG twistedHIGH, suivi d’une année 2013 particulièrement productive, comme mentionné plus tôt, avec pas moins de 2 albums en bonne et due forme, Lullaby of Machine et Villain, tous deux autoproduits qui plus est. Seulement, malgré les qualités indéniables de la musique, une reconnaissance critique non-négligeable, et une proposition artistique pour ainsi dire à la croisée des chemins entre Weeknd et Frank Ocean: un ton torturé, parfois désespéré, tantôt tendre à l’extrême, mis en valeur par des habillages musicaux souvent sombres, presque gothiques, souvent plus riches que dépouillés. Sa capacité et son timbre vocaux sont plus comparables avec ceux de Frank que de Weeknd. Une voix posée, millimettrée, légère et pouvant monter dans de beaux aigus. Mais la musique de Johnny Rain n’a tout simplement pas fini par prendre sur le grand public par rapport à celle de ses camarades de classe. Si certains de ses morceaux s’étirent volontiers de tout leur long, jusqu’à parfois 10min, tout comme avait l’habitude de faire The Weeknd, c’est peut-être aussi le caractère imprévisible des compositions de Rain qui sonnent moins conformes aux attentes du public mainstream. Les structures se construisent et se déconstruisent, suivant l’humeur de Rain et ce qu’il ressent sur le moment. Ce n’est pour autant pas pour dire que ces chansons en sont moins accrocheuses, car ce serait mentir. À vrai dire, à mon sens, il y a tout autant de moments mémorables sur Villain que sur Channel Orange ou House of Balloons. L’univers de Rain est entouré par des basses martelantes, omniprésentes comme une prison, faisant écho à sa voix, tandis qu’il explore sa psyché, notamment sa paranoïa, et ses sentiments pour la femme qu’il aime. À travers l’atmosphère vespérale et chargée d’électricité statique de La Jolla, Rain semble constamment naviguer à travers des volutes de fumée épaisse, comme s’il cherchait un corps étranger, son salut ou le bout de son tunnel. La décadence, souvent romancée, est aussi un thème récurrent dans ses premiers projets, on peut notamment penser à Roll With the Ocean, extrait de Villain. Si le ton du morceau n’est pas vraiment tragique, il est quand même dramatique, et décrit le sentiment qu’éprouve Rain après en avoir mis quelques-uns à l’ombre, et c’est vous qui choisissez la couleur du breuvage: « The devil’s nectar got a hold on me, I’m gonna fill my cup, let it burn, let it burn suddenly ». Sur Blackyayo, issu de LOM, Rain ressasse: « I’m addicted to your love ». Au gré des écoutes, on ne peut s’empêcher de se demander s’il parle, dans ce genre de phase, d’amour pour la drogue ou d’amour pour quelqu’un. Mais la réponse la plus probable est simplement qu’il a une personnalité addictive, et que son amour le dévore. Sa musique laisse constamment l’impression d’être plus profonde qu’il n’y paraît, comme si les enjeux y étant discutés étaient vitaux. Lorsqu’il implore cette femme de le laisser entrer (come/cum, vous noterez la finesse du jeu de mots) dans son amour sur P.U.S.S.Y. (Passion Under Substance Serving You, encore une référence aux substances), on ne doute pas un seul instant du fait que ça sera pour la vie et qu’il pèse absolument ses mots. Et on veut y croire. 

