Made In Us épisode 1 : de la renaissance d’Harlem, à la naissance du Hip-Hop

Et voilà que nous sommes plongés dans un nouveau confinement, Gather se doit de vous divertir et vous proposer de nouveaux contenus, avec comme programme une virée touristique des Etats-Unis autour d’un même vecteur : le rap. Faisons passer ça pour notre petite sortie hors confinement hebdomadaire. Et quoi de mieux que partir découvrir les styles et variantes qui façonnent le patrimoine actuel du rap à travers une visite guidée de leurs villes d’origines. Aujourd’hui c’est un épisode spécial, qui servira d’introduction puisque nous partirons directement sur le lieu de naissance du Hip-Hop, Harlem à New York. MadeInUs, la mosaïque du rap Américain, c’est maintenant.

Quatre cents années, écrit en toutes lettres pour l’appuyer, c’est le temps de l’histoire de New York. Le temps nécessaire pour créer, développer, et établir la ville multiculturelle telle que nous la connaissons actuellement. La Big Apple, acheté pour une maudite somme de 24$ à l’époque, n’aurait jamais pensé jouir d’une célébrité telle qu’elle est décrite aujourd’hui. Dominé par les Anglais, cette ville a connu guerre civile, révolte, remaniement, et surtout une immigration massive qui a coloré et façonné le berceau du Hip-Hop.

La culture by New York, le mix par l’immigration

Europe, Afrique, Amérique du sud et Asie, la quasi-totalité des continents ont émergé dans cette ville, c’est d’une façon logique que chaque communauté a apporté sa pierre à l’édifice culturel de New York. Chaque ethnie peut prétendre faire partie intégrante du multiculturalisme de la ville, sans que personne ne puisse dire le contraire, remercions les Irlandais et Little Italy pour le scénario du film « Les Affranchis », les hispaniques pour la salsa, l’Asie pour Chinatown, et cette liste pourrait être aussi longue et qualitative que la discographie de Jay-Z. Mais ceux que Gather tient à remercier tout en particulier, ce sont bien les afros-américains pour la naissance du Hip-Hop. Aujourd’hui nous allons porter une attention toute particulière, à un mouvement littéraire, sans lequel le genre musical le plus fédérateur et dénonciateur du monde n’existerait peut-être pas, ou du moins n’aurait jamais bénéficié d’une telle popularité, ni même un attrait médiatique aussi important. Peu de gens le savent, mais les idées véhiculées par la renaissance d’Harlem, 40 ans avant la naissance du Hip-Hop, ont nourri l’aspect principal de cet art : le rap, rythm and poetry.

Little Italy
Harlem
Chinatown

L’histoire d’un mouvement contestataire

Avant de parler de la naissance du mouvement littéraire d’Harlem, un petit cours d’histoire est nécessaire, rapide et prenant promis. Après la guerre de sécession, la plupart des afros-américains, dont la majorité étaient d’anciens esclaves, fuient le sud des Etats-Unis, afin d’échapper à la nouvelle tendance des blancs d’Amérique, la ségrégation. Les points principaux de migration sont New York, Chicago, et Detroit, une question se pose alors, pourquoi le nord ? La politique du nord du pays n’est en rien similaire à la politique ségrégationniste du sud, il était plus aisé pour un afro-américain à l’époque d’échapper au racisme et aux mauvais souvenirs de l’esclavage dans le nord du pays.

Mais c’est aussi en grande partie à cause des guerres mondiales de 14-18 et 39-45. En effet, principal fournisseur d’armes et de matériel de guerre pour l’Europe, puis pour eux-mêmes, les Etats-Unis ont construit et développé la plupart de leurs usines militaires dans le nord et comme vous le devinez, à New York, Chicago et Detroit. Ces villes garantissaient donc un logement, mais aussi un travail pour les afros-américains de l’époque.

