Conway The Machine – From King To A God

Le rappeur emblématique du label en vogue, Griselda Records, signe son premier album de l’année après avoir déjà offert deux excellents projets cette année avec « LuLu » et « No One Mourns the Wicked » . Après un teasing intense de plusieurs mois et une retouche de dernière minute du LP afin d’inclure des séquences hommages au regretté DJ Shay, le produit est enfin livré. Nouveau cap de passé pour Conway avant la sortie de son très attendu debut project chez Shady Records : « God Don’t Make Mistakes » ?

Depuis de longs mois, le MC de Buffalo a su faire le nécessaire pour nous intriguer durant le processus créatif de FKTAG. Des tracklists ont régulièrement été partagé sur les réseaux sociaux, les premières annonçaient des noms mainstream étonnants lorsqu’on connaît la démarche artistique de Conway : Drake, Lil Wayne, 2 Chainz… Le message semblait assez évident dans un premier temps : passer un palier de popularité très important avant le grand album chez Shady Records. Cependant, le teasing s’est un peu éternisé, les tracklists partagées se sont progressivement affinées tout en devenant de plus en plus cohérente avec l’univers Griselda, cet album prenait en importance, au fil des semaines, dans la carrière de La Machine. Nous avions également eu le droit à un teasing intensif sur le plan des covers. Le rappeur en a partagé une bonne poignée en l’espace de quelques mois sans fournir d’indications concrètes sur le caractère officiel de l’œuvre ou non. C’est un peu de cette manière que nous pourrions résumer cette campagne promotionnelle pour l’album, Conway a partagé de nombreuses choses sur les réseaux, souvent très flashy (covers osés, feat avec Drake…), sans jamais fournir d’indications complémentaires.

C’est finalement le 11 septembre que verra le jour ce tant attendu album. La Machine nous offre finalement un projet de 14 titres avec une liste d’invités remarquable, on retrouve des OGs de ce game tels que Method Man, Havoc ou encore Lloyd Banks, la clique Griselda avec des performances d’Armani Caesar, Benny The Butcher et Westside Gunn ainsi que son entourage plus ou moins proche : Flee Lord, Elcamino, Freddie Gibbs… Le casting des producteurs n’est absolument pas en reste non plus, de grands architectes sont à l’origine des Beats du projet : Alchemist, Daringer, Hit-Boy, DJ Premier, une grosse surprise avec Murda Beatz, Beat Butcha… Le phénomène de Buffalo signait donc, sur le papier, l’un des projets les plus ambitieux de sa carrière avec une volonté clairement affichée de s’ouvrir à de nouvelles vibes.

L’album s’ouvre sur une ambiance très powerful, on distingue un genre de caractère divin parfaitement en cohésion avec le titre du projet. Cette atmosphère est notamment facilitée par l’excellent track de fond issu du célèbre jeu vidéo « the Elder Scrolls IV: Oblivion » . Petit à petit, cette ambiance s’évapore pour laisser place à une entrée explosive de La Machine accompagnée de drums très imposants venant valoriser à merveille son flow aiguisé. Les drums surpuissants restent en place pour le track suivant « Fear of God » , Conway lâche une série de bars à une cadence déconcertante qui s’intensifie parallèlement à la montée progressive en intensité de la production. Ce titre nous offre une fin surprenante avec Def Loaj qui lâche un delivery très différent de ce dont nous avons l’habitude au sein des albums estampillés Griselda Records, une performance qui divise déjà parmi les premiers avis sur le projet.

Après cette entrée explosive, retour aux vibes darks et sales de Griselda. Un style dans lequel Conway a toujours brillé depuis ses débuts. Le rappeur de Buffalo coopère parfaitement avec le légendaire Method Man sur le morceau « Lemon » . Cette ambiance hostile, ayant le don de nous plonger en un instant dans les ruelles les plus sombres de Buffalo, revient à travers plusieurs titres de l’album. C’est par exemple le cas sur le très bon « Spurs 3 » , titre réalisé en famille avec les présences de Benny & Westside Gunn, et sa production aux allures abstrasct/mystiques. Le morceau « Jesus Khrysis » nous emmène également dans l’univers que The Machine affectionne tant. Bien qu’il y ait une réelle ambition de s’ouvrir davantage sur les sonorités proposés, le MC s’est assuré de garder une part importante de son identité sur cet album. Une proportion jugée insuffisante pour certains fans, idéale pour d’autres…

