Armani Caesar – The Liz

Griselda Records ne cesse de prendre de l’ampleur ces dernières années. Après avoir vu sa notoriété grimper en flèche, le label de Buffalo agrandit désormais ses effectifs. Après les débuts de Boldy James en août dernier, c’est désormais à la «first lady » de la bande de se lancer. Sa signature en début d’année avait surpris de nombreux fans notamment du fait que la rappeuse proposait un univers très éloignée des vibes Griselda. Armani Caesar était déjà dans le game depuis une bonne dizaine d’années et faisait du rap principalement disposé aux strip-clubs. Néanmoins, Westside Gunn a su cerner le potentiel de cette artiste, également originaire de Buffalo, pour en faire la première femme du label. Challenge réussi pour le crew le plus hype du moment au sein de l’underground US ?

Le premier single « Simply Done » nous avait mis l’eau à la bouche. Le grand DJ Premier nous offrait une production pleine de nostalgie pour les amateurs de rap new-yorkais sur laquelle Armani Caesar débarquait avec une très grosse intensité accompagnée par un Benny The Butcher en grande forme. À première vue, la reconversion musicale de la rappeuse vers un style beaucoup plus orienté old school / boom bap s’annonçait très prometteuse. Son charisme au micro s’impose à nous dès les premières lines, ses lyrics s’avèrent pour le moins intéressants même si vous avez plutôt intérêt à ne pas faire d’allergie au mot « bitches » .

Just keep them bitches out my way, bae (Uh-huh)

Yeah, I be ki-killin’ these bitches (Killin’ these bitches)

Crest white pearlies, I be still grillin’ these bitches (Still grillin’ these bitches)

Yo, West, I’ma make a mil’ on these bitches (What up? Yo)

Run it up, fuck it, make a bunch of mils on these bitches, yeah (Ayy, look)

Armani Caesar – Simply Done

La première remarque générale que j’ai envie de faire sur le projet concerne sa direction artistique. On comprend très rapidement les intentions de Westside Gunn qui occupe à cette occasion le rôle de producteur exécutif. L’objectif principal ne semble pas particulièrement d’introduire Armani au public mais plutôt d’intégrer la rappeuse à l’univers Griselda. Pour ce faire, la tape regorge de beats bien sales typiques du rap de Buffalo, c’est notamment le cas sur les titres « Countdown » , « THE LIZ » et « Gucci Casket » . En plus de ces ambiances très darks, on retrouve également des samples respirant le luxury rap à l’image du morceau « Ginger Rothstein » . La métamorphose va bien plus loin puisque dès les premiers sons, la rappeuse de Buffalo nous balance pléthores d’ad-libs « griseldesques » . Cerise sur le gâteau, on a même le droit à un extrait de catch samplé pour faire la transition entre deux tracks. Ceux qui espéraient l’arrivée d’une toute nouvelle identité dans l’écurie Griselda seront probablement déçus néanmoins on ne peut qu’affirmer la totale réussite de cette reconversion dirigée par le grand WSG.

Maintenant parlons du plus important : le flow. Tournons court au suspense, le résultat se révèle être là encore assez séduisant. Dès le premier titre du projet, « Countdown » , Armani nous montre son aisance à découper des productions lugubres sans forcer. Et c’est encore plus beau lorsque c’est accompagné par un sample du légendaire Redman sur le refrain. Avec la first lady de Griselda, pas de cris, pas de fast flow ou autres pratiques flashy. La rappeuse se montre vraiment sereine dans son delivery, varie les cadences telle une vétérante, se fond habilement dans les prods…

Le plus bluffant demeure très certainement sa forte faculté d’adaptation. Comme dit précédemment, elle se montre excellente sur les ambiances classiques de Buffalo mais elle nous prouve bien d’autres choses tout le long du projet. Sur « Mac 10s for Everybody » , on la voit briller sur un beat beaucoup moins agressif qui va chercher davantage dans la nostalgie, la prestation d’Armani se retrouve alors au premier plan avec le refrain chantonné de Westside Gunn. Dans la situation inverse, elle ne faiblit pas non plus. L’artiste de Buffalo casse tout sur son passage dans le banger « Drill a RaMA » , titre le plus agressif de l’album, avec des basses surpuissantes et un Benny on fire. Petit clin d’œil sympathique à son ancien univers musical sur « Yum Yum » , un morceau taillé pour les strip clubs qui nous permet de mesurer encore un peu plus la formidable évolution de la dame à travers cette tape. Enfin, Armani Caesar m’a franchement scotché avec l’excellent « Palm Angels » , un titre bien différent des autres qui se voudrait presque lo-fi dans son approche. L’adaptation de la rappeuse est une fois de plus pertinente en se laissant tout simplement porter par la production et son sample savoureux avec un soupçon de nonchalance fort appréciable.

Lyricalement, Armani a encore une bonne marge de progression. Bien qu’on sait qu’il ne s’agit pas forcément du point sur lequel Westside Gunn porte le plus d’intérêt, sa nouvelle protégée lâche quelques phases assez intéressantes. On observe notamment pas mal de phases d’egotrip (on se demande bien de qui ça peut venir…) et de déclarations revanchardes au sujet des personnes qu’elle a pu côtoyer durant son passé dans les strip clubs.

Shoutout to the bitches who hate me but still dance (Ha)

Get it how you live, keep fuckin’ that old man (Ah-hahaha)

Armani Caesar – THE LIZ

Armani définit clairement durant la totalité du projet sa signature chez Griselda Records comme LA réussite quasi définitive de sa carrière, elle sous-entend un passage dans une autre dimension, preuve une fois de plus de la belle évolution du label. Pas particulièrement de storytelling dans les couplets de la rappeuse, on observe surtout un bon nombre de S/O et de balles perdues entre trois/quatre phases d’egotrip. J’ai relevé quelques références assez subtiles qui font franchement plaisir en tant qu’amateur de rap new-yorkais, notamment celle au classique premier couplet de Method Man, datant de 1994, sur le morceau « All I Need » issu de l’album « Tical » .

Now we livin’ in the ever lap of luxury (Luxury)

I’m realizin’ that you didn’t have to fuck with me (Uh-huh)

But you did, now I’m goin’ all out, kid (Uh-huh)

And I got mad love to give, you my motherfuckin’ n***a (Woo)

You my motherfuckin’ n***a

Armani Caesar – Palm Angels

Une nouvelle carrière s’offre désormais très clairement à Armani Caesar. Avec « THE LIZ » , la rappeuse bascule vers un tout autre univers avec succès. On ne peut que saluer le travail de Westside Gunn qui, une fois de plus, excelle dans le rôle de producteur exécutif, on lui devait déjà des classiques à l’image de l’immense « Tana Talk 3 » de Benny The Butcher. On espère néanmoins entendre un peu plus l’identité musicale d’Armani sur les prochains projets même s’il est tout à fait compréhensible que le premier projet sonne avant tout Griselda pour sa grande première sur le label. Ainsi, le crew de Buffalo continue de s’agrandir de manière très intelligente avec des artistes nous garantissant des contenus qualitatifs sur les prochaines années. Griselda Records pourrait bien devenir un empire si le modèle d’expansion venait à se poursuivre et on peut déjà dire que Armani Caesar pourrait faire figure d’une grande first lady.

Note : 3.5 sur 5.

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