Damso – QALF

Dernier album ou peut-être pas, la vie nous le dira.

William, Lithopédion (2018)

C’est sur une note fataliste que se terminait Lithopédion, l’avant-dernier album de Damso qui laissait présager cet opus ferait office de conclusion à sa carrière. Une fin qui aurait mis un terme à une ascension fulgurante longue de cinq ans. Alors qu’il gagnait en popularité à chaque sortie de projets, Damso divisait cependant de plus en plus la critique. Certains lui reprochaient en effet de perdre le charme de ce qui avait forgé son ADN sur Salle d’attente (2014) et Batterie Faible (2016), de devenir trop cérébral… Le public attendait donc d’un potentiel retour du Belge qu’il ressuscite cet esprit pour les conforter à la fois dans leur immense nostalgie. C’est ainsi que tous leurs espoirs étaient ainsi placés dans QALF (« Qui Aime Like Follow » »), le quatrième album studio du natif de Kinshasa.

C’est en septembre 2020, au terme d’une promotion mystérieuse dont il a le secret, que l’enfant prodige est enfin revenu au centre de l’actualité en nous livrant cette oeuvre ô combien attendue pour laquelle nous présentions un accueil des plus chaleureux. Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous nous sommes rendus compte qu’à peine quelques heures après sa sortie, QALF catalysait une myriade d’avis négatifs sur les réseaux sociaux. Pourtant, on observe une semaine un revirement de situation en constatant qu’il commence à être de plus en plus apprécié, et ce à juste titre. Damso n’est certes pas revenu à la source avec QALF, mais il a transformé sa recette pour nous offrir un projet à contre-courant de ce que proposent les autres têtes d’affiche du rap francophone.

Damso n’a jamais caché son désir de s’ouvrir à d’autres horizons musicaux, ce qui se ressent fortement lorsque l’on écoute QALF. On passe ainsi de la synthwave à la variété avant d’embrayer vers de la rumba congolaise… Il reste néanmoins des résidus de l' »ancien » Damso tels que Rose Marthe’s Love, BXL ZOO ou encore Pour l’argent, des morceaux que l’on aurait très bien pu trouver sur ses précédents albums. Toutefois, cette concaténation d’ambiances bien distinctes se fait sans artifices. A chaque fois que Dems s’essaie à un nouveau genre, il le fait en y greffant son univers artistique. De fait, il n’inscrit pas cet éclectisme dans une démarche hypocrite qui aurait pour finalité de cacher une médiocrité à l’image d’autres rappeurs.

Ce virage artistique est pris non sans une simplification du style de Damso. On sent effectivement que son écriture est bien moins sophistiquée qu’auparavant : moins d’analogies marquantes, de lines à rallonge… Les concepts alambiqués se font également plus discrets, et il en va de même pour le rap « technique » auxquels il nous avait habitués ces deux dernières années en featurings (Rêves bizarres, Tricheur,…). Pourtant, ça ne porte absolument pas préjudice à l’album. Il laisse plus parler sa musique et ses états d’âme en cessant de nous asphyxier sous des textes et des flows complexes. En étant moins cérébral, Damso réussit à nous transmettre des émotions avec brio.

En s’accordant plus de flexibilité, Damso a pu nous offrir beaucoup de moments magiques sur QALF. On ne l’avait jamais entendu aussi vulnérable que sur le somptueux Deux Toiles de Mort dont la deuxième transcendera quiconque l’écoutera. Que dire sur Fais ça bien, une merveille de la rumba congolaise en feat avec la légende Fally Ipupa sur lequel il rend hommage de la plus belle des manières à son pays d’origine. La partie turn up de l’oeuvre regorge également de pépites telles que D’ja roulé et ses basses saturées enivrantes, mais surtout BXL ZOO en collaboration avec le prodigieux Hamza. Je n’ose imaginer qu’elle aurait été ma réaction si les featurings de l’album avaient été caché et que j’avais découvert la présence du SauceGod sur l’interlude THEVIE RADIO qui introduit à la perfection cette masterclass 100 % Bruxelles.

QALF n’est pas l’album de Damso que le public attendait, et c’est tant mieux. Certes, le disque n’est pas exempt de défaut. On peut par exemple critiquer certains morceaux dispensables (Pour l’argent) ou regretter que l’ensemble du projet ne soit pas au niveau de maestria des sons cités plus haut. Néanmoins, QALF reste dans sa globalité une proposition très plaisante, bien réalisée qui ne mérite absolument pas le bashing qui lui a été réservé lors de sa parution. On attend avec grande impatience son successeur qui, on l’espère, sera au même niveau que cette très belle oeuvre.

Note : 4 sur 5.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s