TAYLOR SWIFT – FOLKLORE

Difficile de trouver une pop star plus clivante que Taylor Swift. Alors qu’elle bat à chaque album un nouveau record de vente, elle ne cesse pourtant d’être au centre de débats mouvementés qui questionnent la qualité de sa musique. On retrouve d’un côté les swifties, nom donné à sa gigantesque fan base, qui combattent fermement les détracteurs de la chanteuse, très souvent prise pour cible par de violentes attaques.

C’est en raison de cette manière de déchainer les passions que j’ai commencé à écouter la discographie de Taylor Swift…et de constater que je me rangeais plutôt du côté de ceux qui ne l’affectionnent guère. En effet, j’ai toujours trouvé ses albums passables, la faute à une direction artistique douteuse et à une durée trop longue pour me tenir en haleine (Lover). Cependant, je dois reconnaître qu’elle possède une certaine science du hit en composant des singles bien écrits et calibrés pour s’ancrer dans nos cerveaux. De fait, je me retrouve « piégé » dans la spirale suivante : Taylor sort un single que j’aime bien, qui attise suffisamment ma curiosité pour que j’écoute son prochain LP… qui ne me satisfait pas.

Ainsi, j’ai décidé de lancer son dernier né intitulé folklore qui a immédiatement capté mon attention pour plusieurs raisons. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un projet de folk et ayant apprécié beaucoup d’albums dans ce style en 2020 (Punisher, Song For Our Daughter), il me paraissait naturel de lui prêter une oreille attentive. En outre, folklore a été enregistré dans le secret le plus total lors de la pandémie du covid-19, Taylor ayant déclaré que le confinement l’avait beaucoup inspirée pour cet album. Autant de raisons qui m’ont donc conduit à redonner une chance à celle que l’on aime taquiner. Contre toute attente, folklore s’est immédiatement imposé comme une énorme surprise à côté de laquelle il serait dommage de passer.

La première chose qui frappe quand on lance folklore est la manière dont Taylor appréhende ses prestations vocales. Bien qu’elle sache indéniablement bien chanter, j’ai souvent trouvé qu’elle manquait de subtilité pour communiquer des émotions, ce qui a été corrigé sur cet album. Effectivement, elle nous y livre de belles performances en dosant savamment sa puissance pour décupler la passion qu’elle cherche à nous transmettre. En perdant en artifices, l’artiste gagne en authenticité et nous offre d’excellents morceaux, à la fois touchants et grisants, à l’image du sublime mirrorball.

L’impression d’avoir affaire avec une nouvelle Taylor se confirme également quand on se penche sur les productions de l’album. En grande partie orchestrées par Jack Antonoff et Aaron Dessner (du groupe The National), elles ne cherchent jamais à faire dans les trop-pleins d’effets qui ont tendance à parasiter les beats de nombreuses oeuvres pop « grand public ». Au contraire, elles créent une ambiance intimiste qui se marie à la perfection avec le chant de l’artiste. La palme d’or de l’album revient sans aucun doute à exile, en featuring avec Bon Iver. L’échange bouleversant entre Taylor et Justin Vernon est sublimé par une production magnifique, autant de choses fascinantes qui en font un des meilleurs morceaux de 2020.

L’écriture a constamment été le point fort des albums de Taylor Swift et folklore ne déroge pas à cette règle. Les textes sont très intéressants, que ce soit dans leur forme ou dans leur fond. Effectivement, ils sont toujours très imagés : il suffit d’entendre Taylor les chanter pour se représenter parfaitement ce qu’elle nous décrit.

Make sure nobody sees you leave

Hood over your head, keep your eyes down

Tell your friends you’re out for a run

You’ll be flushed when you return

Take the road less traveled by

Tell yourself you can always stop

What started in beautiful rooms

Ends with meetings in parking lots

illicit affairs

De plus, elle parvient à rester claire tout en laissant une place à l’interprétation qu’en aura l’auditeur. À ce titre, il est amusant de lire les théories de ses fans sur les lyrics de l’album : https://www.latimes.com/entertainment-arts/music/story/2020-07-24/taylor-swift-folklore-top-10-fan-theories#:~:text=The%20sad%20songs%20often%20address,with%20longtime%20boyfriend%20Joe%20Alwyn.

Impossible de ne pas s’arrêter sur le texte fascinant de the last great american dinasty. Ce dernier se présente comme une analogie entre la vie de Taylor et celle de Rebekah Harkness, une célèbre mécène américaine du XXe siècle ayant habité dans la maison où vit aujourd’hui la créatrice de folklore. En dressant un tel parallèle, elle met en exergue les attaques injustes dont elles ont été les cibles lors de deux périodes différentes afin de montrer que la misogynie persiste encore dans notre société.

Jamais je ne me serai attendu à autant apprécier folklore. En l’espace d’un an, Taylor Swift s’est métamorphosée en une nouvelle artiste et nous livre un album qui réussit tout ce qu’il entreprend. Bien qu’il soit plutôt long (1 h 3), folklore ne nous ennuie presque jamais et parvient à nous surprendre du début à la fin. En plus d’être excellent, ce projet nous donne une véritable de leçon de morale : ne jamais se complaire dans les clichés que l’on peut avoir sur quelqu’un et chercher en permanence à les défaire. À moins d’être hermétique au folk, il serait vraiment dommage de se priver de l’écouter en restant sur l’impression que la chanteuse vous avait laissé par le passé.

Note : 4 sur 5.

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