Los Angeles, la Funk pour la danse, la G-Funk pour la ride

Après une introduction New Yorkaise sur la création du Hip-Hop, rentrons dans le vif du sujet et allons découvrir les variantes proposées par les nombreuses villes américaines. Cette semaine Gather pose ses bagages en Californie, dans un contexte ensoleillé et à une époque ou chacun d’entre nous aurait rêvé de rider une Impala 67 le long de Venice Beach. Chemise à carreaux à la couleur des Bloods ou des Crips, lunette de soleil et bouteille d’Old English à la main, partons à la découverte du style le plus incontournable de la côte ouest des années 90, la G-Funk. MadeInUs, la mosaïque du rap Américain, c’est maintenant.

Les Origines de la G-Funk

La G-Funk est la diminution de « Gangsta Funk », sous genre du Hip-Hop issu de la côte Ouest des Etats-Unis dans les années 90. Selon une grande partie de leur public ce mouvement aurait été inventé par le groupe Above The Law à la fin des années 80, composé de KMG, Cold187UM, DJ Total, K-Oss et Go Mack. Mais cela reste une supposition, en effet le débat est toujours ouvert sur qui est réellement le père de la G-Funk. Sachez que le sujet aurait pu être abordé dans le film NWA étant donné qu’il met directement en conflit les labels d’Eazy E avec Ruthless Records et Dr Dre avec Death Row Records. Ce que nous pouvons affirmer cependant, c’est la commercialisation de ce style, qui ne peut être attribué qu’au grand docteur Dre et ses hits mondiales.

Bien que la G-Funk soit originaire de Los Angeles, la majeure partie de son influence est tiré des sons de la Bay Area (région de la baie de San Francisco), connu sous le nom de musique « Mobb », musique populaire de la fin des années 80. Porté par les têtes d’affiches Too Short et E-40, ces artistes influenceront la rythmique et les flows de grands artistes G-Funk par la suite, comme par exemple Snoop Dogg qui tirera grandement profit de la nonchalance et paresse de l’éloquence au micro du grand Too Short.

Le courant musical fait carton en radio, et les hits s’enchainent sur des albums considérés comme classique à notre époque. Dr Dre et Death Row Records surfent sur la vague de ce succès, le producteur et le label balancent donc hits sur hits, afin d’alimenter vos playlists et vous convaincre sur l’impact du courant voici une liste non exhaustive de classiques G-Funk :

  • Le tube planétaire « What’s my name » de Snoop Dogg sur l’album « Doggystyle » en 92
  • L’album « Regulate G-Funk Era » de Warren G en 94
  • L’album « Dogg Food » en 95 de Tha Dogg Pound

L’avènement lui arrive avec le premier double album de rap américain en 1998 : « All Eyes on me » de 2Pac et le morceau qui fera office d’hymne de la G-Funk : California Love en featuring avec Dre Dre. Comme indiqué plus haut, ceci est vraiment une liste non exhaustive tant ces albums font parti du Hall of Fame du rap américain, une dernière mention honorable pour le grand Nate Dogg et son « G-Funk classics » sortie lui aussi en 98.

Les caractéristiques de la G-Funk

La G-Funk est basé sur un groove mélodique à l’opposé du Hip-Hop New Yorkais et du gangsta rap californien. Les instrumentales sont constituées principalement d’échantillons sonores issus de Funk ou de Soul, mais aussi de synthétiseurs, de grosses basses synthétisées, de leads (sons aigus et assez longs), de rythmiques soul, et de percussions souvent joué par un conga. Accompagné d’un flow lent et modéré avec souvent un refrain classique chanté par une voix féminine ou samplé d’un parrain de la Funk comme Marvin Gaye, et pour finir une voix bien vocodé ou l’usage d’un talkbox comme Roger Troutman sur le refrain de California Love.

Conga, instrument à percussion cubain

Pour se différencier de la concurrence, et améliorer la qualité de ses morceaux, Dr Dre avait l’habitude de faire jouer des musiciens directement en studio afin de rejouer les musiques originales plutôt que de sampler les disques échantillonnés. Cela permettait de produire une musique avec ses propres sonorités et de ne pas avoir une copie conforme de l’échantillon choisi. La liste d’artistes samplées servant d’ingrédients est assez longue mais certains grands noms reviennent souvent : Funkadelic, Parliament, George Clinton ou encore Zapp&Roger.

Concernant les lyrics, les sujets tournent généralement autour du sexe, de la drogue, et de la violence, mais toujours sous un ton mélodieux et dansant rendant paradoxalement les situations délicates racontées à de bons souvenirs entres ami(e)s, sous un seul et même message : l’amour pour la Californie et Los Angeles.

Nous avons donc la recette comme Maskey pour nous lancer..

La G-Funk est le style idéalisé de la Californie, il réunit les thèmes ensoleillés de Los Angeles, le côté dansant et moins agressif du gangsta rap, le rythme lent qui se couple parfaitement au cadence des lowriders de l’époque. Synthés, soleil, et lowrider, la funk était pour danser, tandis que la G-Funk était pour rider.

Véhicule de type lowrider de l’époque (Vos souvenirs de GTA San Andreas remontent ?)

L’impact et l’influence de la G-Funk

La G-Funk devint un modèle de réussite de la côte ouest, il atteint même des états différents comme le Texas, l’Ohio, ou encore le Michigan, avec des artistes comme Sean T, Playa G ou encore LAZ. Néanmoins ces artistes seront nettement moins médiatisés, et après le départ du pionnier Dr Dre de Death Row Records, le style s’essouffle et le grand docteur se dirige vers d’autres horizons pour sa musique. Le style ne perdure pas vraiment dans le temps mais aura eu son impact sur une bonne partie de la décennie 90.

Même en France certains artistes sont conquis, le fameux « Première consultation » de Doc Gyneco sorti en 96 est dans cette inspiration G-Funk, enregistré à Los Angeles avec Ken Kessie, les artistes reprennent les codes de Dre en allant jusqu’à enregistrer directement avec les orchestres. Dans le classique film « La Haine », lors de la scène de danse captivant le trio principal (et le spectateur par la même occasion), le morceau joué est un classique de Zapp&Roger « More Bouce to the Sound » qui était un des groupes les plus samplés par les artistes G-Funk.

A l’heure d’aujourd’hui, on pourrait penser que le style ne perdure pas, or celui-ci arrive à se perpétuer, à travers certains morceaux de Chicano Rap, porté par de grands noms comme Mr Capone-E ou l’indétronable Cypress Hill. De plus on peut retrouver l’influence de ce courant musical sur certains albums de notre époque, les tête d’affiche West Coast n’ont pas manqué de faire leurs hommages à leurs aînés sur ce style : Kendrick Lamar avec « Good Kid MAAD City », YG avec « Still Brazy » et Schoolboy Q avec « Blank Face LP ».

En conclusion, la G-Funk a connu son heure de gloire, le courant fait partie de la période dorée du rap californien. Mis en avant par des grands noms ayant marqués l’univers du rap Américain, il n’est pas hasardeux de dire que sans la G-Funk, la scène West Coast n’aurait pas bénéficié d’un attrait médiatique si important. Sans l’héritage de la P-Funk et des groupes comme Parliament ou Zap&Roger une grande partie de la discographie de Death Row Records et Ruthless Records n’aurait jamais été diffusé en radio. A l’époque d’une ère sans streaming et avec moins de recul sur l’art du rap, il n’était pas aussi aisé d’être retransmis en radio, le côté festif et dansant de la G-Funk a propulsé l’impact médiatique et les ventes de ces artistes.

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