Loski – Music, Trial & Trauma : A Drill Story

A seulement 21 ans, Loski, A.K.A. Drilloski Loose, de son vrai nom Jyrelle O’Connor, a déjà acquis
un statut de pionnier au sein de la drill uk, en s’étant imposé sur le devant de la scène dès 2016 à travers la sortie de bangers puissants à l’image de « DJ Khaled » ou encore « Money & Beef », qui
incarnent bien toute l’efficacité et l’agressivité qui caractérisent le genre.

Par ailleurs, l’artiste est membre des Harlem Spartans, dont les membres sont majoritairement issus de Kennington, au sud de la capital britannique. Plusieurs membres de ce gang se sont eux aussi fait remarquer dans la drill, en enchaînant les bangers à succès, que ce soit Bis (tué à coups de coûteaux en 2019), MizOrMac ou encore Blanco.

Ses adlibs entêtants, sa facilité dans les flows, à la fois nonchalants et agressifs, et ses paroles crues et réalistes appuient son efficacité et son charisme derrière un micro.

Loski est principalement influencé par la scène Drill de Chicago ayant émergé au début des années 2010, que ce soit Lil Jojo (« BDK 3Hunna » est le premier morceau drill qu’il ait écouté), L’A
Capone, ou encore Boss Top. Plus récemment, il écoute principalement NBA Youngboy (avec qui il a d’ailleurs eu l’occasion de poser sur le morceau « Trust »), Fivio Foreign ou encore Lil Durk.

Après un court passage en prison en 2016, pour possession d’arme blanche, le londonien revient
l’année qui suit avec des morceaux qui comptent parmi ses plus gros succès, à l’image de « Mummy ‘s Kitchen » aux côtés de Mayski, ou « Teddy Bruckshot », que l’on retrouve sur son premier projet « Call Me Loose », sorti en 2018, un projet marquant devenu une référence de la drill uk. On retrouve sur cette mixtape des singles qui comptent parmi les « classiques » de sa carrière, à l’image de « Broad Day » et « Money & Beef ». Il s’essaie également sur ce projet à des sonorités dancehall sans pour autant perdre de son efficacité.

Dès 2019, il enchaîne avec sa mixtape sophomore « Mad Move », sur laquelle il continue de prouver
sa versatilité, notamment sur des morceaux beaucoup plus doux et dansants, à l’image du son « Big Man », tout en conservant son flow tranchant et affuté sur les productions drill dominés par des basses puissantes, comme sur le tant attendu « Hazards 2 ».

La sortie le vendredi 20 Novembre dernier de son premier album studio, intitulé « Music, Trial & Trauma : A Drill Story », était donc un véritable évènement, l’une des sorties Uk les plus attendues, ni ce n’est la plus attendue de l’année, au vu du statut de pionnier acquis par Loski à l’issue de ses mixtapes passées, qui témoignent d’un véritable succès critique et commercial.

Pour teaser cet album, le londonien a dévoilé 4 singles, « On Me » aux côtés de MizOrMac, « Anglo
Saxon » feat Blanco, « Avengers » aux côtés de Popcaan et « Flavour » feat Stormzy. Si les deux
premiers singles s’inscrivent dans la ligne de conduite des bangers accrocheurs qui ont bâti son succès, les deux autres reflètent la seconde partie de l’album, plus légère et accessible, un choix de singles judicieux qui reflète bien l’éclectisme du projet.

« Music, Trial & Trauma : A Drill Story » est scindé en trois parties : une première exclusivement
drill, lors de laquelle Loski relate principalement la criminalité omniprésente associée à
l’environnement dans lequel il a grandi ; une seconde beaucoup plus légère et « commerciale »,
prédominée par des sonorités dancehall ; et une troisième beaucoup plus introspective, lors de laquelle on découvre une nouvelle facette de l’artiste londonien, qui se montre plus mature et réfléchi dans l’écriture.

