Non, Pusha T n’a pas besoin de buzz

« I WOULD NEVER look or need YOUR respect for what is it I bring to this rap game!! » . Ces mots récemment proférés par King Push à l’encontre de Young Thug représentent plus que fidèlement les valeurs auxquelles le rappeur se tient depuis le commencement de sa carrière. Depuis ses débuts, Terrence, de son prénom, suit la même ligne directrice : ne jamais laisser passer le moindre manque de respect. Cette mentalité de OG a tendance à déteindre avec la scène hip-hop actuelle qui a laissé loin derrière elle les beefs de grande ampleur. On peut observer de manière occasionnelle quelques diss très éphémères, majoritairement sur les réseaux sociaux, bien souvent dans le seul but de promouvoir un projet derrière. Alors forcément, l’attitude du natif de New-York vient souvent susciter l’interrogation chez les fans de ses victimes mais aussi mettre en lumière la forte méconnaissance des nouvelles générations concernant le riche héritage hip-hop que traîne, derrière lui, Push. L’heure est donc venue d’éclaircir quelques points.

Drake vs Pusha T : Une affaire personnelle

Premier disclaimer de grande importance : non cette rivalité ne remonte pas à quelques lines gratuitement placées à l’encontre de Drake en 2018. La source du conflit remonte en réalité à désormais une quinzaine d’années. On assiste initialement à une opposition entre Pusha T et l’entité Young Money. La première mèche est allumée lorsque Birdman invite Clipse (composé de Push & son frère No Malice) et leurs affiliés/amis/mentors The Neptunes sur un morceau. Mais suite à l’enregistrement du son, une première grosse mésentente pointe le bout de son nez. Le paiement des deux légendaires producers ne se passe pas comme convenu. Suite à cette épisode, Pharrell Williams ne travaillera plus jamais avec un artiste signé chez Cash Money Records.

Mais l’affaire va prendre une autre dimension peu de temps après. Un certain Lil Wayne s’affiche fièrement en couverture du prestigieux magazine Vibe, en 2006, entièrement vêtu de la marque BAPE. Cette dernière connaissait à l’époque une forte croissance de popularité grâce à Pharrell Williams et Clipse. Pas particulièrement ravis de voir l’écurie Cash Money orner un flow vestimentaire très similaire au leur, les deux frères sortent le morceau « Mr. Me Too » produit par Pharrell. Malice profite de cette occasion pour glisser un petit tacle à Weezy :

Wanna know the time? Better clock us

N***as bite the style from the shoes to the watches

Mais, toujours la même année, Lil Wayne ne mâche pas ses mots dans une interview pour Complex lorsqu’on lui parle de Clipse & Pharrell :

You talking to the best. Talk to me like you’re talking to the best. I don’t see no fuckin Clipse. Come on man.

Who the fuck is Pharrell ? Do you really respect him ? That n***a wore BAPEs and y’all thought he was weird. I wore it and y’all thought it was hot.

Quelques années plus tard, Cash Money Records se trouve une nouvelle jeunesse, plus que rentable, avec un nouvel artiste du nom de… Drake. La cible rêvée pour Push afin de régler ses comptes avec la clique de Birdman & Wayne. En effet, le rappeur de Toronto bénéficie très rapidement d’une notoriété mondiale mais n’inspire pas spécialement l’authenticité, une occasion trop belle pour Terrence. Il drop alors « Don’t Fuck With Me » qui est en fait un freestyle sur le beat du titre de Drake « Dreams Money Can Buy » . En reprenant cette production, Push envoie un premier message. Les lyrics contiennent plusieurs attaques mais il est impossible d’affirmer à 100% l’identité du rappeur visé.

Pendant ce temps, Wayne et son nouveau protégé sont surtout occupés à tirer sur Jay-Z et Kanye West (président à l’époque de GOOD Music, label dans lequel Push venait de signer). Le célèbre rappeur originaire de New Orleans n’oublie pas pour autant de lâcher quelques mots doux à l’égard de Pusha T.

L’ex moitié de Clipse décide alors de changer d’approche en faisant dans le direct en 2012 avec l’iconique « Exodus 23:1 » . Dans ce track à l’ambiance résolument sombre, Push règle ses comptes de la première jusqu’à la dernière seconde avec Drake & Wayne. Il y fait notamment référence au contrat signé par la star de Toronto et de nombreux faits divers…

Contract all fucked up

I guess that means you all fucked up

You signed to one n***a that signed to another n***a

That’s signed to three n***as, now that’s bad luck

Them n***as using you as a pawn

You see they never loaded they guns

Now you out here all by yourself

Ask Steve Jobs, wealth don’t buy health

Lil Wayne partage dans la foulée son ressenti sur Twitter tout comme le clan Pusha T

Drake finit par se jeter dans la gueule du loup agir en 2013 en prenant la défense de son mentor sur « Tuscan Leather » .