Abordons quand même, de manière succincte, ses chiffres, histoire de cocher toutes les cases. Si l’on se réfère à ses statistiques Spotify, Rain comptabilise seulement 284 300 auditeurs mensuels à ce jour. Il a moins d’une dizaine de morceaux dépassant le million d’écoutes. On pourrait le classer dans le pool Elijah Blake – K. Forest – Elhae en termes d’audience (vous vous demandez peut-être qui sont ces types, oui, je sais…). De fait, il est très loin de ce que l’on pourrait appeler un artiste « connu ». Il est indéniable que lors de la révolution R&B entre 2011 et 2013, il fut bien difficile de tirer son épingle du jeu face à l’émergence des grands artistes mentionnés plus tôt dans ce texte. Des évènements en occultent d’autres, le focus médiatique se porte sur certains et pas d’autres, ou du moins pas suffisamment. Tous les bons élèves d’une même école n’accèdent pas tous au même niveau de vie. On se dit cependant qu’avec plus d’efforts sur la promotion de son art et une visibilité accrue, sur les réseaux sociaux, peut-être qu’il n’en aurait pas été ainsi. Mais a priori, cela ressemble plutôt à un choix en total libre arbitre de la part de l’artiste, ce qui se doit d’être respecté à sa juste valeur, et qui ne laisse que peu de place au doute.

Johnny Rain avait 19 ans en 2013, il avait tout juste un an de plus que moi, et il faisait de la musique qui, comme celle de Frank et d’Abel, parlait à des jeunes bousillés comme nous. Les thèmes se coupent et se recoupent, entre expériences avec la drogue, tourmentes avec les femmes, recherche de soi et introspection dépressive, ce sont là des marqueurs générationnels réels que nous avons tous pu vivre à une époque ou à une autre. À croire que ce début de décennie était empreint d’un spleen rampant, une dépression saisonnière prolongée, qui a servi de catalyseur à la créativité débridée de jeunes qui avaient l’ambition et suffisamment de moyens (un micro et un ordinateur) pour donner vie à leurs idées noires, blanches, ou grises. Evidemment, c’est resté pour beaucoup d’entre nous une simple période particulière, à la croisée des chemins, quels qu’ils furent. Depuis, on a tous grandi, changé, mûri. Johnny Rain et sa musique aussi. Mais il reste toujours cet être très discret, presque fugitif de l’oeil du public. En outre, l’existential dread de la fin de l’adolescence n’a pas disparu comme par magie, il est toujours présent, latent, on a simplement compris comment vivre avec sans qu’il nous consume. Ou du moins appris à lâcher suffisamment de lest pour qu’il ne nous rattrape pas avant qu’on ne le décide. 

En janvier 2015, il sort 11, son 3ème album, qui le voit diversifier son approche, éclaircir certains recoins obscurs, et oser des choses nouvelles. Pas toujours avec succès d’ailleurs, en témoigne California Sun et sa tentative de dubstep/électro de festival tout bonnement atroce. Il emprunte beaucoup à l’électro, il ira même d’ailleurs jusqu’à qualifier son style d’avant electro (voix de Future: « whatever that fuckin mean« ). Mais cela ne signifie pas que ses choix à ce propos sont toujours judicieux. Quoiqu’il en soit, il s’oriente vers une musique plus pop, délaissant notamment les morceaux fleuves, exception faite d’Oakland Ting / 808s and Patron et ses 6min43. Un album plus concis globalement, qui s’affranchit s’il le fallait des reliquats de comparaisons avec la musique de Trilogy de Weeknd, et affiche une audace nouvelle. Que ce soit le propos de A World of 100, qui déplore les atrocités se déroulant de par le monde, au groove presque dansant de Master of Disguise, ou encore les drums de Good Day, USA! qui rappellent celles de We Will Rock You de Queen, Rain met un point d’honneur à se renouveler, tout en gardant sa science des refrains bien à lui, et en prenant ici et là un ton engagé et critique envers son pays. En ressort un de ses meilleurs projets, et probablement le plus coloré.

En fin de cette même année 2015, il envoie un nouvel électrochoc, avec la sortie de son EP « EP1 », qui est une synthèse époustouflante de talent de ce qu’il sait faire de mieux. Chaque morceau est un monument en l’honneur de ses précédents travaux, y puisant les plus belles choses pour les raffiner en une démonstration de maître. Cet EP1 est d’ailleurs son projet ayant eu le plus de succès auprès des fans, si l’on prend comme référence les chiffres d’écoute de Spotify. On y retrouve même un morceau entièrement rappé, Reminder (My N**** Song) où il se livre comme rarement. Car oui, ce qui caractérise l’artiste, c’est aussi sa qualité élusive: il ne communique que très peu sur ses réseaux sociaux, et du peu, souvent de manière cryptique. Il ne fait réellement surface que pour libérer sa musique.

