Juelz Santana, icône d’une génération

À l’occasion de sa sortie de prison, retour sur la carrière et la vie d’une véritable icône, pour une génération entière. qui aurait du être encore bien plus grande.

Juelz Santana, de son vrai nom LaRon Louis james, nait le 18 février 1982 à Harlem, New York. Il écrit ses premiers textes à l’adolescence, inspiré par des artistes à l’image de Rakim, Big L ou encore Big Daddy Kane. Il commence à prendre le rap au sérieux quand l’un de ses amis d’enfance, Malik, commence à signer ses premiers deal, il perçoit alors la musique comme une issue possible à la vie du hood dans laquelle il est impliqué à plein temps depuis l’adolescence.

Il forme avec Malik le duo Draft Pick à ses 15 ans. C’est à cette période qu’il réalise son premier deal, avec Priority Records, sous label appartenant à Universal. Le groupe sortira un seul single sur ce label: « Play Ruff » en feat avec Memphis Bleek et Tracey Lee.

Dés 98, il rejoint officieusement les Diplomats après que Cam l’ait invité à son studio à l’issue d’un freestyle à son spot de Harlem (le cousin de Juelz est l’un des amis les plus proches de Cam’ron, c’est lui qui insistera auprès de Cam’ron pour que Juelz rejoigne les Diplomats). Cam’ron est bluffé par le freestyle de Juelz, il l’emmènera au studio très vite après. Le jeune phénomène rejoint officiellement les Diplomats alors qu’il n’a que 20 ans. Étant le membre le plus jeune des Dipset, sa marge de progression est considérable par rapport à Cam’ron notamment, qui a déjà à son actif deux albums (Confessions of Fire et SDE) parallèlement à ses apparitions au sein du groupe Children of the Corn.

Le public découvre véritablement Juelz Santana pour la première fois sur SDE (Sports Drugs Entertainement), le deuxième album de Cam’ron, sorti en 2000. On le retrouve sur Double Up et All the Chickens. Son écriture est déjà bien incisive, très imagée, ses rimes complexes et imprévisibles, et ses placements à la fois techniques et inattendus : « Rob your n****, leave you with a open liver/I’m the reason why it’s gonna get cold this winter » . Son flow agressif et sa vive énergie séduisent vite tant la critique que le public, et ce en particulier à la première sortie studio du groupe (Diplomatic Immunity 1 en 2002), sur lequel il s’illustre brillamment avec des sons qui deviendront parmi les plus gros succès du groupe (Dipset Anthem, Who I Am, Hey Ma Remix, ..).

Difficile de trouver plus provocatrice que l’écriture de Juelz, que ce soit sa phase « Young Muhammad Atta, no plane lessons » au freestyle Rap City en 2003 (moins de deux ans après les attentats du 11 septembre), sa line sur Round Here où il revient sur le vol de la chaîne de Carmelo lors du All Star Game, ses métaphores culinaires toujours bien senties, ou bien ses références permanentes à la cocaine, le new-yorkais est loin d’être lisse dans ses propos.

Jose or Hector Camacho/tech blows and watch yo’/chest close and tacos

En 2002, il est nominé aux Grammys dans la catégorie de la meilleure performance rap en groupe pour sa perf sur Oh Boy, il sera également nominé dans la même catégorie l’année suivante pour le désormais classique Dipset (Santana’s Town), premier extrait de son album à venir. A cette période, Juelz Santana occupe tout l’espace, tout le monde veut arborer des cuirs aussi extravagants que les siens, il enchaîne les freestyles incroyables sur les mixtapes Diplomats, ses adlibs légendaire (Yeah Yeah, Okay !, It’s Santana man !, Human Crack in the flesh) ainsi que son positionnement millimétré du bandana (toujours légèrement incliné sur le côté) marquent clairement toute une génération.

Ses multiples apparitions sur les 5 volets des mixtapes Diplomats (toutes sorties entre 2002 et 2003 !) continueront d’assoir sa popularité, notamment grâce à des morceaux comme Santana the Great, Come home with me, You Gonna love Me ou encore I’m Ready. En 2003, il sort son premier album « From Me to U » , distribué par Roc-A-Fella. L’album est aujourd’hui considéré comme un classique du rap new-yorkais, les invités présents sont essentiellement des membres/affiliés des Diplomats (Cam’ron, Jim Jones, JR Writer et Freekey Zeekey) à l’exception de T.I. Le projet regorge de bangers : Monster Music, Okay okay, Dipset (Santana’s Town).. From Me to U suit une esthétique similaire à ce qu’il peut sortir avec Dipset : des samples connus de tous, aux voies pitchées, un delivery cru et acerbe relatant sa vie de hustler à Harlem, le tout empreint de son insolence habituelle.