Et c’est là que les choses sont devenues intéressantes, toute la jeunesse dorée afro-américaine s’est retrouvée à New York, et particulièrement à Harlem. Les enfants, fils d’ouvriers à l’usine ont eu accès aux écoles, et à l’apprentissage, la communauté entière s’est enfin retrouvée libre, et avec des droits, chose dont il n’avait jamais eu accès auparavant, même s’ils étaient minimes. Ce qui en a résulté, le courant littéraire suivant : la renaissance d’Harlem.

Défilé d’activistes du mouvement de la renaissance d’Harlem, photographié par Van Der Zee, grand artiste du mouvement

Conscient et soucieux de leurs droits, une grande flopée d’artistes ont surgi de ce quartier, et ce, dans tous les domaines : la musique, l’art, la cuisine, mais plus particulièrement dans la littérature. Des écrits protestataires, à la poésie, chaque genre littéraire est bonifié et idéalisé à l’image de la population du quartier, on parle de renaissance notamment pour sa littérature, mais aussi pour la vie que ce mouvement a donné au quartier. Harlem symbolise l’affirmation de l’identité noire et devient même le foyer culturel afro-américain.

Tous les ingrédients étaient présents pour dynamiser et mettre Harlem sur la carte. Si pour votre culture vous souhaitez connaître les noms de ces grands acteurs alors démarrons la liste, et cette fois-ci comparons la plutôt à la discographie de Biggie, courte mais remplie de classiques : en littérature le big three made in Harlem était composé de William Edward Burghardt Du Bois aka W.E.B Dubois, vient ensuite Langton Hughes, et Jean Toomer. Dans les arts manuels (photographie, sculpture et peinture), les plus grandes œuvres venaient en grande partie de James Van Der Zee et Richmond Barthé. Sans oublier les grands clubs de jazz animés par Louis Armstrong ou encore Duke Ellington.

Tout ça peut paraître sur-joué, et il est compréhensible de penser que le Hip-Hop n’a jamais pu naître d’intellectuels sorti d’écoles à une époque ou le genre prédominant était le Jazz. Mais les idéologies véhiculées dans les écrits littéraires de cette période ont influencé les révoltes civiles des années 60. Si cela n’est pas suffisant, rappelez-vous que Monsieur Amaru Shakur est né à Harlem, et que sa mère, fière représentative des blacks panthères à l’époque était nourri d’idées et arguments repris des grands activistes du mouvement comme Marcus Garvey.

Photo des membres du NAACP, organisation de défense des droits civiques fondé par W.E.B Du Bois en 1905

Ce qui en a découlé, 40 ans plus tard

Il est donc logique que notre Hip-Hop est né suite à ce mouvement, on peut même dire que le Hip-Hop est un renouveau de la renaissance d’Harlem, basé sur les mêmes principes, mais avec des formats différents. Si l’on récapitule, le genre est donc né d’un contexte social à caractère raciale, un entre-deux guerres, une crise économique, et une grande immigration. Mélangé aux idéologies de la renaissance d’Harlem, et s’inspirant du Be-Bop (musique Jazzy dénonciatrice des années 50), il donne au final comme résultat un cocktail explosif de rap, djing, b-boying beatbox et graffiti artistiques.

Le Hip-Hop commencera donc à être consommé et appliqué entre les années 60 et 70 lors de fêtes de quartiers à New York, remercions les Ghettos Brothers qui sont les organisateurs de ces party’s made in USA. Pas beaucoup de moyens, mais de l’amour pour ce qu’ils font, une scène à peine organisée, des amplis branchés aux instruments et quelques hauts parleurs suffisent à animer le croisement de Prospect Avenue et la 163 ème. Leurs buts : casser les barrières raciales entre les afros-américains, les portoricains, les blancs, les hispaniques et d’autres communautés encore.

La suite vous la connaissez, Kool Herc arrive dans le milieu, invente les plus grandes techniques de DJ en mixant des samples et des breaks de percussions. Il donne chance et crédibilité aux futures groupes venus porter le Hip-Hop comme nouveau moyen de contestation aux Etats-Unis pour la cause sociale et raciale, au même titre que la renaissance d’Harlem, 40 ans auparavant.

Membres des Ghetto Brothers lors d’une fête à proximité de Prospect Avenue

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