« Made a paradigm out of paranoia

Mama told me shine boy the sun is yours

They just gave me 50 for the option

I’m just tryna provide for my family

Ima be every single motherfucking thing

That I planned to be, Trust me dawg

This shit ain’t vanity »

« It’s funny how just a few months go man

I was on the verge of flipping bricks or something

Tryna find a bank to hit a lick or something

Whatever it took me to get the money »

Il est conscient d’être sous-estimé mais averti qu’il compte bien changer cette perception que les gens ont de lui. Sa détermination semble inébranlable, malgré les critiques insinuant qu’il est fini, malgré ses récents problèmes d’argent, et il ne compte pas en rester là. Néanmoins, en rétrospective, il semblerait que l’ambition affichée dans ce morceau n’ait pas parachevée, comme on va le voir plus loin. Il assure également dans ce même morceau « I been working on my pop shit / A lot of y’all tried to box me ». Et effectivement, on le croit sur parole puisque 143, sur le même projet, est un bijou immaculé, une déclaration d’amour dansante, comme les carats d’un diamant sur une bague de mariage, qui sample Just Saying de Jamie xx. 

Suite à cet EP, sans réel annoncement préalable, Rain se retire de la scène publique. Il n’y était déjà pas très présent, oui bien sûr, mais là c’est silence radio. Incompréhension des fans, qui se sentent lésés, surtout que ce retrait a duré très longtemps. Et la fanbase de Johnny Rain ne compte certes pas des cohortes entières, mais depuis la dantesque année 2013 qui l’a vu sortir LOM et Villain, ses fans lui voueraient presque un culte. Evidemment, le doute a longtemps plané sur le fait que Rain fasse son retour: peut-être en avait-il assez, peut-être voulait-il changer de vie? Que nenni. Le doute s’est dissipé rapidement. Il refit surface après plus de 3 ans, en 2018. 3 ans pour un musicien, en ces temps d’immédiateté et de sorties multiples par an, c’est une éternité. Il n’y a qu’à voir les hordes de stans aux commissures garnies d’écume réclamant un nouvel album de Kendrick Lamar, Rihanna ou autre artiste d’envergure mondiale. Cela dit, le cas est différent pour un artiste indépendant avec une fanbase fidèle. Ces 3 années furent certes longues, mais la relation de confiance induite par les statuts des deux parties fit que ça s’est avéré moins problématique. Pour autant, négocier un retour sur scène avec la cérémonie qui convient est toujours délicat. Mais Rain s’est déjà affranchi de telles considérations des éons auparavant, puisque l’homme est comme on l’a dit plus haut, plutôt avare niveau communication et promotion. 

Raison pour laquelle, un beau jour de 2018, il a simplement recommencé à tweeter, indication pour ses fans qu’une sortie était imminente. Après 3 singles et 2 vidéos, il libère Idol Blue, son 4ème album, qui sort avec le soutien du label EMPIRE, qui avait déjà participé à la sortie de Villain, et Roc Nation. En effet, durant ce temps de latence, Rain a, entre autres choses, signé un contrat pour un unique album. À l’écoute du projet, on comprend pourquoi il s’est retiré si longtemps: il est devenu père, a vécu d’innombrables nouvelles choses, et c’est ce qui l’a aidé à trouver l’inspiration. L’outro de l’album, Oz, débute avec un interlude mettant en scène une sage-femme accompagnant une mère en train d’accoucher. Rain prend ensuite le relais pour chanter un ode à son nouveau-né. L’album illustre une myriade d’émotions différentes, positives comme négatives, l’ascension comme la descente, la légèreté comme la lourdeur. Et on se rend bien compte qu’effectivement, il a bien bossé sur son côté pop, puisque le projet est très peu orienté R&B, au profit d’un éclectisme pop et indie, en offrant divers prismes musicaux. Mentions spéciales à la célébration sereine de Bounce et à la sublime ballade qu’est Domino, deux morceaux produits par Kaskade, un des producteurs que Rain a laissé entrer dans sa bulle pour cet album. On est ici en présence d’un album réflectif et pour autant empreint d’une combativité particulière. Sur dontfuckupmywave, Rain débite:

