Dutchavelli – Dutch From the Fifth

L’année 2020 a marqué un véritable tournant pour Dutchavelli, qui a complètement pris d’assaut la scène drill UK, en envoyant tout au long de l’année 2020 des bangers fluides et efficaces à l’images de « Black » , « Bando Diaries » ou encore « Only If You Knew » , dont les clips ont tous atteint plusieurs millions de vues.

Du haut de ses 26 ans, Dutchavelli est d’ores et déjà l’un des artistes les plus matures et percutants de la scène drill uk. La particularité de son ton de voix grave et menaçant, et l’agressivité de son flow lui confèrent un charisme certain au micro, et le différencient dès les premières écoutes, tout en se prêtant aux thèmes qui prédominent son écriture, à savoir ses activités criminelles passées et leur impact sur ses relations ; ses motivations ; et une arrogance certaine dans l’egotrip, qui appuie le caractère froid et austère des productions sur lesquelles il a l’habitude de poser.

En s’hissant sur le devant de la scène uk, l’artiste a pu multiplier les collaborations, que ce soit avec M1llionz sur « Cool With Me » , Da Beatfreakz, Digdat et B Young sur « 808 » , ou encore M Huncho sur « Burning » sorti à l’occasion du dixième anniversaire du média britannique GRM Daily, sur lequel ont d’ailleurs été postés tous ses premiers clips à succès. Cette ascension fulgurante s’est concrétisée à l’occasion des GRM Rated Awards, où l’artiste originaire d’Hackney s’est vu remettre le prix « Breakthrough Artist of The Year », un accomplissement certain pour un artiste avec si peu de morceaux à son actif malgré une présence pourtant considérable au sein de la scène Uk.

S’il s’est hissé si haut dans les charts cette année, le londonien est loin d’en être à ses premiers morceaux. En effet, Dutchavelli a commencé à sortir ses premiers tracks en 2017, mais a vu sa carrière prendre un coup de frein en raison de démêlés judiciaires récurrents, qui l’ont beaucoup impacté, notamment sur la manière dont ils ont affecté ses proches, et en particulier sa mère. Cette thématique abordée par l’artiste tout au long de cette première mixtape tant attendue.

Le titre du projet « Dutch From the Fifth » fait directement référence au quartier de Clapton, situé à Hackney, dans l’East london, où Dutchavelli a en partie grandi, et où il réside encore actuellement. Ce quartier est surnommé « The Fifth » pour son code postal (E5). A Londres, Hackney est réputé pour être l’un des quartiers les touchés par la criminalité, et où la pauvreté est extrêmement présente, un environnement hostile où la criminalité s’impose souvent comme une issue évidente, une thématique omniprésente dans l’écriture du rappeur, qui se veut à la fois très réaliste et imagée.

Dan just looks like Harry, I whip magic like Dumbledore (Whip it, whip it)

Big gun from Call of Duty, you die, you don’t respawn

Dutchavelli – Ching Splash

Mum said, « Son don’t ruin your life » (Ah)

Put on this mask, things gon’ change like Jekyll and Hyde

Dutchavelli – Only If You Knew

I sold white ‘cause I never had options, just profit, no losses

Dutchavelli – Zero Zero
Hackney, London

Dès l’introduction, Ducthavelli revient sur son changement de statut récent, notamment sur les dépenses qu’il peut se permettre, et qui viennent à leur manière apaiser les peines qui le rongent ; sa volonté de représenter l’Est londonien ; son intégrité ; et les trahisons qu’il a pu subir.

I could not care about who’s talkin’ the hardest

Just woke up today and they told me I charted

Dutchavelli – Intro

I’m spendin’ this dough like I don’t wanna save it

For all of these problems I’m dealin’ with lately

Dutchavelli – Intro

Just take a look back and see whеre you started

I promise to bring thе crown back to the East

Dutchavelli – Intro

Son flow effréné et son articulation volontairement exagérée de certains mots viennent appuyer la détermination qui ressort de ses lyrics, et font de cette intro l’une des plus poignantes sorties récemment. Le ton est donné à travers ce morceau, qui devrait immédiatement conforter les attentes de ses fans de longue date.

On y entend en guise de pont un audio dans lesquels on peut entendre l’artiste se faire féliciter pour son premier million de vues sur un de ses clips, ce qui vient renforcer le caractère presque épique de cette intro, à la production signée Rymez (producteur qui a beaucoup collaboré avec sa sœur Stefflon Don, ou encore D-Block Europe pour ne citer qu’eux) qui vient symboliser l’ascension d’un artiste devenu l’une des têtes d’affiches les plus matures et respectées dans son domaine.

Sur « Kaka » , on retrouve le londonien dans sa zone de confort, un banger puissant et fluide, dans lequel il revient sur ses activités illicites, ainsi que sur l’hostilité de son quartier d’origine et la criminalité qui y règne, un quartier où même le triple OG Juelz Santana se fait dépouiller.

All of my n****s do murders and robberies

I’m from where they robbed Juelz Santana

Dutchavelli – Kaka

‘Round here, too much man gеt stab up (Come here)

Barе man wanna do rap

Too much cap, the ting don’t add up (No)

Ride around town, windows black

Move back ‘fore the thing go black opp, ayy (Br

Dutchavelli – Kaka

Le riff de guitare électrique de la production signée The FaNaTiX accentue le caractère sombre du morceau, qui se distingue comme l’un des plus efficaces de ce projet.