I’m just as famous as my mentor

But that’s still the boss, don’t get sent for

Get hype on tracks and jump in front of a bullet you wasn’t meant for

Bench players talkin’ like starters, I hate it

S’en suivront des multiples échanges de piques les années suivantes jusqu’en 2016, année durant laquelle la rivalité trouve un second souffle. Pusha T met le fameux sujet des ghostwriters de Drake sur la table dans le morceau « H.G.T.V. Freestyle » :

It’s too far gone when the realest ain’t real

I walk amongst the clouds so your ceilings ain’t real

These n***as Call of Duty cause their killings ain’t real

With a questionable pen so the feelin’ ain’t real

Drake réplique dès l’année suivante dans le titre « Two Birds, One Stone » issu du projet « More Life » . Il y remet longuement en question la street credibility de King Push et descend également violemment Kid Cudi.

But really it’s you with all the drug dealer stories

That’s gotta stop, though

You made a couple chops and now you think you Chapo

You middle-man in this shit, boy, you was never them guys

I can tell, ’cause I look most of you dead in your eyes

And you’ll be tryna sell that story for the rest of your lives

Une line issue du nouvel album de Pusha T « Daytona » sorti en 2018, va plus que jamais faire exploser le conflit. Une fois de plus, le célèbre OG remet en doute les véritables qualités de rappeur chez Drake.

It was written like Nas, but it came from Quentin

Alors que le rappeur de Toronto était en plein « album mode » , cette nouvelle attaque affole les réseaux sociaux. C’est donc sans surprise que les réponses ne se font pas désirer par le biais du titre « Duppy Freestyle » dans lequel Drake s’adresse à Kanye & Push.

What do you really think of the n***a that’s makin’ your beats?

I’ve done things for him I thought that he never would need

Father had to stretch his hands out and get it from me

I pop style for 30 hours then let him repeat

Le diss est d’un niveau relativement correct, problème : Pusha T réalise quatre jours après le plus grand headshot de ces dernières années dans le rap US. « The Story of Adidon » vient au monde avec une multitudes de dossiers sur Drake. On découvre dans un premier temps un blackface du canadien qui fait office de visuel pour le morceau mais on apprend surtout dans le track l’existence d’un fils de Drake. Terrence n’a visiblement vraiment pas apprécié que Drake évoque son épouse dans le dernier diss et sort donc l’artillerie lourde. D’autres membres de l’entourage du boss d’OVO en prennent pour leurs grades, notamment 40 dont Push se moque ouvertement de sa maladie. Bilan des dégâts : une victoire unanime de Pusha T et surtout un Drake qui se retrouve à devoir reconnaître un fils, caché jusqu’à présent, en France.

Since you name-dropped my fiancée

Let ’em know who you chose as your Beyoncé

Sophie knows better as your baby mother

Cleaned her up for IG, but the stench is on her

A baby’s involved, it’s deeper than rap

You are hiding a child, let that boy come home

Deadbeat mothafucka playin’ border patrol, ooh

Adonis is your son

And he deserves more than an Adidas press run; that’s real

Love that baby, respect that girl

Forget she’s a pornstar, let her be your world, yuugh!

OVO 40, hunched over like he 80—tick, tick, tick

How much time he got? That man is sick, sick, sick

Impossible, ou du moins trop dangereux, de s’essayer à une réponse rapide du côté de Drake après un tel tsunami. Il reconnaîtra même avoir perdu la bataille, fin 2019, dans une interview. Mais voilà que cette rivalité historique revient dans les tendances du moment, why ? Il se trouve qu’un morceau devant apparaître sur la version Deluxe de l’album posthume de Pop Smoke a fuité, et pas n’importe quel morceau. Il s’agit d’un featuring avec Gunna, Thugga… et Pusha T. Toujours rien d’anormal pour le moment jusqu’au moment où on se penche sur les lyrics du verse de Push, ce dernier s’en prend de nouveau considérablement à Drake.