« N***** should’ve fucking played cool

If you did, I probably would’ve made the same moves

Problem is you probably would’ve been the same you

But if all you wanna do is fuckin hate, cool

You can catch me and my shorty in the same coupe

With a looney on the dash, feeling rave proof

Still the same Johnny Rain, I just paid dues

Don’t hit me up when you see me out with Jay

I ain’t got nothing to say to you »

Si c’est pas un sacré flex que de pouvoir dire ça à propos de Hov. Bon, au final, il se trouve que l’aventure Roc Nation s’est rapidement terminée, et que du coup, cette phase en particulier n’a pas très bien vieilli. Mais ce n’est qu’un détail. L’important reste d’avoir pu pouvoir le dire à un moment donné, n’est-ce pas?

Clip du 1er single d’Idol Blue.

Depuis cet album, on ne l’a pas vu franchir un nouveau cap particulier en termes d’audience ou de performances commerciales, ni en termes de critiques. Si l’on devait analyser sa carrière avec la hauteur nécessaire, on pourrait dire qu’il semble avoir atteint sa forme de croisière. Il est peu probable désormais, qu’il sorte un hit ou autres considérations qui, qu’on se le dise, sont un peu futiles pour nous autres fans, surtout à ce stade de la carrière d’un artiste. Car évidemment, en tant que fans, on aimerait beaucoup que certains des artistes qu’on adore « percent ». Parce qu’ils « méritent », pour reprendre le vocabulaire limité et limitant du tout un chacun. On a du mal à digérer le fait que cet artiste restera à tout jamais un artiste de niche, et qu’il n’obtiendra pas la reconnaissance que nous, nous estimons qu’il mérite. Ce fameux god complex que nous nous permettons de développer et qui nous fait nous placer comme les personnes les plus adaptées à juger de la situation. Pour ce que ça vaut, il y a quelques artistes qui à la base, d’après leurs fans, « méritaient », puis il s’est avéré que non, puisqu’il s’est avéré que c’étaient des gigantesques fils de pute qui s’étaient rendus coupables d’atrocités (comme des agressions sexuelles), puis tout d’un coup on remet tout en question. Cette extrapolation sert simplement à illustrer le fait que nous ne faisons confiance qu’à notre perception pas toujours bien informée, raison pour laquelle nous nous trompons parfois bien comme il faut. 

Il serait également de bon ton, en tant que fans, de savoir prendre du recul sur notre position. La stan culture a de multiples travers, on pense notamment aux Barbz de Nicki Minaj, qui s’acharnent et harcèlent n’importe qui oserait porter atteinte à leur queen bien-aimée ; on peut également citer côté français les équipages de ratpis de Booba, qui semblent se tirer la bourre entre eux pour savoir qui parviendra à ingurgiter le plus de semence de leur empereur sur les réseaux sociaux, ou simplement savoir qui est le plus abruti (spoiler: la compétition est très serrée pour l’un comme pour l’autre). Récemment, un énième comportement outrancier a doucement commencé à apparaître sur les réseaux sociaux: les énergumènes prétendant « donner une carrière » à tel ou tel artiste. Même si, au final, ce sont effectivement les fans, leur dévotion, leur mobilisation et leur nombre (dans cet ordre), qui déterminent le succès commercial des artistes, il conviendrait en revanche de savoir rester humble. Déjà que bon nombre d’écervelés mal-élevés se permettent de harceler et insulter certains artistes et internautes sur les réseaux sociaux, si ceux-ci se sentent en plus pousser des ailes de cette envergure, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres du 14ème étage. Imaginez un peu des journalistes renommés et fiables se gausser d’avoir aidé à révéler au grand public tel ou tel artiste, quelle image cela donnerait-il d’eux? 

