Busta Rhymes – Extinction Level Event 2: The Wrath of God

Difficile de donner une place précise à Busta dans le rap d’aujourd’hui. Légende incontestable du rap new-yorkais avec notamment un run mémorable de trois excellents albums entre 1996 & 1998, le natif de Brooklyn connaît une traversée du désert depuis son album « The Big Bang » (2006). Alors, il y a certes eu une tape sympathique en 2013 avec le légendaire Q-Tip, « The Abstract & the Dragon » , mais le rappeur restait surtout sur deux albums particulièrement à côté de la plaque. Dès lors, on ne savait pas forcément ce dont à quoi s’attendre avec un album de 22 titres de sa part en 2020. Le seul motif d’espoir résidait principalement dans le retour à la mode des vibes plutôt old school / boom bap, on avait d’ailleurs pu voir Busta lâcher une performance intéressante dans le dernier album de Westside Gunn « Who Made the Sunshine » . La légende de New-York s’est-il enfin contenté de ce qu’il sait faire de mieux sans partir dans une opération (impossible) séduction d’un large public avec des titres mainstream peu inspirés ? C’était en tout cas vivement espéré puisque ce projet n’est autre que la suite de son excellent LP de 1998 : « E.L.E. (Extinction Level Event): The Final World Front » .

22 titres venant d’un rappeur presque cinquantenaire et relativement en perdition depuis un certain temps, ce n’est pas vraiment rassurant au moment de lancer l’album. On ne peut, en revanche, que constater le fait que Busta s’est foulé pour nous proposer un casting XXL aussi bien au niveau des guests que de la production. Dès les premiers tracks, le natif de Brooklyn nous rassure avec des morceaux résolument old school sur lesquels il se montre clairement à son aise. Le MC revient sur le temps qui s’est écoulé depuis le prédécesseur de cet album dans l’introduction.

Like all the shit we witnessed be happenin’ coincidental

See, back in ’98 when I dropped the first Extinction Level

I was fightin’ inner demons with personal scores to settle

They put it in a movie ’cause they knew that we ain’t really know

Funny how they tried to tell us 22 years ago

What deeply impacted how watchin’ a flick really moved me

Busta Rhymes – E.L.E. 2 Intro

Le très bon « Strap Yourself Down » fera sourire dès les premières notes les plus nostalgique d’entre nous avec une production poussiéreuse comme on aime dont les grands Pete Rock & J Dilla sont à l’origine. Une nostalgie renforcée par le titre suivant, « Czar » , dans lequel Busta fait équipe avec le duo M.O.P. L’ambiance colle à merveille au rappeur new-yorkais qui se trouve une seconde jeunesse qu’on attendait tous depuis bien longtemps. On reprend vraiment plaisir à l’entendre découper des productions avec son flow si iconique qu’il aborde fièrement dans « Outta My Mind » . Fort logiquement, sur 1h22 de musique, on aurait pu éventuellement se passer de certains morceaux. On ne retrouve pas vraiment de mauvais sons dans ce projet mais quelques tracks sont assez neutres et viennent allonger la durée de l’album plus qu’autre chose.

Busta s’essaie régulièrement à la philosophie tout au long du projet en apportant son regard sur la société de diverses manières. On est sur quelque chose de très « divin » , je ne me suis pas amusé à compter le nombre de fois où le mot « God » est employé dans l’album mais on serait probablement sur un sacré score. Quoiqu’il en soit, le rappeur new-yorkais propose des textes qui demeurent assez intéressant et c’est bien là l’essentiel, il aurait pu se reposer sur son flow uniquement en jouant sur le côté nostalgie avec des productions résolument retro.

I’m tired of injustice from the popes, politicians and judges

When you witness the abuse of power, sometimes it’s seductive

Then I question God, why create a creature that is so destructive?

Hold all your grudges and focus while you create expenses

Every man is free of choice, but no man is free of consequences

Busta Rhymes – E.L.E. 2 The Wrath of God

On ne peut pas passer à côté d’une apparition du très regretté Ol’ Dirty Bastard en 2020. Dans le séduisant « Slow Flow » , Busta sample le légendaire « Brooklyn Zoo » pour en faire un refrain. Il n’en faut pas plus pour nous donner l’impression de nous balader dans le Brooklyn des années 90. La collaboration avec Q-Tip était forcément un minimum attendue du fait que les deux légendes ont pour habitude de collaborer. Le résultat est dingue de cohérence, probablement mon coup de cœur du projet. La cohésion entre les deux rappeurs est excellente, à tel point que Busta se permet des références à un couplet de Q-Tip issu du morceau « Award Tour » des légendaires A Tribe Called Quest :

Lyrically, I’m undefeatable, respect the logo

Stupid if you think you can test me, that’s a no-no

Effective with the hits, especially when I went solo

And aggressive with thе spit, I think you n****s know the caper, na-na

Let’s takе this shit back to the real side

The shit that you could really feel, right?