L’intérêt principal de « From King To A God » réside dans cette fameuse exploration de nouvelles vibes qu’exécute Conway sur toute la longueur du projet. À cet effet, le pari le plus osé demeure très certainement cette collaboration, plus que surprenante sur le papier, avec le célèbre producteur Murda Beatz sur le son « Anza » . Le résultat s’avère tout aussi surprenant avec une production très catchy orienté trap sur laquelle La Machine s’exécute de fort belle manière avec un travail d’adaptation remarquable. Cerise sur le gâteau avec une Armani Caesar qui vient une fois de plus montrer son aisance au mic. Mais l’expérimentation du rappeur de Buffalo ne s’arrête pas simplement au rythme imposé par la production, le hit de l’album « Seen Everything But Jesus » vient nous mettre une bonne baffe avec un Conway qui chantonne sur le refrain… Et c’est diablement efficace. La mélodie parvient rapidement à nous emporter tout en prenant le soin de venir se figer en un instant dans nos têtes. Pour revenir sur les productions particulièrement originales de l’album, très grosse mention pour l’excellent « Forever Droppin Tears » , missile confirmé dès la première écoute. Une merveille de production brumeuse à l’aspect déconstruit entrainant la sensation d’entendre Conway littéralement flotter sur le beat durant son delivery. Comme souvent, le rappeur de Buffalo Elcamino démontre sa belle complémentarité avec ses homies de Griselda.

Certains morceaux moins exotiques dans leurs styles viennent malgré tout offrir un renouveau dans la musique de Conway. Je pense notamment à « Dough & Damani » , track sublimé par la succulente production, signée Alchemist, pleine de nostalgie et parfaite pour venir apaiser notre esprit. La Machine temporise parfaitement sur ce beat avec un rythme totalement maitrisé afin de faire raisonner au mieux chaque line. Mais le morceau prend une toute autre tournure par la suite en basculant soudainement vers une ambiance lugubre typique Griselda accompagnée d’un sample venant habilement se fondre dans le décor. Bien évidemment, le travail réalisé par Havoc sur le morceau « Juvenile Hell » était également très attendu. Là encore, pas de déception, une collaboration déjà mémorable sur un beat se voulant assez alarmiste/inquiétant en faisant monter la pression. Conway débarque avec une intensité redoutable avant de laisser la main à ses invités de marque, Lloyd Banks reste fidèle à son flow iconique tandis que Flee Lord s’en tire à merveille au milieu de tous ces nom prestigieux, le rappeur montre qu’il faut désormais obligatoirement l’inclure dans la discussion lorsqu’on évoque le rap de NY. Enfin, l’aspect très mélodieux orchestré par le grand Dj Premier sur l’outro m’a relativement séduit. Le track remplit parfaitement son rôle de conclusion du projet et permet à The Machine d’achever fièrement son oeuvre.

À travers ses lyrics, Conway insiste sur un certain nombre de sujets tout au long de l’album. Dès le début du projet, le rappeur laisse, comme à son habitude, parler sa fierté et son égo. Il rappelle ô combien chacune de ses performances sont mémorables et qu’il est inutile de chercher la comparaison avec d’autres rappeurs qui seraient, selon lui, incapable de tenir la cadence.

Take one hit of this pressure, I’m feelin’ faded

So many verses of the year that I’ve written, I’m feelin’ jaded

Conway – From King

These verses is exercise, lately, I’m feelin’ like I’m the best alive (Hah)

And this my first album, I just arrived (Cap)

Conway – Fear of God

Il n’hésite pas à même aller plus loin en se mettant au même niveau que certaines des plus grandes légendes de ce game. Avec ce procédé, il insiste encore un peu plus sur sa prétendu supériorité, on pourrait presque évoquer une volonté de se donner un caractère divin, une position entièrement assumée par La Machine.

I’m really JAY-Z, n***a, I’m really BIG (Talk to ’em)

I see their lists and I personally get offended (Huh)

‘Cause every single verse is a verse of the year contender (Woo)

Conway – Dough & Damani

Et même lorsque Conway ne se jette pas des fleurs, ce sont les guests de l’album qui s’en chargent. Séquence émotion notamment dans le premier skit avec les confessions du regretté DJ Shay à propos du rappeur de Griselda. Inclure cette légende de Buffalo dans l’album était une obligation, son tragique décès des suites du Covid-19 est encore aujourd’hui un violent traumatisme pour toute la scène hip-hop de Buffalo. Shay a toujours occupé un rôle de grand frère pour cette scène et fut surtout un élément clé de son succès.

That Conway’s one of the greatest lyricists that I’ve, that I’ve, that I’ve heard, like, period

He’s, he’s one of the top lyricists from industry, where, wherever

In the world if you ask me, like honestly, and that’s my opinion

DJ Shay – Words from Shay

The Machine n’oublie pas sa clique et revient dessus dans plusieurs morceaux de différentes manières. Il revient, par exemple, sur les débuts du label tout en soulignant également l’importance qu’a pris aujourd’hui Griselda en parlant du crew comme une inspiration majeure pour beaucoup d’autres rappeurs. Après avoir réclamé le trône en tant qu’artiste solo, Conway scande l’impact phénoménal de Griselda Records sur le rap game depuis maintenant quelques années.