L’egotrip occupe une place extrêmement importante dans l’écriture de Dutchavelli. L’artiste exprime fréquemment son arrogance à travers des phases percutantes, que ce soit des images fortes ou bien des comparaisons qui appuient sa détermination.

Thousand grams in the presser

One phone call, that’s goin’ up Leicester

Ever had a cat OD off a tester?

Dutchavelli – Surely

And the gov’s all know what my name is

Told ’em, « One day, I’m gonna be famous

Like Prince Harry or them football playеrs »

Dutchavelli – I’ll Call You Back

« I’ll Call You Back » est un morceau plus introspectif dans lequel l’artiste revient sur ses difficultés passées, et la façon dont elles l’ont affecté, notamment vis-à-vis de sa mère. Le ton mélancolique de la production signée Big Zeeko (producteur de Bando Diaries, et qui a également produit pour Yxng Bane sur sa dernière mixtape) se prête entièrement aux paroles de Dutchavelli, qui tente des envolées mélodiques sous auto-tune sur l’outro semblant refléter toutes les peines qu’il a pu ressentir suite à ses expériences vécues.

Tout le long du projet, le rappeur revient fréquemment sur les multiples passages en prison qu’il a dû subir.

I never saw sunlight for nearly two years

I feel like Michael, I’m changin’ colour, ayy

I feel like I been here like a thousand times

Dutchavelli – Only If You Knew

Il conçoit dès lors la musique comme une issue possible à cette situation instable qui l’affecte lui et ses proches.

I’m so glad that I found this music

‘Cause the road ting was gettin’ so tiring (Facts)

Trust, imagine me planning an early retirement

Dutchavelli – Darkest Moments

Who woulda thought rap would open doors?

Dutchavelli – Bando Diaries

Dutchavelli s’attarde également sur ses motivations sur ce projet, tout en évoquant
constamment la dualité entre ses activités criminelles passées et sa carrière dans la musique.

Same old shit but the money just different

Burnt my Giuseppe’s, I don’t wear True Religion

Dutchavelli – Ching Splash

Le londonien revient régulièrement sur la peine qu’il a pu infliger à ses proches, et en particulier sa mère (dont il se sent très proche), du fait de ses activités illicites passées, qui ont également perturbé sa carrière artistique.

Remember ’09, Christmas Day on the strip, I was doin’ up drills on a bike

I seen Mum cry tears of joy that night when I told her I don’t sell white (I see, I see)

Dutchavelli – Only If You Knew

Yeah, how could they put my govеrnment name in the papers?

Hope my Mum don’t see, that’ll take her delicate heart and break it (Break it)

Dutchavelli – I’ll Call You Back

Il évoque par ailleurs le stress post traumatique qu’il a pu subir du fait de ces expériences, en étant relativement spontané dans son écriture, qui en devient très réaliste. Son écriture particulièrement forte ainsi que l’intensité mise dans sa voix renforcent encore davantage la mélancolie des morceaux froids à l’image de « Darkest Moments » , qui vient ternir l’ambiance après le puissant « Bando Diaries » .

L’équilibre entre les bangers évidents à l’image de « Only If You Knew » , « Kaka » , ou encore « Segregation » , et les morceaux plus mélodieux et espacés, que ce soit dans un registre sentimental comme sur « Never Really Mine » et le très réussi « Skr On Em » , ou dans un registre plus introspectif et sombre, comme c’est le cas sur l’outro « Zero Zero » , permet une réelle efficacité. Par ailleurs, cet équilibre permet aux morceaux introspectifs d’être davantage impactant en les alternant avec des bangers qui viennent alléger le ton.

Dans « Zero Zero » , outro clôturée par un riff de guitare brumeux, le londonien revient une fois de plus sur ses activités illicites passées, ses difficultés rencontrées, ainsi que sur son ascension fulgurante.

I was on the wing like Nero

Now I’m gettin’ money like Robert De Niro

Pounds, dollars, euros

Dutchavelli – Zero Zero

Le ton grave de la production contraste bien avec la mélancolie de « Never Really Mine » placé juste avant.

En somme, « Dutch From The Fifth » vient conforter les attentes placées dans le jeune prodige londonien, qui assure un projet maitrisé de bout en bout, éclectique en termes d’ambiances, mais parfaitement cohérent sur le fond. De plus, le projet bénéficie de bangers déjà bien connus du public, qui n’éclipsent pas pour autant le reste. Parmi ces bangers, de nombreux se distinguent dès les premières écoutes à l’image de « Kaka » ou « 2am » . A notre grande surprise, l’artiste s’essaie également à des registres plus mélodieux (notamment sur « Never Really Mine » ou encore « Skr On Em » ) qui se prêtent parfaitement à son écriture teintée de mélancolie. La variété dans les productions, la présence de singles forts et le format relativement court des morceaux (16 titres pour près de 40 minutes) rendent le projet particulièrement efficace. Lyricalement, le rappeur conserve sa verve brute et spontanée, il se livre encore davantage sur ses sentiments, et continue de relater ses expériences criminelles, en continuant d’appuyer sur le contraste entre sa situation passée et le statut qu’il a aujourd’hui dans la musique. Une ascension rarement vue récemment, et qui est donc particulièrement bien reflétée à travers ce projet.

Note : 4 sur 5.

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