MadeInUs épisode 3 : Le Chopped & Screwed, le remix made in Houston

Après un arrêt sur les côtes californiennes, Gather met en avant le sud des Etats-Unis, avec comme vedette le Texas, et Houston. Retirons les chemises à carreaux, enfilons nos grillz, échangeons l’old English pour une cup de Syrup et partons à la découverte du Chopped & Screwed, style de remix emblématique né à Houston dans la fin des années 90.. MadeInUs, la mosaïque du rap Américain, c’est maintenant.

Les origines du Chopped & Screwed

Comme tout mouvement musical, un pionnier est à sa tête, le nom qui ressort le plus est celui de Dj Screw. Ce nom ne vous laisse sûrement pas indifférent étant donné qu’il a été cité à de nombreuses reprises ces dernières années.

Né dans la deuxième partie des années 90, le style connaîtra une ascension lente qui explosera seulement au bout des années 2000 après la mort de Dj Screw. La scène sera popularisée par l’impulsion des artistes sudistes avec UGK (Pimp C et Bun B), Three Six Mafia, Lil Jon, Paul Wall, Mike Jones et bien évidemment OG Ron C, qui reprendra le flambeau déposé par Screw en tant que DJ le plus influent de la scène screwed.

De gauche à droite : UGK, Mike Jones, Og Ron C, et en dessous Dj Screw

On ne vous l’apprendra surement pas, mais il est obligatoire de le mentionner, ce style musical est étroitement lié à une drogue contenant de la codéine : la lean (ou purple drunk, ou encore syrup). Il est une influence majeure du C&S, en effet, début des années 90, le Texas mène une politique de répression très sévère des drogues classiques, certaines substances consommées dans les milieux défavorisés ne se trouvent pas comme dans tous les états américains. C’est alors que le sirop pour la toux devient une alternative pour les consommateurs, étant très peu chère et facilement accessible (sans ordonnance) il touche le public rap qui associe ce mélange à la marijuana. Le cocktail permet donc au C&S de se diffuser plus facilement auprès de ses auditeurs, avec comme effet une impression de ralenti et de détente prononcé.

Les caractéristiques du Chopped & Screwed

Bien qu’il n’y ait aucun besoin de se droguer pour profiter pleinement du courant musical, le lien entre la musique et la drogue s’explique par le fait qu’elles provoquent le même type de sensation : une tendance à voir ses sens ralentir, ainsi qu’une impression d’un ramollissement du cerveau et du corps. Par ailleurs, la quasi-totalité des visuels de la scène C&S sont teintés de violet, en référence à la couleur des mélanges des « purple drank ».

Le Grand OG Slim Thug (et non un surnom pour notre slimy préféré Young Thug), originaire de la scène sudiste, expliquait cette consommation d’une façon assez métaphorique lors d’une interview :

A Houston, il fait tellement chaud que l’atmosphère en devient lourde, elle pèse sur tes épaules. Tu ne peux pas aller aussi vite qu’ailleurs. C’est pour ça que la consommation de codéine est particulièrement présente là bas, c’est un truc qui te pose, en opposition avec les drogues du nord des Etats-Unis : il fait froid, et où on prend des choses plus stimulantes qui aboutissent sur de la musique plus rapide.

Pour faire du C&S, le principe est simple, on ralentit le BPM (beat par minutes) entre 60 et 70, on ajoute à ça quelques techniques de DJ bien connues comme le scratching ou le stop time, et nous allons jusqu’à découper certaines parties de sons, et les hacher afin d’en obtenir une version alternative. La recette de Screw : jouer le même morceau sur deux platines, mais avec l’écart d’un temps noir (unité en musique pour calculer le tempo) tout en jouant avec le crossfader (bouton entre les deux platines) d’un côté de la platine à l’autre. Cela a pour but de créer un effet dans lequel le mot et les sons sont répétés dans le morceaux tout en conservant le même tempo. Ces tracks semblent plus lourds et se placent à contre courant de leur époque qui privilégiait des morceaux toujours plus rapides.

Petite vidéo de Dj Screw en plein mix C&S

L’impact et l’influence du Chopped & Screwed

Lié depuis toujours à la lean, le courant musical a du mal à se sortir de son statut purement local, c’est seulement après le décès du pionnier du style Dj Screw en 2000, d’une overdose de purple drank (on ne pouvait mieux faire en terme de mauvaise publicité pour cette drogue), que le courant est reconnu du grand public. Les années qui suivront seront celles qui feront jouir du genre le plus d’impact sur la scène national, spécifiquement à partir de 2005, avec l’album Most Known Unknown de Three 6 Mafia qui sera le premier album C&S a être vendu plus d’un millions d’exemplaires. Puis en 2006, le grand OG Ron C sort une version remixé de l’album The Sound of Revenge de Chamillionaire, qui sera considéré comme le projet le plus populaire du courant musicale.