Pour relier cette réflexion au sujet, il y aura toujours ce que nous autres fans percevront comme des injustices. Oui, c’est ainsi depuis la nuit des temps, tout le monde n’accède pas à ce que les autres estiment qu’il ou elle mérite. Sur la bonne centaine d’années s’étant écoulée, en termes de musique, ce qui est devenu connu représente un pourcentage infime de tout ce qui a pu se faire. On aura beau se responsabiliser en tant que fan et acheter tout ce que produit un artiste, et se faire prescripteur auprès de nos différents cercles sociaux, il arrive un moment où on atteint un plafond de verre. Et ça n’est pas grave. On pourra au moins se dire qu’on a fait tout ce qu’on a pu.

Le dernier projet en date de Johnny Rain est EP2, qui n’est contrairement à ce qu’on pourrait croire absolument pas une continuation du précédent en termes d’ambiances. Tout d’abord, sa couverture saisissante, illustration angoissante dépeignant Rain avec des yeux écarquillés de meth junkie, prostré dans des ténèbres insondables, annonce la couleur. En filigrane de l’EP, Rain fait appel à Malanda Jean-Claude, un poète et auteur de motivational quotes plus ou moins pertinentes, pour lâcher quelques paroles censées relativiser une déception amoureuse. Rain rappe beaucoup plus que d’ordinaire ici, signe qu’il en avait gros sur la patate. Il tente de rationnaliser sa peine et les vétilles qui lui ralentissent les synapses. Dans sa première moitié, le projet se révèle être assez erratique, avec des arrangements dépouillés et contemplatifs, presque trop calmes comparés à ce que nous a habitué Rain. Il réveille cependant ses chères lignes de basse vrombissantes dans la seconde partie du projet, et même si le bpm reste lent, entre langueur et nonchalance, le contraste offert est agréable. Contraste qui symbolise le fait que peu à peu il parvient à sortir du trou dans lequel il se trouvait sur la couverture du projet. Et on retient, entre de nombreuses paroles mémorables, une psalmodie particulièrement résonnante, après 10 ans de carrière, sur Nina: « Never sold my soul ».

Au final, peut-être que Johnny Rain n’était pas fait pour les projecteurs. Mieux: peut-être n’en voulait-il et n’en veut-il toujours pas. Bien sûr, on pourra toujours regretter que certains concours de circonstances aient pu jouer un rôle dans le fait qu’il reste sous les radars du grand public, mais à quoi bon? Est-ce réellement important? La gloire, la reconnaissance à grande échelle, qu’est-ce que ça vaut concrètement pour quelqu’un qui trouve déjà son solace personnel sans? Quelques jours avant la sortie de son second EP, en septembre 2020, il écrivait ces mots:

Selon toute vraisemblance, Rain précise, si besoin était, qu’il fait de la musique avant tout pour lui. L’acte créatif est égoïste par essence, il est dénué de toute perspective autre que celle du créateur. Il est cathartique. Il est thérapeutique. Il est résurrection en un sens. De fait, au diable la célébrité. Tant que les artistes que nous chérissons pour ce qu’ils ont la magnanimité de nous offrir parviennent à s’affranchir de certains maux qui les affligent dans le processus créatif et ce qu’il en découle, c’est tout ce qui importe. Et si, comme il l’indique, ça peut aider d’autres gens, c’est que la boucle est complètement bouclée et que le cercle est tout à fait vertueux. Longue vie à Rain et à tous les autres.

PS: Rain a sorti un nouveau single célébrant la nouvelle année 2021, et surtout la mise au placard de cette atroce année 2020. C’est sans surprise un très bon morceau, que voici:

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