Benny the Butcher & Hit-Boy – Burden of Proof

Said I’m gon’ be a legend soon, shit, I’m a legend now

That’s real shit

Said I’ma be a legend soon, I’m a legend now

Legend – Benny the Butcher

C’est par ce hook, déjà iconique, que nous pourrions résumer le mood de ce nouvel album du rappeur de Griselda. Un artiste, ayant traversé bien des épreuves, qui savoure fièrement sa réussite. 2020 était annoncée comme l’année de l’explosion pour Benny après avoir marqué de nombreux esprits en 2019. Son dernier projet solo, « The Plugs I Met » , avait très nettement contribué à la récente explosion médiatique de Griselda Records. Très rapidement, des rumeurs sont venues faire monter un peu la hype. Dès le mois de janvier, des premiers bruits de couloir venaient annoncer la sortie très prochaine d’une collaboration avec le grand producteur Hit-Boy. Ajoutez à cela les nombreuses allusions à des enregistrements bouclés en compagnie de Drake et vous obtenez l’une des personnalités rap les plus attendues de l’année en la personne du Butcher. Néanmoins, le rappeur de Buffalo s’est fait désirer laissant ses compères de Griselda enchaîner les projets ces derniers mois. Il a tout de même réalisé quelque chose de très important à ses yeux durant l’été dernier : la sortie de la première tape de son label, la Black Soprano Family. Une entrée pas forcément suffisante pour les fans qui voulaient à tout prix un nouveau long format solo de la part de Benny.

Hit-Boy s’est déjà montré, lui, très actif en cette année 2020. Il avait commencé avec un album solo intitulé « The Chauncey Hollis Project » sur lequel on retrouvait déjà une collaboration avec Benny. Après ça, le producteur est passé à la vitesse supérieur en produisant « Also Known As » pour DOM KENNEDY, une grosse partie du dernier album de Big Sean « Detroit 2 » et surtout le savoureux LP de Nas « King’s Disease » . Autant vous dire que Hit-Boy est un peu partout en 2020 et fait figure de prétendant plus que légitime au titre de meilleur producer de l’année. C’est donc avec une confiance totalement justifié que nous attendions ce nouvel opus amenant Hit-Boy à, cette fois-ci, collaborer avec Benny the Butcher. Association réussite ?

En jetant un œil à la tracklist, on comprend d’emblée que les deux hommes sont allés à l’essentiel. Un format qu’on pourrait presque qualifier de parfait avec 12 titres pour une durée totale d’un peu moins de 40 minutes. Des collaborations en cohérence totale avec l’univers de Benny, on retrouve Freddie Gibbs qui avait déjà collaboré avec le boucher pour le titre « Frank Lucas » , Rick Ross décidément toujours dans les bons coups cette année, le légendaire Lil Wayne, la clique Griselda avec Conway & Westside Gunn, les compères de Hit-Boy sur cette année 2020 que sont Big Sean & DOM KENNEDY… Absolument rien n’a été laissé au hasard sur ce projet, le duo semblait avoir complètement en tête la vibe désirée pour ce projet. Bien évidement, cette association laissait place à une très légère inconnue. Il est toujours très intéressant de voir un rappeur de Griselda s’éloigner un peu des ambiances morbides / sales qu’a pour habitude de proposer le label. On pouvait s’attendre à plusieurs directions possibles proposées par Hit-Boy afin d’ouvrir une nouvelle voie à Benny.

Dès la première line de l’album, the Butcher confirme ses ambitions qu’il laissait présager pour 2020. L’année dernière fut en quelque sorte la révélation du rappeur de Buffalo, ainsi que toute la scène qui l’entoure, aux yeux d’un public beaucoup plus large que par le passé. C’est donc en toute logique que Benny passe la seconde cette année dans le but d’exploser.

Yo, last year was ’bout brandin’, this one about expandin’

Benny the Butcher – Burden Of Proof

C’est sur un beat explosif avec des drums assez agressives que s’ouvre cet album. Une intensité qu’on retrouvera presque tout le long de l’album. Une ambiance collant parfaitement au Butcher qui se fait un malin plaisir à découper les offrandes de Hit-Boy. « Timeless » n’était pas forcément le single parfait pour annoncer la couleur du projet bien que le son reste de qualité avec un Lil Wayne plutôt percutant. On peut supposer que les présences de Big Sean et Wayne sur le titre ont fortement influencé l’idée d’utiliser ce titre pour la promotion du projet. Le message était un peu plus clair lorsque le duo a révélé le single « Legend » seulement quelques heures avant la sortie de l’album. Le rappeur de Buffalo fait parler son charisme sur une petite merveille du producteur californien. Il s’agit très certainement de l’une des outro les plus powerful de l’année. Benny est une légende aux yeux des siens, les habitants de Buffalo. C’est la chose la plus important à ses yeux, inutile donc d’attendre l’approbation des médias ou du public pour revendiquer ce statut.

Sans grande surprise, le choix des samples de la part de Hit-Boy est une immense réussite. Ils viennent apporter une toute autre profondeur à des morceaux tels que « Where Would I Go » , l’immense (mais vraiment immense) « One Way Flight » ou encore le très touchant « Thank God I Made It » . Ce style de tracks vient parfaitement contraster avec le reste de l’album qui propose une intensité beaucoup plus élevée. La collaboration « griseldesque » du projet, « War Paint » , se révèle également très satisfaisante. Le producteur californien est parvenu à amener le célèbre trio sur une vibe différente qui change des ambiances particulièrement sales made in Daringer dont on a l’habitude. Benny, Conway et Westside Gunn s’exercent dans ce morceau sur des sonorités davantage mélancolique et nostalgique. Grosse mention également pour l’excellent « New Streets » , une petite douceur qui sonne très new-yorkais soigneusement découpée par le boucher le plus street de la planète.