Cet album arrive à un timing particulier, Loski ayant été emprisonné en 2019, alors qu’il exploitait son second projet, et que son succès ne cessait de gagner en expansion. Son emprisonnement s’est par ailleurs suivi du décès d’un de ses proches, le rappeur Bis, membre des Spartans.

A l’instar de « Call Me Loose », « Mad Move » connait un succès retentissant, en se plaçant à la 41ème place dans les charts uk, soit encore mieux que le projet précédent. Lors de sa tournée pour cet album, Loski a notamment eu l’occasion d’inviter Drake sur scène. Le canadien écoute les Harlem Spartans depuis un moment, et a notamment mentionné Loski comme l’une de ses inspirations majeures pour son album « Scorpion ». Par ailleurs, cette validation du canadien s’est concrétisée davantage à travers la co-signature de Loski sur son label.

The Harlem Spartans

Ainsi, Big Ski compte bien rattraper le temps perdu durant les nombreuses incarcérations qui ont lourdement freiné sa carrière (parfois subites à des moments clé pour lui) en délivrant un premier album consistant, dans lequel il s’essaie à des sonorités variées, ce qui lui permet d’exploiter les multiples facettes de son talent, tout en se rendant plus accessible sans pour autant perdre de son côté incisif sur les morceaux drill.

« Music, Trial & Trauma : A Drill Story » s’ouvre sur un reportage de la chaîne ITV, où l’on entend
l’animatrice relater l’emprisonnement de Loski en 2019, pour possession d’arme à feu chargée, alors même que sa carrière allait prendre un tout autre tournant à travers la sortie du projet « Mad Move », qui venait concrétiser sa maturité artistique impressionnante pour son âge.

L’extrait met notamment l’accent sur son affiliation aux Harlem Spartans, à l’origine de nombreuses accusations qui pèsent sur l’artiste, ainsi que sur l’influence présumée de la drill sur la jeunesse anglaise. S’ensuit un couplet brut et incisif, dans lequel Loski revient brièvement sur son parcours, de sa vie de Roadman à l’adolescence, à son explosion dans la musique à sa majorité, sur une production menaçante signée Fanatix qui appuie son arrogance dans l’egotrip et se prête à perfection à son flow brut et entêtant.

‘013 Summer started as a runner

Turner on my back but I’m Rico to the punter

Big big bassy on my hip like a hunter

Intro

A travers cette intro, Loski affirme son intention de rester fidèle à son identité, et entend se placer
contre les médias anglais qui alimentent les clichés autour la drill, notamment vis-à-vis de l’influence qu’elle aurait sur la jeunesse anglaise d’après ces derniers, en s’appuyant sur des statistiques et des rumeurs qui nourrissent les clichés autour du genre. L’artiste a d’ailleurs eu l’occasion d’échanger davantage à ce sujet lors de son interview pour le ZEZE MILLZ SHOW.

Le morceau qui suit, « Teddy Bruckshot 2 », s’ouvre sur les snares frénétiques de Santi Beats, qui assure ici une prod sombre, qui est de mise avec la bestialité qui caractérise le flow de Loski. Ce dernier évoque ses activités de gang lors d’un egotrip exécuté avec facilité, à l’instar du premier « Teddy Bruckshot » sorti sur sa mixtape « Call Me Loose », un banger mémorable qui cumule aujourd’hui plus de 4 millions de vues sur YouTube.

You was in school doing maths

When I was in T with the cats, caller

Ski do a drill then dance

Teddy Bruckshot 2

Loski reste très fidèle au collectif avec lequel il a bâti son succès dès 2016, et mentionne ainsi les
Spartans très fréquemment tout au long de cet album. Il reste extrêmement attaché aux Harlem
Spartans, et n’a pas choisi au hasard de poser aux côtés de Blanco et MizOrMac sur les singles sortis
pour teaser l’album.