Griselda, bitch, we the inspiration (Huh)

You can see me and Gunn influencin’ all the music these n****s makin’

Ask B Dot and Elliot, they will tell you yes (Go and ask ’em, nigga)

Ask my n***a Mal and Joe Budden, they can tell you best (Uh-huh)

Ask the homie Wayno and ’em, they’ll confess

Lotta albums are suddenly startin’ to feel a lil’ more Griselda-esque (Ha)

Talk to Ebro, ask Sway in the Morning

About the impact of this movement, sure, they’ll say it’s enormous

Conway – Spurs 3

Conway aborde également des sujets d’actualité cruciaux. Avec « Front Lines » , il signe un des morceaux les plus importants de sa carrière en s’exprimant sur le sujet des violences policières qui ont secoué tout le pays. Le rappeur de Buffalo a lui même été victime de bavures par le passé et se montre donc très engagé par le biais de ce morceau poignant. En écoutant ce titre, c’est le cris de révolte d’un homme, définitivement agacé par cette situation pesante, que l’on entend. La Machine sort un instant de ses textes d’egotrip/cokerap/introspectifs pour sensibiliser ses auditeurs sur une véritable situation d’urgence.

I just seen a video on the news I couldn’t believe (Nah)

Another racist cop kill a n***a and get to leave (Again?)

He screamin’, « I can’t breathe », cop ignorin’ all his pleas

Hands in his pocket, leanin’ on his neck with his knees (Psh)

Cracker invent the laws, that’s why the system is flawed

Conway – Front Lines

Cops killin’ black people on camera and don’t get charged

We ain’t takin’ no more, we ain’t just pressin’ record

Can’t watch you kill my brother, you gon’ have to kill us all (Bu-bu-bu-bu-bu-bu-boom)

Just ’cause he from the ghetto, that don’t mean he sellin’ crack

He drivin’ home from work, you pull him over ’cause he black

Think he gangbangin’ ’cause he got dreads and a few tats

Conway – Front Lines

Bien heureusement, les changements drastiques de sonorité n’impliquent pas une disparition du coke/gangsta rap de Conway qui continue à exposer régulièrement sa street credibility aux auditeurs. L’authenticité a toujours été une valeur prioritaire au sein de l’écurie Griselda, bien qu’il soit évident que La Machine parte à la recherche d’un public plus important avec cet album, hors de question pour lui de vendre sa personnalité pour devenir plus « friendly » .

Straight from dealership, not from the auction with the low prices (Hah)

A long way from sellin’ white and runnin’ from the polices (Uh)

Conway – Lemon

I told the bro, « Wear your gloves and cover your face with mask » (« For what? »)

« Not for COVID-19, shit, you got H to bag » (Ha)

Conway – Dough & Damani

Un dernier sujet qui revient énormément tout au long de FKATG se révèle être les traumatismes du passé. Conway rend un nombre assez important d’hommages à travers ses couplets et partage sans filtre sa peine. La Machine s’est toujours montré sincère sur ses émotions, hors de question pour lui de jouer les faux dépressifs. Le rappeur de Buffalo a déjà avoué avoir pleuré plusieurs fois lors des enregistrements de certains de ses morceaux les plus poignants à l’image du légendaire feat avec Westside Gunn « The Cow » . On peut donc facilement supposer que Conway a enregistré plus d’un morceau de cet album le cœur serré étant donné la manière dont il se livre sur ce projet. Forcément, on observe une dominante DJ Shay dans les hommages du projet, timing malheureux oblige. Avec ce LP, The Machine nous offre un contraste très intéressant entre ses phases très insistantes d’egotrip et une certaine tendance à s’ouvrir sur ses faiblesses et peines venant un peu plus humaniser le personnage.

Lil Lotto got shot, Mikey B got shot (Psh)

Lou and Jojo got shot, ChineGun got shot (Rest in peace, niggas)

I start my verse sayin’ they names to show we haven’t forgot (Uh-huh)

I’m reminiscin’ about my niggas, I miss them a lot (We ain’t forgot you niggas)

Conway – Seen Everything But Jesus

And Shay, I miss you, my n***a (I miss you, king), uh

I’ll never let ’em forget you, my n***a (DJ Shay forever)

My heart is broken in a million pieces, that’s why I’m rappin’ these words now

Cryin’ tears in this tissue, my nigga

This shit got me hurtin’ bad

Way worse, this shit worse than bad (I’m crushed), the whole city sad

Conway – Forever Droppin Tears

Rest in peace Guru

Rest in peace Prodigy

Rest in peace ChineGun

Keepin’ it raw (Rest in peace DJ Shay)

Conway – Nothin Less

Avec « From King To A God » , Conway fait plus que confirmer son formidable run en cours sur l’année 2020. Il signe l’album le plus diversifié de sa carrière avec des vrais paris assumés. Bien que nous sentons forcément le rappeur un peu moins à son aise sur certains styles, La Machine parvient à maintenir une régularité indéniable tout le long du projet. En réunissant autant de gros noms issus de différentes générations, le MC de Buffalo nous offre son album le plus flashy sur le papier pour un résultat de très bonne qualité. Maintenant, place à la dernière étape de son immense run 2020 : son premier album chez Shady Record « God Don’t Make Mistakes » . En attendant, on se lassera difficilement de cet excellent projet qu’est FKTAG.

Note : 4 sur 5.

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