Westside Gunn – Who Made The Sunshine

Le FLYGOD revient avec son troisième projet de l’année dans un contexte, cette fois-ci, assez particulier. En effet, avec « Who Made The Sunshine » , la star de Buffalo passe une étape majeure de sa carrière puisqu’il s’agit de son tout premier album en major, plus précisément chez Shady Records. Un « debut album » qui fut longuement teasé, les attentes étaient logiquement élevées pour ce tournant dans l’histoire de Griselda. D’autant plus qu’il pourrait déjà s’agir du dernier album de Westside Gunn en major étant donné que l’artiste serait toujours dans la perspective de prendre sa retraite à la fin de l’année. Un contexte très important entourait donc la sortie de cet album, le rappeur le plus fashion de l’underground semblait dans l’obligation d’offrir à ses fans un projet plus que mémorable à cette occasion. Défi réussi pour Gunn ?

Avant même de dévoiler son projet, Westside Gunn se devait de nous en mettre plein les yeux pour préparer ce moment tant attendu. Une chose qu’il sait très bien faire à l’aide de sa communication si atypique. Le premier contenu dévoilé fut la cover qui se veut pour le coup relativement original mais avec un symbole fort pour le rappeur : son fils en est à l’origine. Le message pouvait paraître clair d’entrée, le boss de Griselda Records avait l’intention de rester authentique et fidèle à sa personnalité pour ses débuts en major. Une pensée que la tracklist viendra plus que confirmer par la suite. On retrouve sur la quasi totalité des productions de l’album le fameux duo Beat Butcha & Daringer. Gunn a tout de même réservé deux places pour le grand Alchemist et l’outro pour le légendaire Just Blaze. Comme souvent, Conductor Williams est également de la partie.

Pour ce qui est des guests, le FLYGOD laisse logiquement une place majeure à sa famille Griselda. Présences donc des Armani Caesar, Benny The Butcher, Boldy James & Conway The Machine, mais aussi des plus fidèles affiliés de la bande tels que Keisha Plum, Elcamino, Flee Lord, Estee Nack, le très prometteur Stove God Cook$… C’est bien en famille que Westside Gunn comptait franchir cette marche décisive pour sa carrière. Mais attention, une fois de plus, l’enfant de Buffalo a sorti quelques surprises de sa poche avec les présences de grandes légendes : Black Thought, Jadakiss, Busta Rhymes et surtout le très grand Slick Rick… par deux fois!! Gunn avait le devoir de nous hype, c’était plus que réussi avec ce casting XXL pour un album pourtant composé de « seulement » 11 morceaux. Une dernière chose à prendre en considération concernant le « background » de ce projet est son report de plus d’un mois en raison du tragique décès de DJ Shay. On pouvait alors potentiellement s’attendre à quelques hommages placés tout le long du projet.

En jetant un œil aux premières informations, on s’attendait, sauf très grosse surprise, à un album proposant quasi exclusivement des ambiances darks avec des beats sales typique Griselda Records. On ne s’était pas trompé, notamment pour le duo Beat Butcha x Daringer qui nous offrent une sélection de vibes biens sombres se fondant à merveille dans l’univers de Westside Gunn. Le projet débute sur une de ces fameuses productions poussiéreuses, avec le titre « Sunshine Intro » , sur laquelle AA Rashid s’exprime calmement de manière philosophique sur des sujets qui tournent autours de Dieu, de la lune, du soleil… Pour ensuite laisser place à une production beaucoup plus hypnotique et alarmante pour une collaboration de la triade historique de Griselda sur le track « The Butcher and the Blade » . Ceux & celles qui ne sont pas particulièrement fanatiques de ces ambiances très inspirées des rues de Buffalo auront probablement du mal à rentrer dans ce projet. On retrouve presque tout le long de l’album cet univers assez morbide à l’image des morceaux « Ishkabibble’s » (bonifié par une belle démonstration technique du grand Black Thought) ou encore « Big Basha’s » . Une des deux collaborations très attendues avec Slick Rick se fait d’ailleurs sur une de ces productions griseldesques avec le son « Good Night » . Westside Gunn y déroule le tapis rouge pour la légende du rap qui fait plus que jamais apprécier son aisance lyricale.

Il faut quand même cependant admettre que le duo Beat Butcha & Daringer a tout de même cherché à proposer une ou deux choses différentes de la vibe dominante du projet. C’est notamment le cas sur l’excellent « Lessie » et son beat plein de mélancolie. J’ai toujours fortement apprécié Gunn sur ce style de vibe, d’autant plus lorsqu’il est accompagné, comme ici, par la merveilleuse poète Keisha Plum qui apporte toujours quelque chose d’unique aux morceaux. Le track « Ocean Prime » propose lui une ambiance beaucoup plus chill & minimaliste. Un choix bien senti de la part des deux producteurs, il paraissait important d’offrir à cette collaboration WSG x Busta Rhymes x Slick Rick une identité particulière. Le son m’a globalement conquis même si le décalage entre le rythme de la prod et l’énergie très importante dépensée par Busta se révèle un peu trop important à mon sens.

