Black Thought – Streams of Thought, Vol. 3: Cane and Abel

L’immense légende de Philadelphie signe son grand retour deux ans après son dernier projet. Il revient avec le troisième volume de sa merveilleuse série « Streams of Thought » . Un projet dont la sortie initiale était prévue pour bien avant mais qui fut reporté en raison du décès tragique de Malik B., membre fondateur de The Roots. Suite à ce triste événement, on pouvait s’attendre à ce que Black Thought reporte cet album afin de placer divers hommages tout le long du projet. Ce dernier se retrouvait donc plus que jamais attendu par ses fans. Aujourd’hui, le statut de légende pour la star de The Roots est tout simplement incontestable, il n’a absolument plus rien à prouver. Chaque nouveau projet devient alors avant tout un cadeau pour les amoureux du rap. Le mythique rappeur a-t-il lâché la masterpiece espérée par les auditeurs ?

Formule différente pour ce troisième volume de « Streams of Thought » . Les deux premiers étaient essentiellement des EPs, bien que le second comportait tout de même 9 titres. Cette fois-ci, c’est un vrai album que nous offre Black Thought avec 13 pistes au compteur pour une durée de 35 minutes. Il n’en suffisait pas plus pour ravir les fans, pouvoir entendre le rappeur de Philadelphie sur un long format n’est pas vraiment chose fréquente. Pour ce nouveau projet, la légende fait équipe avec le producteur Sean C que nous avons déjà pu voir à l’œuvre avec d’immenses artistes tels que Jay-Z, Big Pun, Alicia Keys… un choix intéressant et qui semblait surtout pertinent dans la perspective de créer un véritable univers propre à cet album. Pour cette nouvelle aventure, l’artiste emblématique de The Roots s’est entouré d’une sacrée équipe avec des rappeurs cinq étoiles que sont Pusha T, Killer Mike & Schoolboy Q ainsi que des artistes issus de divers genres musicaux : Portugal. The Man, The Last Artful, Dodgr, C.S. Armstrong… Des choix forts qui venaient encore un peu plus attiser notre curiosité.

Black Thought nous avait plus que mis l’eau à la bouche avec le premier single du projet intitulé « Thought vs Everybody » . Une vraie démonstration technique, et tout simplement de talent, sur une production assez minimaliste. C’est aussi dans cette simplicité que ressort merveilleusement bien l’aisance lyricale du MC originaire de Philadelphie. Un titre particulièrement engagé, comme une bonne partie de l’album d’ailleurs. Le rappeur n’hésite pas à utiliser des symboles particulièrement fort pour partager ses idées.

Lady Liberty face full of concealer

Black Thought – Thought vs Everybody

Le second single révélé, « Good Morning » avant la sortie du projet était probablement le morceau le plus attendu puisqu’on y retrouve des guests exceptionnels : Killer Mike, Swizz Beatz & Pusha T. Une bonne grosse production explosive pour venir marquer cette collaboration XXL. Un petit sentiment de nostalgie se dégage à l’écoute du refrain de Swizz Beatz. Cette intensité, on la retrouve sur la majeure partie du projet. L’intro laisse place à une vibe très powerful et surtout des drums surpuissantes sur le titre « State Prisoner » . Sur ce style d’ambiance, Black Thought fait habilement parler sa technique sans forcer le talent. Beaucoup de détails dans les productions la plus grande partie du temps, on peinerait à tout décortiquer tellement les beats sont riches en éléments. La fameuse collaboration avec Schoolboy Q, « Steak Um » , nous plonge dans un univers particulièrement sombre, chose que j’attendais particulièrement de ce feat. Q découpe cette jolie production avec son flow toujours aussi efficace. Pas toujours besoin d’intensité dans le beat pour voir la légende de The Roots briller. « Magnificent » nous offre une production beaucoup plus chill et très jazzy avec un Black Thought qui débite en mode cypher comme s’il avait encore tout à prouver. Une énergie vraiment agréable à écouter sur une production minimaliste. Un minimalisme qu’on aurait peut-être aimé un peu plus entendre étant donné les très bonnes performances du rappeur sur ce type de propositions.

