Action Bronson – Only For Dolphins

L’iconique rappeur du Queens fait son retour avec son sixième album studio, deux années après « White Bronco » qui avait eu une réception assez mitigée. Le statut d’Action Bronson a sacrément évolué ces dernières années, on peut vraiment désormais parler d’une personnalité publique à part entière. Le new-yorkais a vu sa notoriété aller au-delà de la sphère rap suite à différents moves, que ça soit ses émissions loufoques avec Vice ou encore ses débuts dans le cinéma en tant qu’acteur avec par exemple son rôle dans le film de Scorsese « The Irishman » . On peut également désormais rajouter à son CV une jolie petite carrière de peintre, c’est d’ailleurs lui-même qui s’est chargé de réaliser la cover de « Only For Dolphins » . Il n’est pas évident de savoir à quoi s’attendre face à un tel personnage aujourd’hui, malgré des premières années d’une qualité exceptionnelle, les performances du MC ont plutôt eu tendance à stagner ces dernières années sans sombrer dans la médiocrité. Néanmoins, avec toute cette mouvance « new old school » qui ravage le rap underground ces derniers mois, c’est toute une fanbase qui reprenait espoir de revoir un Action Bronson des très grands jours. Retour en grâce pour le rappeur charismatique ?

Sur le papier, Action Bronson semblait proposer la formule presque parfaite pour un retour explosif : 12 titres, une grosse partie des meilleurs producteurs du moment : Alchemist, Daringer, DJ Muggs, Harry Fraud… Et surtout, un univers aussi atypique que son créateur avec un voyage dans l’univers… des dauphins. Un thème forcément prometteur lorsqu’on connaît le charisme et l’humour du personnage. Pour les featurings, le rappeur du Queens a fait très sobre mais s’est tout de même assuré de laisser une petite place à son fidèle Meyhem Lauren accompagné de son frangin Hologram. Une fois le décor planté, place au show et à un voyage dans le passé qui offrira une seconde jeunesse à nos lecteurs les plus âgés.

Le new-yorkais s’offre une entrée remarquée sur l’intro « Capoeira » , il débarque dans un univers résolument retro accompagné par un beat très organique nous réservant même quelques séquences jazzy. Le rappeur crache habilement son flow d’entrée et réussit brillamment cette entrée pour le moins orchestrale. Cet univers retro va grandement s’approfondir tout le long de l’album, certains samples viennent ainsi provoquer un grand bon de plusieurs dizaines d’années en arrière. Harry Fraud, notamment, brille comme à son habitude dans cet exercice et nous fait apprécier sa patte sur les titres « C12H16N2 » & « Marcus Aurelius » . Le producteur Samiyam fait encore plus fort en nous transportant littéralement dans une sitcom des années 80 sur le morceau décalé « Splash » . Même Daringer se laisse prendre à ce petit jeu de la nostalgie, exit les ambiances darks/sales made in Griselda, place aux mélodies retro entêtantes sur « Shredder » . La tentative de « voyage dans le temps » proposée par cet album est une vraie réussite, Action Bronson & ses acolytes sont allés au bout de leurs idées en proposant quelque chose de très authentique et fidèle à l’époque. Il n’est pas question ici d’une simple « revisite » mais bien d’une réelle reproduction avec un rappeur qui se régale de ces mélodies poussiéreuses. Mais le concept du projet va encore bien plus loin puisqu’il nous amène à la rencontre des dauphins… au cœur de l’Amérique Latine.

Lorsque Action Bronson n’essaie pas de faire subitement blanchir nos cheveux, il nous transporte sur de belles vibes latino. Il avait annoncé la couleur avec le premier single « Latin Grammys » . En écoutant ce titre, on se croirait presque dans les rues de Cuba en plein été sur la route de la plage. Cette ambiance se fond merveilleusement bien avec le thème instauré du dauphin. Sur ce style de sonorité, le MC du Queens fait parler avec facilité son charisme et son sens de l’humour toujours aussi prenant :

I might not be able to touch my toes

But I will still fuck these hoes

Action Bronson – Latin Grammys

On reste dans cette ambiance latine avec le track suivant « Golden Eye » par le biais d’un sample extrêmement immersif. On se laisse volontairement porter par le rythme entêtant du morceau. Autre belle surprise, le fameux feat avec Meyhem Lauren prolonge totalement cette vibe. Action Bronson démontre une fois de plus à quel point il est unique dans le paysage hip-hop avec un beat définitivement atypique pour le titre « Mongolia » . On retrouve une dernière fois ces mélodies latines sur le track «Cliff Hanger » . La DA du projet est complètement cohérente du début à la fin. Les cris de dauphin placés entre chaque titre nous maintiennent constamment dans un monde bien ficelé à la fois chronologiquement et géographiquement. Plus qu’un album réussi, c’est tout un univers qu’est parvenu à instaurer Action Bronson.

Certaines ambiances se dégagent légèrement de l’harmonie générale de l’album. C’est par exemple le cas de l’excellente performance de DJ Muggs sur le titre « Vega » . Le morceau nous donne l’impression d’être au plein cœur d’un dîner mondain avec un pianiste dans le fond de la salle pour offrir un petit fond sonore. Là aussi le rappeur du Queens se régale avec un flow aussi posé que le beat. Alchemist, comme à son habitude, sort également du lot sur « Sergio » avec une petite mélodie céleste qui place le new-yorkais dans une autre dimension. Bien que sensiblement différents des autres tracks, ces sons restent totalement dans la vibe chill du projet et ne viennent en aucun cas remettre en cause la pertinence de la DA.

Sur le plan du delivery, on retrouve un Action Bronson des grandes heures. Le MC n’avait plus livré une telle performance sur la durée d’un projet depuis tout simplement le début de la dernière décennie. Comme beaucoup de OGs ces derniers mois, il semble se trouver une seconde jeunesse. Le rappeur a toujours le don d’étaler sa folle (pop) culture générale dans ses lyrics. Références diverses en pagaille que ça soit dans le domaine du cinéma, du sport…

Yellow grove, figaro, choke me

Laughing in the mirror like the Joker with the Oakleys

My whole team out for dead presidents like Bokeem

It’s young baklava, you know me, yeah

Action Bronson – Latin Grammys

Comme dit précédemment, Bronson use méticuleusement de son humour et ça fait clairement effet. Il possède toujours aujourd’hui l’un des plus charismes de ce game. Il devient difficile de trouver quelque chose que l’homme ne sait pas faire, il le rappelle d’ailleurs judicieusement dans « C12H16N2 » :

Author (Author)

Singer (Dancer), dancer (Me)

Exotic olive oil taster

Actor

Action Bronson – C12H16N2

Difficile de trouver des défauts dans les prestations du rappeur tout au long de l’album. Flow posé et toujours en adéquation avec la production, le new-yorkais nous rappelle ses plus belles heures le temps d’un projet pour le moins exotique.

Avec « Only For Dolphins » , Action Bronson frappe fort en sortant tout simplement son meilleur projet depuis 6-7 ans. Le rappeur du Queens a sorti un album extrêmement complet avec un vrai univers habilement posé au fil des tracks et un delivery de très grande qualité. Cette vague du « new old school » nous a déjà offert de belles renaissances, celle-ci fait vraiment plaisir tant Bronson a été époustouflant au début de la dernière décennie. Le MC a toujours été fidèle à sa forte identité qui fait de lui un artiste extrêmement apprécié. Raison de plus pour prendre le temps de savourer ce très beau projet durant les prochains mois.

Note : 4 sur 5.

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