O Supreme that’s Naghz and me

Or SD ‘til the rest are free

On Me

She wan’ a Harlem Boy, oi

Cah shе heard that Harlem’s realer

Naija Man

Il y mentionne aussi King Von et Boss Top, en comparant Kennington à leur quartier respectif,
O’Block, situé au sud de Chicago.

I’m from the O like Von and Boss Top (O)

Teddy Bruckshot 2

Cette influence de Chiraq est très présente dans son écriture. A titre d’exemple Loski compare
l’alchimie existant entre lui et MizOrMac à celle existant entre Lil Durk et King Von sur « On me ».

Me and my ski like Von and Durk (Durk)

Worse, still tryna put in on a shirt (Why?)

On Me

Sur ce banger signé HARGO (producteur de Loading pour Central Cee et de We don’t dance pour M24), les deux artistes reviennent sur leurs activités illicites et les conséquences qui en découlent de façon réaliste, tout en acceptant cette situation qui s’est imposée à eux à travers l’environnement précaire dans lequel ces derniers ont grandi. Cette thématique est très fréquemment évoquée sur l’album.

Chase money on the streets

Cah I’m from poverty so no matter what it means, gotta get this (Get this)

If bro’s getting money and bro’s getting money, then I had to get money infection (‘Fection)

On Me

Sur les cinq bangers explosifs qui introduisent le projet, Loski reste fidèle à ses lyrics bruts et incisifs, teintés d’un egotrip caractérisé par une arrogance certaine, tout en évoquant constamment les activités criminelles dans lesquelles il est impliquées depuis sa jeunesse, ainsi que le succès dont il bénéficie grâce à la musique.

From young I always been a baller, baller

Ball in a different job (Job)

Anglo Saxon

Don’t you know I ball so hard like FIFA?

Don’t you know bro let it fly like Peter?

Basil Brush

Par ailleurs, il met l’accent sur son intégrité et son honnêteté, notamment sur le puissant Captain Hook (produit par M1OnTheBeat), à l’image de ses morceaux plus introspectifs comme « Allegedly » par le passé.

Whatever I do or say they mimic

I’m big ski and them boy some gimmick 

Captain Hook

Sur la seconde partie du projet, prédominée par des sonorités beaucoup plus douces, et
majoritairement inspirées du dancehall (à l’exception de « Cute » feat Aitch, davantage inspiré des prods. à sample du rap de la fin des années 90 ; et de « 2AM » ), le londonien évoque essentiellement ses relations amoureuses, son succès et ce qui en découle (ses shows, les dépenses qu’il peut se permettre…), ainsi que ses motivations, des thématiques plus ouvertes qui collent au registre plus accessible et commercial des prods.

Yo, Big Ski, I’m Big sheller got these old rappers fed up

Cool kid, no pressure, switch hoes like the weather

Cute

Kisses on your neck, a bit of Louis, bit of Prada

Late-night joking, giving it the haha

Rocking with a G, bae, I grew up inna Gaza, wagwan?

Flavour

La dernière partie de l’album, davantage introspective, s’ouvre sur un extrait d’un discours du rappeur et activiste uk Akala, qui évoque la criminalité subsistant au Royaume-Uni, tout en soutenant que ces crimes ne peuvent être expliqués par l’ethnie comme l’insinuent indirectement certains médias, mais par l’environnement social et le manque de moyens. La production menaçante de Fanatix rappelle celle de l’intro, à travers son ton grave et dramatique qui confère encore plus de poids aux propos tenus.

Cette interlude articule parfaitement la transition avec le morceau « Black », dans lequel Loski s’en
prend aux pratiques discriminatoires de la police, tout en louant sa communauté sur le refrain, et en évoquant la peine subite par ses proches suite à ses incarcérations passées, des thématiques évoquées avec intensité, et qui se prêtent à la prod aux accents épiques signée TobiShyBoy, qui sample le classic « Black Boys » de l’artiste grime Bashy.