Malheureusement, certains éléments viennent à mon sens gâcher la quasi-perfection qu’on attendait de la part de Black Thought avec cet album. Je pense notamment aux trois featuring avec Portugal. The Man & The Last Artful, Dodgr. Bon, le premier intitulé « Quiet Trip » est loin d’être catastrophique. On retrouve un beat évolutif qui suit la montée en puissance du MC de Philadelphie au fil de ses couplets. Le refrain chanté n’a pas particulièrement fait effet de mon côté mais, pour un titre du projet, admettons. Le problème s’aggrave sur le morceau suivant, « Nature of the Beast » , une proposition que je n’ai vraiment pas compris pour le coup. Une vibe assez surprenante qui sonne un peu plus mainstream dans l’idée. On pourrait presque imaginer ce titre à la radio. Le délire ne colle clairement pas avec le reste de l’album. Refrain très classique assez pop qui laisse relativement indifférent. Le problème de ce type de morceaux, encore une fois à mon sens, c’est qu’ils viennent vraiment nous sortir du mood du projet, après ça on a plutôt l’impression de se prendre l’album track par track plutôt que de suivre un fil continu tout le long. Or, on s’attend plutôt à rentrer dans un univers cohérent du début à la fin lorsqu’on lance un projet du grand Black Thought. Le dernier featuring « Fuel » se veut un peu plus intéressant notamment de par la grande qualité des couplets de Black Thought ainsi que la transition parfaitement exécutée avec le track « Ghetto Boys and Girls (Fuel Interlude) » .

Bien que nous puissions éventuellement regretter la présence de certains titres sur le projet, les performances toujours très inspirés de Black Thought parviennent efficacement à nous recentrer sur l’aspect majoritairement qualitatif de l’album. Le flow du rappeur demeure intacte et son énergie s’avère toujours aussi agréable pour nos oreilles.

Comme évoqué précédemment, le MC se montre relativement engagé tout le long du projet à travers ses morceaux. Il nous livre par moment sa vision de la société américaine actuelle très intéressante en venant souligner certaines tendances regrettables.

Kaepernick is an activist, y’all in fear of the kneeler

Everything’s obtuse, nothin’ is obscene

Another young life was lost on live stream

Another great fell from grace in high esteem

Then the clock struck thirteen, we in some kind of dream

Black Thought – Thought vs Everybody

Mais surtout, il dénonce à de nombreuses reprises les inégalités dont souffrent malheureusement encore beaucoup trop la communauté noire aujourd’hui. Il épluche de nombreux sujets touchants à cette thématique en évoquant le privilège blanc, les inégalités devant la justice, les violences policières… Autre moment fort du projet avec une séquence de Dave Chappelle, en intro de « Steak Um » , dans laquelle le célèbre humoriste s’exprime à propos de l’esclavage, la souffrance de ses ancêtres… Dans le triste contexte actuel, Black Thought était forcément un minimum attendu sur ces sujets sensibles, le rappeur a pris le soin de les traiter avec sincérité.

The thin line between savants and savages (Oh)

Your life could depend on the laws of averages

The difference between Black and white is mad privilege (Fuck that shit)

Black Thought – Good Morning

Don’t forget who I am, don’t forget what I am

I am a black dude

And don’t ever forget how I got here

My ancestors were kidnapped

I don’t even know where the fuck I’m from

They were put on the bottom of boats

They sailed them across the Atlantic

Many of them died, only the strongest survived

And once they got here, they beat the humanity out of my people

Dave Chappelle – Steak Um

My hands against the wall outside a billiards hall

I hear police discussin’ whether to try and kill us all

I questioned if that’d matter, life is like a tree that falls

In the woods, even with iPhone footage to see it fall

Black Thought – Thought vs Everybody

Even if justice wasn’t blind, she’d never look at us

Black Thought – Fuel

Cet album divise déjà légèrement parmi les nombreux fans de l’immense légende Black Thought. Malgré quelques temps faibles qui rendent le projet probablement moins consistant que ses deux prédécesseurs, « Streams of Thought, Vol. 3: Cane and Abel » demeure un album de qualité contenant des performances de très haut niveau. Le rappeur de Philadelphie restera toujours un artiste unique avec un don indéniable en matière de hip-hop. Bien qu’il semble évident que Black Thought soit en mesure de proposer un long format, encore aujourd’hui, d’un niveau supérieur à celui-ci, on se repassera bien volontiers cet album durant les prochains mois. On notera aussi l’absence d’hommages, en tout cas distinguables, pour le regretté Malik. B dont le décès avait entrainé le report de l’album. Néanmoins, personne ne peut se permettre de juger ce choix qui reste strictement personnel, la légende a tout simplement respecté la mémoire de son homie en le laissant partir en paix avant de sortir cet album. Un projet qui on espère fortement ne sera pas le dernier pour Black Thought.

Note : 3.5 sur 5.

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