Le rappeur de Buffalo s’est montré intelligent sur la conception sonore du projet en laissant le duo Beat Butcha x Daringer construire la vibe générale de l’album afin de permettre aux autres producteurs de venir apporter un peu de diversité. Bien évidemment, pour accomplir cette mission, on pouvait compter sans aucune appréhension sur Alchemist. Dès le quatrième track, « All Praises » , le producer nous offre une petite merveille avec bien plus de profondeur que les autres beats du projet. Westside Gunn se laisse totalement prendre au jeu en poussant, de manière assez surprenante, la chansonnette sur un refrain entêtant. On retrouve le fameux « WSG RnB » qu’on avait déjà pu entrevoir sur « Pray For Paris » au début de l’année. Le résultat plaira à certains, beaucoup moins à d’autres, mais l’expérience se marie plutôt bien avec les delivery de Boldy James et du OG Jadakiss. Encore une fois, Alchemist nous offre quelque chose de bien plus mélodieux sur le titre « Liz Loves Luger » avec encore un refrain chanté sauf que cette fois c’est la talentueuse Armani Caesar qui s’y colle. Et c’est peut-être ma plus grosse surprise de l’album, Armani excelle totalement sur ses séquences de chant à tel point qu’on serait presque tenté de la voir davantage sur des vibes un peu RnB par la suite. Alchemist apporte sur cet album une petite dose de mélodies très rafraîchissantes qui viennent aussi plus ou moins séquencer le projet.

La médaille du moment un peu WTF de l’album revient incontestablement à la production de Conductor Williams & Obscure 8 sur le morceau « Frank Murphy » . On a le droit à une sorte de version ralentie de la prod du titre « EURO STEP » de Westside Gunn, on se retrouve au final avec une ambiance assez horrifique qui couvre parfois un peu les performances des MCs qui délivrent, eux, néanmoins de belles prestations. Il faut franchement plusieurs écoutes pour digérer la prod et vraiment pouvoir se prendre le morceau. J’apprécie plutôt bien le son à titre personnel mais j’aurais sans doute préféré que des artistes tels que Estee Nack ou Stove God Cook$ soient mis en avant de manière un peu plus classique afin que les auditeurs prêtent plus attention à leurs performances. Mention obligatoire au joli taff de Just Blaze, sur l’outro, qui délivre un beat hardcore hip-hop de grande qualité faisant mouche avec son rythme très élevé. Une belle passe décisive pour l’écurie Griselda qui découpe en famille cette prod.

Mis à part sa petite séquence chantée, rien de vraiment nouveau dans le flow de Westside Gunn. C’est à notre sens une bonne chose, il était important que le rappeur reste fidèle aux valeurs qu’il développe depuis le début de sa carrière pour sa grande première en major. Le résultat est toujours aussi efficace, bien évidemment il y aura toujours des auditeurs qui ne supporteront pas forcément sa voix si atypique. Pluie d’ad-libs en tout genre, découpages de prods… le FLYGOD nous fait la totale pour notre plus grand plaisir. Pas spécialement de révolution non plus sur le plan des lyrics. Énormément de lines luxury rap, beaucoup de lines de drugs dealer, des références catch toujours bien amenées… Le rappeur s’est vraiment assuré de sortir un projet très fidèle à lui-même.

Ayo, brains everywhere, this shit was polarized (Boom, boom, boom, boom, boom, ah)

Glock next to my nuts, Balenciagas oversized

My third eye open wide, you know why (You know why)

Dries Van Noten, bust a brick open

Westside Gunn – Big Basha’s

Ayo, you lookin’ at my jewels, don’t even risk it (Don’t even risk it, ah)

My mechanic be sniffin’ with the wrenches (With the wrenches, sniff)

In the mess hall, I got to listen (I got to listen)

First day home, I got to whippin’ (I got to whippin’, whip)

Westside Gunn – 98 Sabers

Westside Gunn s’efforce tout de même d’aller un peu plus loin dans ses textes sur certains morceaux. Petit coup de cœur personnel pour le captivant stoytelling de Gunn & Slick Rick sur le titre « Good Night » . Une histoire tragique tournant autour du trafic de drogue, de la loyauté et des règlements de compte. Le genre de texte qui colle idéalement à l’univers Griselda et ses ambiances moroses.

Make sure we get the ten bricks back, get at me

Two hours later, the fuck n***a got to his house

Put the gym bag down, then he fell on the couch

Thought he hit a good one, then he heard a noise upstairs

Called his wife name, no response, he hopped up out the chair

Went up the staircase, heard his newborn cryin’

Walked in the nursery, then bullets start flyin’ (Boom, boom, boom, boom, boom, boom, boom, boom, boom, boom, boom, boom, boom, boom)

Westside Gunn – Good Night

Westside Gunn a su trouver un juste milieu entre l’identité musicale, qu’il développe depuis ses débuts, et de très légères expérimentations venant apporter une petite dose de diversité. Alors que nous entamons peut-être les trois derniers mois de carrière du rappeur de Buffalo, le FLYGOD nous délivre enfin son tant attendu debut album en major. Ce projet vient un peu plus confirmer l’année de qualité réalisée par WSG et plus globalement par Griselda. Il ne s’agit certainement pas du meilleur album de la carrière de Gunn mais c’est, ni plus ni moins, une nouvelle œuvre de qualité qui vient s’ajouter à sa formidable discographie. Ce projet dispose de toutes les qualités requises pour devenir un véritable grower, à voir si le rappeur exploitera ce LP sur le long terme car on sait qu’il a l’intention de nous offrir encore du contenu avant sa potentielle retraite. En attendant d’en savoir plus, on va tranquillement savourer « Who Made The Sunshine » .

Note : 4 sur 5.

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