When you’re locked in a cell and can’t leave

My aunties cry when I’m locked, can’t leave

Marjae cry when I’m locked, can’t leave

Grandmas cry when I’m locked, can’t leave

Black

Sur « Blinded », qui sample le classique « Blinded By The Lights » du groupe de Uk Garage The
Streets, le londonien revient sur sa notoriété récente, tout en abordant brièvement sa vie passée de Roadman. Il y rend également hommage à Bis et S.A, décédés des suites de cette vie-là.

Blue lights keep blinding my eyes (Lights are blinding my eyes)

Bright, bright like the diamond shine

Have you ever put your life on the life on the line?

When it all goes wrong it’s like you lost your mind

Don’t know how I feel, they’re like, « He must be fine »

And my lifestyle changed, I just wonder why (People pushing by)

When I’m on that stage I see all them lights (Then walking off into the night)

Blinded

Enfin, sur « Life So Deep » (prod. Soraya et Naughty Boy), qui conclue cet album, le pont et l’outro assurés par la chanteuse écossaise Emeli Sandé viennent appuyer la mélancolie qui ressort des lyrics du rappeur. La production est plus légère, et donc de mise avec le storytelling poignant délivré par le londonien, relatant une histoire de vengeance liée à la criminalité des gangs, qui se termine tragiquement.

The good die young, so God called his name

This shit’s gotta change

Now the whole hood hurts

They’re plotting on the ones that put Kane in his hearse

Life So Deep

Tried to get away but they wrapped it on the mains

Now there’s six mums crying cah all of them lost their sons

Life So Deep

Pour conclure, Loski signe avec « Music, Trial & Trauma : A Drill Story » l’une des meilleures sorties album Uk de cette année.

A travers sa division en trois parties bien distinctes, tant sur le plan des productions que sur celui des flows et paroles du londonien, l’album permet à Loski d’y démontrer toute sa versatilité, notion présente sur ses précédents projets, mais encore plus poussée sur ce premier album studio.

Loski continue d’exceller quelque soit le registre, des bangers froids qui accompagneront notre hiver capuché, aux hits dancehall qui rythmeront d’autres humeurs, en passant par des ambiances
nostalgiques qui parleront aux fans de Grime.

Par ailleurs, l’artiste a su très bien s’entourer sur ce projet, que ce soit au niveau de ses beatmakers, ou des artistes invités en feat, à la fois des artistes reconnus et confirmés à l’image de Fredo ou Stormzy, des proches comme MizOrMac ou Blanco, ainsi que des rappeurs issus de la nouvelle génération comme Aitch, ainsi que Bandokay et Double Lz de l’OFB (sur « Basil Brush », un titre qui s’inscrit dans la continuité d’une affaire de famille, puisque le père de Bandokay, Mark Duggan, était ami avec
le père de Loski).

Le londonien a étayé sa plume, notamment sur la troisième partie de l’album, et parvient à nous
émouvoir avec ses textes intimistes, tout en conservant son agressivité et son arrogance sur les morceaux drill.

Avec cet album, Loski se rend plus accessible en sortant volontairement de sa zone de confort, sans pour autant que cela soit forcé. Il renoue avec des sonorités déjà présentes sur ses précédents projets, mais ici plus maîtrisées, tout en expérimentant de nouveaux placements et de nouvelles thématiques dans l’écriture.

Les interludes introduisent parfaitement chaque partie, et apportent de la cohérence au projet, un
album lourd de sens et consistant, dans lequel Loski a mis tout son cœur, à l’image de sa cover.

Pour plus d’infos sur les différentes problématiques qui continuent d’entourer la drill aujourd’hui, on
vous conseille fortement cet article de chez Slasher, qui revient sur les éléments freinant l’épanouissement du genre ainsi que sur l’importance à plusieurs facettes de la musique en tant que porteuse de croissance et d’évolution pour certains artistes anglais.

https://www.slash3r.com/post/uk-drill-la-musique-comme-moyen-d-%C3%A9volution

Note : 4 sur 5.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s