Si on devait décrire l’ambiance générale du projet, nous n’hésiterions pas une seconde à parler d’un hommage à la grande époque de Roc-A-Fella Records. À travers cet album, on a littéralement la sensation de revivre les plus belles heures du label de Jay-Z, certains détails finement glissés puent vraiment la nostalgie. Ceux qui connaissent les grands projets de Hova, des Dipsets ou encore de Freeway sauront parfaitement à quoi nous faisons référence. Ce rap brut, venant directement de la rue, et très honnête qui a marqué incontestablement la East Coast au début des années 2000s. Une époque durant laquelle Benny se serait visiblement éclaté étant donné les merveilleuses performances qu’il livre tout le long de l’album sur ce style d’ambiances. Un hommage plus que bienvenue à une période où la nostalgie et le vintage sont plus que jamais à la mode. On avait surtout pour habitude, ces dernières années, de voir des tentatives de version 2.0 du rap des années 90 de NY mais Hit-Boy & le Butcher ont eu la brillante idée de faire ressortir une autre era tout aussi glorieuse. On retrouve même le mythique Pain In Da Ass à l’œuvre avec notamment sa mythique phase « Okay! I’m reloaded! » pour venir conclure l’intro. Peut-être que l’album manque d’un ou deux feats avec des acteurs majeurs de cette époque afin de renforcer encore plus la sensation d’immersion qui est déjà très réussie. Il est d’ailleurs très important de saluer la performance de Hit-Boy, une reconstitution aussi authentique n’est jamais une mince affaire.

Dernier détail important concernant cet album : Benny se veut plus que jamais introspectif. Un sentiment de fierté se dégage du rappeur de la première jusqu’à la dernière track. Une fierté d’être arrivé au sommet, d’être considéré comme une légende chez soi. Avec cet album, le Butcher savoure sa réussite. Mais il évoque également les retombées que cette dernière peut entraîner comme les changements radicaux de comportement au sein de l’entourage. Le rappeur de Buffalo connaît désormais la gloire avec Griselda, il compte bien faire de même pour la Black Soprano Family.

You wanna know how a chip feel, I’ve been there once

This year three in the beginning of a ten-year run

Benny the Butcher – Only Way Flight

I thought small, then I grew, got to find out it was true

Money change the people around quicker than it change you

Benny the Butcher – Timeless

Comme toujours avec les rappeurs de Griselda Records, l’authenticité demeure l’une des valeurs majeurs du projet. Benny n’hésite pas ainsi à revenir sur son lourd passé dans la rue et glisse quelques tacles subtils à certains rappeurs qu’on aime bien souvent considérer comme étant des « acteurs » . En restant lui-même, le MC de Buffalo invite le reste du game à faire de même, le monde se porte définitivement mieux lorsque chacun reste à sa place.

It’s rubbin’ me the wrong way when these rappers speak comfortably

‘Bout street life, it seem like they only givin’ y’all luxuries

Benny the Butcher – New Streets

Le rappeur se livre un peu plus sur ses blessures dans le morceau « Thank God I Made It » . Il revient notamment sur la douloureuse perte de son frère, un tragique événement auquel font sans cesse références les rappeurs de Griselda dans leurs projets. Benny a d’ailleurs avoué avoir pleuré durant l’écriture et l’enregistrement de ce morceau. Il explique avoir ressenti l’âme de son frère à ses côtés durant le processus de création. Un hommage obligatoire et surtout très fort qui vient nous en apprendre encore un peu plus sur l’artiste de Buffalo.

Real n****s look in the mirror and see each other

I look in my nephew eyes and I see my brother

Sometimes I gotta look away ’cause it hurt so much

How that n***a died so young and he was worth so much? (Damn)

Benny the Butcher – Thank God I Made It

Hol’ up, just today I swear I felt my brother’s spirit

Writin’ all this shit and, damn, I hope my brother hear it

Benny the Butcher – Thank God I Made It

« Burden of Proof » est une brillante réussite bien que l’album ne parlera pas forcément aux auditeurs pas particulièrement friendly avec l’era Roc-A-Fella Records. Hit-Boy confirme un peu plus son excellente forme en cette année 2020 tandis que Benny entame avec la manière ce qui s’annonce être un run d’exception de sa part durant les prochains mois. Cet album gardera toujours une place unique dans sa discographie de par ses sonorités. Le projet se veut également fort sur le plan symbolique, le rappeur savoure son nouveau statut aux côtés de grands noms tout en rendant hommage à une era historique du rap. 2020 est définitivement une merveilleuse année pour les projets collaboratifs rappeur/producteur. Benny ne devrait pas en rester là puisqu’il prépare depuis un petit moment maintenant la suite de « The Plugs I Met » entièrement produite par Harry Fraud ainsi que le quatrième volume de « Tana Talk » pour lequel on espère retrouver Westside Gunn à la DA. Griselda ne sera jamais rassasié et on ne risque pas de s’en plaindre.

Note : 4 sur 5.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s