A young Muhammad Atta, no plane lessons, cocaine lessons, just a plot of towers 

L’année suivante, Juelz s’illustre une fois de plus sur le second volet de Diplomatic Immunity, on le retrouve sur la quasi totalité du projet sur des classiques comme Take Em to Church (également présent sur Purple Haze), Crunk Muzik ou encore S.A.N.T.A.N.A. Peu de temps après, il jouera parallèlement son premier rôle au cinéma, dans le film State Property 2 réalisé par Dame Dash, aux côtés d’autres têtes d’affiches du rap new-yorkais de la même période : NORE, Ol Dirty Bastard, Cam’Ron…

Il sort à l’été de la même année le premier volet de sa série de mixtapes Back Like Cooked Crack, puis son second album « What the Game’s Been missing » dans les mois qui suivent. Ce second album studio connaîtra un gros succès commercial en s’écoulant à plus de 140k exemplaires en première semaine, il sera d’ailleurs certifié disque d’or l’année suivante. On y retrouve certains de ses plus gros succès commerciaux : There it go (whistle song ), Mic Check ou encore Clockwork. Son approche dans la conception de ce projet est différente par rapport aux projets sortis précédemment, plus proches du format mixtape. Il a confié avoir enregistré pour l’album plus de 160 morceaux (pour au final n’en retenir que 21 si on ne compte pas l’intro ou il dialogue avec son fils) et avoir beaucoup plus travaillé sur cet album que le précédent.

En 2006, il signe enchaîne avec la sortie de Back Like Cooked Crack 2 et 3. Les Back Like Cooked Crack comptent nombre de ses meilleurs morceaux (Mr Postman, Round Here , Daddy is Home, If this aint gangsta, Mic Check, Damn it feels good..) Cette même année, il est nominé aux Grammys dans la catégorie « Best new artist » ainsi qu’aux MTV Video Music Awards pour son hit « Run It! » en feat avec Chris Brown (le premier réel succès commercial de Breezy, le single restera durant cinq semaines à la première place du Billboard). Juelz Santana a d’ailleurs largement contribué à l’explosion de Chris Brown via Run It et leur seconde collaboration sur Back to the Crib sorti quelques années plus tard. Cette seconde collab était censée annoncer son troisième album baptisé « Born to lose Built to win » qui ne verra malheureusement jamais le jour.

Les mois qui suivent, la scission au sein des Diplomats se fait déjà bien sentir, Jim Jones ayant officiellement annoncé l’année précédente à l’antenne de Hot 97 son beef avec Cam’ron (le Capo avoue notamment lors de cette émission qu’il n’a pas parlé à Cam’Ron depuis un an).

Jim Jones y explique cependant que les divergences les opposant ne les empêcheront pas de continuer à travailler ensemble à nouveau, confiant qu’ils se sont acharnés depuis trop d’années pour mener Dipset au sommet, et qu’il ne tient pas à tout lâcher pour un simple beef. Juelz a toujours gardé contact avec Jim Jones et Cam’Ron, continuant d’enregistrer des morceaux avec l’un et l’autre sans se soucier de leurs différends dans lesquels il n’a jamais été impliqué directement, si ce n’est via son apparition sur scène aux côtés de Fifty (alors en tournée pour son album Curtis) et Jim Jones en 2007 (alors que Cam’Ron est en plein beef avec Fifty), un mouv qui ne lui a d’ailleurs jamais été reproché par Cam’ron à notre connaissance.

Cam’ron quitte donc Def Jam à cette période, c’est ce départ qui amènera Juelz Santana à lancer son groupe Skull Gang ainsi que son propre label du même nom. Le groupe comprend Un Kasa, Starr, John Deep, Riq Rose, Deniro et Richmond Rab. Skull Gang ne tardera pas à sortir sa première mixtape « The Takeover: The New Movement to Move wit  » , 21 morceaux sur des faces b autant actuelles qu’old school, Lil Wayne en unique invité sur « Problems » . Le titre de la tape n’est en aucun cas signe d’une fin définitive des Diplomats, ils tenteront d’ailleurs un retour en 2010 avec le single Salute, un banger dont seul Dipset a le secret. Néanmoins, le collectif tarde à trouver un point d’entente sur la sortie d’un projet qui viendrait concrétiser un véritable retour du groupe new-yorkais, leur comeback tombe donc à l’eau bien qu’ayant suscité un immense engouement chez leurs plus fidèle fans. Le morceau sortira tout de même sur la mixtape Capo Life de Jim sortie la même année.

Revenons en 2008, il est invité cette année là sur Carter 3 aux côtés de Fabolous sur le classique « You aint got nuthin » qui lui vaudra d’être nominé aux Grammys à nouveau. Il s’agit clairement d’un des bangers les plus marquants de cette année là, Juelz découpe la prod d’Alchemist avec la facilité qu’on lui connaît.

Il multiplie les collaborations avec Wayne à cette même période, on le retrouve entre autres sur la mixtape Dedication 2 sur « No Other » et « Welcome to the concrete jungle » . L’alchimie évidente entre les deux artistes donnera d’ailleurs lieu à la préparation d’un projet commun baptisé « Can’t Feel my Face » , un album fantôme qui ne verra malheureusement jamais le jour.