Néanmoins, pour comprendre l’impact du courant musical sur notre musique actuelle, il ne faut pas s’arrêter à l’argument des chiffres. Dj Screw, a sans modestie, ouvert la voie à de nombreux artistes, tant rappeur que beatmaker, en faisant du sample bien plus qu’une boucle instrumentale. le DJ sera même appelé « Texas Music Pionner » par le gouverneur (2017 – 2019) du Texas Rick Perry. Un festival a même été crée en son honneur, nommé le « Dj Screwfest », celui-ci est organisé tous les ans depuis 2006. La grande université de Houston, comporte même une section consacrée au Hip-Hop, dans celle-ci une partie entière est consacré au DJ de sa ville, avec pas moins de 1500 enregistrements vinyles (assez jaloux de ne pas avoir trainé dans cette B.U..). A lui seul, il sort près de 200 mixtapes, qu’il vend lui même à sa fenêtre, selon la légende urbaine, on raconte qu’il y avait tellement de personnes attendant en bas de chez lui pour lui acheter ses cassettes que les fédéraux étaient persuadés qu’il vendait de la drogue. Quatre albums seront distribués nationalement avant sa mort :

  • All Screwed up 2
  • 3’N the mornin part two
  • All work No play
  • Disc 2 of SPM’s Power Moves the Table

Et malgré l’incompréhension que suscite généralement le C&S, celui-ci a réussi à rentrer dans les moeurs aux Etats-Unis, poussé par l’intérêt d’artistes majeurs comme Drake, Future, ou encore A$ap Rocky, certaines versions screwed d’album de Beyonce ou encore Rihanna cumulent des centaines de milliers d’écoutes et sont même relayés par des médias important. Bien que cette scène est essentiellement active dans les états du sud, elle tend à se globaliser et a toucher toutes les strates du rap américain. Même si les artistes réalisant d’eux même la démarche d’intégrer le screwed à leurs processus artistiques sont souvent issus de scène alternative et marginale, le style a permis une ouverture musicale de la scène Hip Hop.

D’un côté, nous pouvons relever les refrains « screwdés » intégré dans les ballades de Rihanna, les essais de Mike Jones en rap ralenti puis remixé en C&S (format aussi utilisé par A$ap Rocky sur le célèbre Long Live A$ap) comme preuve d’influence du style véhiculé par Screw, mais la liste est assez longue et elle n’est pas la seule à témoigner de l’influence de ce style. L’apport le plus majeur est dans l’utilisation du sample, étiré et ralenti par le C&S donnant jusqu’à des mélodies complétement différentes et ouvrant la voie au style prédominant du rap ces dernières années : le cloud rap de Lil B, PNL ou encore Yung Lean.

Il a permis un renouvellement musical au Hip Hop. Le premier cité est le cloud rap mais des artistes comme Freeze Corleone peuvent aussi être cité en s’étant réapproprié l’ambiance lourde et poisseuse de ce type de morceau pour en créer quelque chose de nouveau comme par exemple sur le Projet Blue Beam (qui a sa propre version C&S d’ailleurs sur les profils de Freeze sur les plateformes de streaming).

La legacy est tout autant respecté par Travis Scott, sur son single Antidote, la beatmaker Wondagurl utilisera une mélodie de guitare joué en C&S, et sur Astroworld, le track 4 RIP SCREW ne peut être un meilleur hommage avec son refrain « Rest in peace to Screw, tonight we take it slowly« . La plus grande consécration du mouvement sera avec Take Care de Drake, qui surfera sur la vague d’un sous style nommé le ChopNotSlop, popularisé par cet album et OG Ron C qui travaillera sur le projet avec Drizzy et son équipe et qui sortira même une version intitulé « Chop Care » disponible sur Datpiff. Ce mouvement a encore son impact avec un artiste en tête d’affiche : Don Toliver, qui comme par hasard est bien proche de la scène Houston et Travis Scott..

OG Ron C ave Drake en studio à l’époque de Take Care

En espérant vous avoir sensibilisé sur le courant musical, l’artiste DJ Screw et sa legacy sur la culture, on vous invite vivement à prendre connaissance des créations du DJ car croyez nous, l’artiste décédé fera de nouveau parler de lui dans les prochains mois. En effet, un biopic sur Screw a été réalisé ces deux dernières années par Isaac Yowman sous forme de série, aucune date de sortie n’est encore prévu suite à quelques problèmes de distribution mais celui-ci verra le jour très prochainement.

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