Busta Rhymes – Don’t Go

Beau symbole avec le titre « True Indeed » puisqu’il nous offre la toute première production de DJ Premier sur un album de Busta. Une collaboration d’excellence qui devait absolument se faire avant que les deux hommes ne raccrochent. Un morceau qui avait d’ailleurs été teasé dès le début de la dernière décennie.

La légende de Brooklyn s’essaie tout de même sur des vibes qui sonnent plus actuelles durant l’album. La collaboration avec Rick Ross, « Master Fard Muhammad » , est ni plus ni moins une merveille de jazz rap. On retrouve d’ailleurs le prodigieux Terrace Martin à la production. C’est typiquement sur ces sonorités qu’on attend les OGs aujourd’hui, un soupçon de délire mafioso qui colle parfaitement à Rozay accompagné par un Busta très inspiré. La mélodie de « YUUUU » n’est pas moins catchy, comme souvent Anderson .Paak apporte une énergie vraiment très appréciable lorsqu’il est invité sur un album.

Ces changements de sonorités sont pour l’immense majorité très mesurés et surtout relativement éphémère. On bascule de nouveau sur des ambiances old school qui viennent sécuriser habilement la seconde partie de l’album. 9th Wonder nous pond une petite pépite de production pour la collaboration avec Rapsody « Best I Can » . Le titre suivant ne manquera pas de donner un vrai coup de vieux à ceux qui ont connu le RnB old school. Avec le morceau « Where I Belong » , Busta Rhymes & Mariah Carey font un joli clin d’œil à une époque où rappeurs & chanteuses RnB s’unissaient pour offrir des hits planétaires. Le new-yorkais ne ménage pas non plus les beats minimalistes, le morceau « Deep Thought » peut en témoigner.

Nous sommes obligés de s’arrêter un instant sur le titre « Look Over Your Shoulder » . Réalisé en 2016, ce titre s’offre le luxe de sampler « I’ll Be There » des Jackson 5’s. Pour couronner le tout, on a le droit à un couplet royal du grand Kendrick Lamar. Cette collaboration est tout simplement une petite merveille qui vient en quelque sorte symboliser le retour en forme de Busta Rhymes. Également teasé depuis plusieurs années, ce track voit enfin le jour pour notre plus grand plaisir. N’ayant aucun contenu inédit de Kendrick Lamar ces derniers temps, la sortie de ce titre pouvait difficilement mieux tomber. Les fans du prodige de Compton se sont rués sur le titre et ont ainsi pu constater que la légende de Brooklyn avait encore de la bouteille. Une opération bien sentie de la part de Busta.

L’album se termine de fort belle manière avec des morceaux amenant encore Busta dans des registres qu’il affectionne particulièrement. On retiendra notamment cette collaboration assez powerful avec la grande Mary J. Blige. Mention spéciale également pour « Freedom? » qui vient encore un peu plus appuyer la dimension retro de cet album. Le rappeur de Brooklyn semble prendre du plaisir à performer sur ces productions et ça se ressent. Sobriété et efficacité sont les maîtres mots.

Avec « Extinction Level Event 2: The Wrath of God » , la légende new-yorkaise signe incontestablement son meilleur projet depuis 2006 avec « The Big Bang » . La DA employée pour ce LP est définitivement la bonne pour Busta Rhymes. Exit les tentatives de rap générique pour essayer de séduire un public, en plus de cela, pas particulièrement demandeur. Retour aux bases pour le rappeur de Brooklyn avec un hardcore hip hop old school revisité. Un casting certes XXL mais qui reste particulièrement cohérent tout au long du projet, des productions très séduisantes pour l’immense majorité. Malgré une cover dont le résultat s’avère assez regrettable, Busta a su faire honneur au mythique « E.L.E. (Extinction Level Event): The Final World Front » avec une suite de qualité, 22 ans plus tard, pour notre plus grand plaisir.

Note : 3.5 sur 5.

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