En 2009, Skull Gang sort son album éponyme, Lil Wayne et Jim Jones y sont les seuls invités. Dès l’intro « Takeover » , Juelz maintient les choses au clair : « It’s Dipset for Life, but like in every good book or good story, the page must turns and a new chapter must begins ». On retrouve sur cet album des classiques extraits de la tape précédente du Skull Gang, comme « Problems » avec Weezy ou « Body like a Maserati » renommé simplement « MAZE ».

S’ensuit alors une longue période d’absence pour Juelz Santana, il faudra attendre 2013 pour voir arriver la sortie de sa mixtape « God Will’n » . De nombreuses rumeurs circulent quant à sa longue absence, certains y voient un lien évident avec sa consommation d’opiacés, d’autant plus que des photos de lui où il n’a presque plus de dents circulent à cette période. Il est par ailleurs arrêté en 2011 pour possession d’armes, et de nombreuses accusations pèsent sur lui la même année, ce qui ne facilite pas son retour.

God Will’n marque un retour en beauté de Juelz Santana, la mixtape regorge de bangers (Bodies, Black Out, Nobody Knows, Everything is Good, Awesome…) et les invités sont très nombreux et prestigieux pour l’époque (Wiz Khalifa, Lil Reese, Lil Durk, Future, Meek Mill, Rick Ross, Lil Wayne, Wale…). Juelz s’essaie à des sonorités plus trap ce projet, voir drill dans le cas du feat avec Lil Reese et de celui avec Lil Durk et Jim Jones, un choix artistique qui semble naturel et complètement cohérent avec ses propos, presque précurseurs des lyrics drill caractérisés par leur violence extrême.

Il est invité la même année par Fredo Santana pour la mixtape Fredo Kruger 1, sur le bouillant Rollie On My Wrist.

Me and fredo got your bitch playin’ hot potato/She know we important, she know you so frontin 

Cette collaboration compte énormement aux yeux de Fredo, pour qui Juelz Santana a toujours été une grande inspiration, tant sur le plan musical qu’au niveau du style, comme on peut le voir sur cette photo de lui adolescent. Pour l’anecdote, Fredo et des grands de son quartier avaient baptisé O’Block (leur block) Dipset au début des années 2000.

Juelz se refait discret dans les années qui suivent, il faudra attendre 2016 avant de le voir resurgir, plus affamé que jamais. Il sort plusieurs singles marquants cette année là, notamment Santana Bandana, Old Thang Back aux côtés de Don Q, et l’incroyable Time Ticking en feat avec Bobby Shmurda et Dave East, sûrement l’artiste le plus à même de reprendre le flambeau des Diplomats que ce soit aussi bien pour son écriture et ses rimes complexes que pour ses choix de prods (Araab Muzik et Heatmakerz notamment). Ces singles laissent présager l’arrivée d’un potentiel troisième album, malheureusement le run est de courte durée et aucune suite ne verra le jour.

On le retrouve en 2018 sur « Diplomatic Ties » , dernier projet en date des Diplomats. On retient en particulier l’excellent « Dipset Forever » . Les Diplomats honorent les productions assurées par J Armz, Murda Beatz, Cool N Dre et les Heatmakerz, et le projet vient donc raviver la flamme Dipset

 Don’t matter what it cost boy, I paid the price/Jim was putting on, Zeekey kept it strong/Everything’s forever ’til forever’s gone 

La même année, alors qu’il se trouve à l’aéroport de Newark, des pilules d’oxicodone et un calibre 38 chargé sont retrouvés dans ses valises, il décide alors de prendre la fuite mais laissera ses papiers d’identité à l’aéroport. Il se rendra lui-même aux autorités dans les jours qui suivent, et écopera donc d’une peine de deux ans de prison ferme et d’un an de liberté conditionnelle.

Il arrive cependant à sortir durant ce passage en prison l’excellent « #FREESANTANA » , teasé par le banger 23 & 1, dans lequel il revient sur son expérience en prison particulièrement dure pour lui et ses proches. Juelz n’a rien perdu de sa verve pour autant, bien au contraire « So they can lock us in the pound like some hound dogs/But we kings, they can never take our crowns off ». On retrouve aussi sur #FREESANTANA l’excellent Pink Eagle en feat avec Dave East (encore une fois) et Jim Jones. Le projet, disponible gratuitement, est un highlight évident de 2020, on y retrouve 10 sons, compilant à la fois des exclus et des morceaux enregistrés bien avant son arrestation (Bloody Mary et Boiling Water, les deux feats avec Lil Wayne présents sur le projet).

Juelz Santana s’apprête en ce Mercredi 29 Juillet à sortir de la prison de Petersburg (Virginie) dans laquelle il est retenu depuis maintenant une quinzaine de mois, ayant obtenu une réduction de peine pour conduite exemplaire. Le peu de communication qui a pu être assuré sur ses réseaux respectifs et #FREESANTANA ont maintenu l’engouement autour de sa musique, et laissent présager un retour imminent de celui que l’on nomme pas au hasard Human Crack in the flesh.

Si vous souhaitez découvrir plus en profondeur la carrière de Juelz Santana, nous vous conseillons cette mixtape de DJ Nick compilant ses classiques les plus marquants :

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