Big Sean – Detroit 2

Après trois longues années de pause, le rappeur de Detroit fait enfin son grand retour de manière osée avec la suite du projet emblématique de sa carrière : « Detroit » . Un album déjà teasé depuis de longs mois. Pari payant pour Big Sean ?

On avait laissé Big Sean en 2017 dans une dynamique relativement mauvaise. Sa carrière prenait une tournure assez compliquée avec les sortie d’albums médiocres. Trop souvent moqué sur les réseaux, le rappeur a pourtant toujours laissé entrevoir de très sérieuses qualités au micro. Cette pause de trois ans était néanmoins la bienvenue, on commençait vraiment à sentir l’artiste de Detroit en panne d’inspiration. Offrir une suite à son projet le plus emblématique s’avérait probablement la solution la plus efficace pour générer une certaine hype après une longue absence. Cependant, comme toujours avec ce type de moves, l’appréhension se faisait sentir, on pouvait légitimement craindre une suite indigne de la plus belle oeuvre de Sean. On pouvait déjà néanmoins accorder à l’artiste sa grande patience pour préparer cet album qui avait pour mission de redonner un coup de boost à sa carrière.

Sur le papier, Big Sean envoie du très lourd pour ce grand comeback. On retrouve de sacrés noms parmi les guests du projet : Nipsey Hussle, Post Malone, Ty Dolla $ign, Jhené Aiko, Anderson .Paak, Wale, Young Thug, Travis Scott, Lil Wayne… Et surtout un casting hallucinant pour le son censé représenter le hip-hop de Detroit « Friday Night Cypher » : Eminem, Tee Grizzley, Sada Baby, Boldy James, Royce, 42 Dugg… Une collaboration potentiellement folle qui n’avait pas manqué de mettre le feu aux réseaux lors de son annonce. Malheureusement, malgré son casting cinq étoiles, le titre ne tient pas réellement ses promesses. Certains couplets ne sont pas dénués d’intérêt, loin de là, mais le résultat est assez bordélique, des changements de production un peu brut, un manque criant de cohésion… On retiendra tout de même le choix d’Eminem de passer en dernier histoire d’envoyer un message à certains de ses détracteurs présents sur le morceau.

L’album s’ouvre sur une intro pleine d’énergie, Big Sean s’adresse d’entrée à ses « haters » en faisant savoir qu’il n’est pas prêt de s’arrêter. Le rappeur se présente avec un esprit revanchard.

And they want me to stop but why would I stop?

Huh? I am unstoppable

Hold up, why would I stop?

Bitch, why would I stop?

Chill (Chill), chill

I don’t jump, I dive in it

Hold up, hold up, hold up

This the reason I’m alive, ain’t it?

À travers ce projet, Sean se montre plus introspectif que jamais. C’est notamment le cas sur « Lucky Me » , titre dans lequel le rappeur se confie comme rarement. On le voit également revenir sur son passé, aussi bien sur le plan artistique que humain, dans des morceaux avec une belle dose de mélancolie tels que « Everything That’s Missing » ou encore « Full Circle » . Avec cette approche musicale plus mature, Sean semble avoir profité de son break pour pousser un peu plus loin ses réflexions vis-à-vis de lui même. Bien qu’on retrouve toujours par séquences certaines phases particulièrement corny qu’on pourrait qualifier de « développement personnel type quote » , ses lyrics se révèlent, dans l’immense majorité des cas, assez intéressants.

Man, lucky me

I was diagnosed with a heart disease at 19

Could barely stand on my feet

Doctors said they had to cut it open, put a pacemaker on it to put it back on beat

Big Sean – Lucky Me

La production est aisément un des points forts de l’album. On retrouve un Hit-Boy bien inspiré sur une grosse partie du projet. L’iconique producer propose des beats particulièrement explosifs à l’image du feat avec Thugga, « Respect It », ou de la collab (un peu trop neutre) avec Travis Scott, « Lithuania » , mais il nous offre également des vibes un peu plus mélodieuses comme c’est notamment le cas sur le très fun « Guard Your Heart » . Sa performance la plus frappante demeure sa prod sur l’excellent feat avec Nipsey qui donne une résonance encore plus forte aux phases de la « street legend » californienne.

Fuck rap, I’m a street legend, block love me with a deep reverence

I was birthed in a C-section

Hella cops and police presence

We got opps so we keep weapons

Nipsey Hussle – Deep Reverence

Au delà de Hit-Boy, le casting des producteurs n’est absolument pas en reste. No I.D. nous fait l’honneur de sa présence par deux fois sur les titres « ZTFO » & « The Baddest » . On retiendra également la présence du grand Boi-1da sur le track « FEED » ainsi que les belles performances du producer KeY Wane, notamment sur les morceaux un peu plus posés. Enfin, on oublie évidemment pas l’efficacité, toujours intacte, de Mike WiLL Made-It sur le banger, plein de nostalgie, « Harder Than My Demons » .

Big Sean collabore par deux fois avec sa moitié sur le projet, le couple redonne même vie au duo « TWENTY88 » . Le rappeur de Detroit & Jhené nous plongent dans l’intimité de leur relation ainsi que les difficultés qu’ils ont pu traverser. Bien que leurs feats tombent assez rapidement dans la répétition, le résultat demeure particulièrement catchy. Sean poursuit ainsi sa démarche introspective que l’on retrouve tout le long de l’album.

Une fois de plus, un des points forts de Big Sean réside dans son aisance à varier les flow sur chaque titre. Ses séquences de fast flow restent bien souvent ennuyeuses, mais il n’y pas à dire, le rappeur sait mettre de l’énergie quand il faut tout comme il parvient à temporiser judicieusement quand le beat le permet. Il parvient également à alterner de manière pertinente entre nonchalance et agressivité, un atout qui lui permet de poser habilement sur des beats variés.

Malgré ses défauts, l’album remplit son rôle principal : rendre hommage à Detroit. En plus d’avoir réunit la crème du rap de Detroit sur « Friday Night Cypher » , Big Sean a invité de grandes personnalités telles que Dave Chappelle, Erykah Badu ou encore Stevie Wonder sur des skits afin d’évoquer leurs rapports avec Motor City. Mention spéciale au speech de l’humoriste pour son anecdote croustillante sur sa rencontre avec l’iconique Danny Brown. Avec ces séquences cohérentes, Sean a réussi à combiner à la fois des hits à vocation purement mainstream, à l’image du feat assez sympa avec Post Malone « Wolves » , ainsi que des hommages forts pour sa ville.

Concrètement, Big Sean a pleinement réussi son retour. Après avoir traversé une période compliquée musicalement, le rappeur a su se ressourcer durant son break. « Detroit 2 » semble avoir de nombreux arguments pour prétendre au statut de meilleur album au sein de sa discographie. Offrir une suite à son projet emblématique est toujours un pari risqué, Sean n’a pas tremblé et propose avec cet album une suite plus qu’honorable à sa célèbre mixtape. On espère désormais qu’il saura prendre son temps par la suite afin de poursuivre sur cette belle dynamique, le MC de Detroit semble enfin en mesure de pouvoir exploiter efficacement son talent au mic.

Note : 3 sur 5.

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