It’s like Marked for Death Screwface, without the choppa

Let ’em rush the stage when you made like Sinatra

Only to hide the blade flyin’ back through LaGuardia

I might even buy a home out in Mississauga

Alors qu’aucun élément nous indique si ce verse a été enregistré du vivant de Pop Smoke ou non, l’affaire a rapidement pris une tournure scandaleuse sur les réseaux sociaux. Les auditeurs de hip-hop se sont divisés entre les supporters de Push & ceux qui jugent de mauvais goût d’agir de la sorte sur un projet posthume. Un débat qui a poussé Young Thug à prendre la parole sur les réseaux en indiquant qu’il ne cautionnait en aucun cas le verse de Pusha T mais aussi en niant connaître le contenu du fameux verse avant que ce dernier fuite. Il aura fallu moins de 24h pour que le frère de No Malice donne sa version des faits en rappelant au passage qu’il n’en avait strictement rien à faire d’être respecté ou non par Young Thug. Une réponse limpide, comme toujours avec Terrence, qui semble avoir clos l’affaire… pour le moment.

Un nom déjà ancré dans l’histoire du hip-hop

Méconnaître la carrière accomplie de Pusha T n’est pas un crime, mais réinventer l’histoire en minimisant l’importance du rappeur dans l’histoire moderne du hip-hop est franchement gênant. King Push joue dans la cour des grands depuis pas moins d’une vingtaine d’années.

Les sommets du Billboard, Push les côtoie depuis le début des années 2000. Tout d’abord avec Clipse aux côtés de son frère No Malice. Le duo fait la rencontre des producteurs The Neptunes (Chad Hugo & Pharrell) à la fin des années 90. Les deux légendes de la production vont encadrer Clipse pour le lancement de leurs carrières, arranger des deals avec des majors, s’assurer de la quasi totalité des productions du groupe… Après un premier essai manqué dans les 90, les deux frères signent leurs vrais débuts en 2002 avec l’iconique single « Gridin » qui se hissera jusqu’à la 30 eme place du Billboard hot 100. Ce premier hit est logiquement suivi du début album du duo la même année, « Lord Willin’ » , qui rencontre un succès fou : 1er des chartes RnB-Hip-Hop du Billboard, 4ème du Billboard 200, des certifications rapides… L’univers de Clipse séduit, du vrai coke rap sur des prods millimétrées de The Neptunes.

Dans le même temps, Pharrell leurs obtient des placements incroyables qui vont faire bondir la visibilité de Clipse. On retrouve par exemple les deux frères dans le debut album de Justin Timberlake « Justified » sur le titre « Like I Love You » .

Le second album du groupe, sorti quatre ans plus tard, « Hell Hath No Fury » rencontrera également un excellent succès aussi bien sur le plan commercial que sur le plan de la critique. La formule est toujours aussi efficace, Clipse devient définitivement une référence en matière de gangsta rap. Pharrell est bien conscient de détenir quelque chose de spécial avec No Malice & Pusha T.

I philosophize about Glocks and keys

N***as call me Young Black Socrates

La qualité sera un peu moins au rendez-vous pour le troisième et dernier album, à ce jour, du duo qui se sépare dans des conditions très particulières. Le coke rap de Clipse avait pris une ampleur telle que le FBI commençait sérieusement à s’intéresser aux deux rappeurs. Leurs proches commencèrent à se faire arrêter les uns après les autres. La condamnation de leur manager à 32 ans de prison (pour trafic bien évidement) fut la goute de trop pour No Malice qui se doutait être le prochain nom sur la liste avec celui de Pusha T. Le frère de Terrence prit alors ses distances avec le rap dans l’optique de se « repentir » .

Il en fallait bien plus pour décourager Pusha T que Kanye West viendra signer sur son label « GOOD Music » dés 2010. Son premier placement dans cette nouvelle era ne sera pas des moindres : l’immense single de Kanye West « Runaway » . On aura par la suite l’occasion de le retrouver sur un nombre très large de hits du label tels que « Mercy » , « New God Flow » … Peut-être moins iconique que l’époque Clipse, la reconversion en solo de King Push reste tout de même un large succès.

Le natif du Bronx a depuis eu l’occasion de sortir plusieurs EPs, Tapes et surtout trois très bons albums : My Name Is My Name (2013), King Push – Darkest Before Dawn (2015), Daytona (2018). Il retrouve les premières places du Billboard 200 dès son debut album. Push installe un peu plus sa légende avec sa carrière solo en prouvant à chaque apparition que très peu de rappeurs actuels peuvent prétendre pouvoir rivaliser avec lui sur le plan technique. Malgré son tournant « plus mainstream » , Terrence ne manque pas de rappeler son authenticité et surtout qu’il n’est pas « fake » :

I sold more dope than I sold records

You n***as sold records, never sold dope

So I ain’t hearing none of that street shit

‘Cause in my mind, you motherfuckers sold soap

Très vite le message est clair pour une grande majorité, Pusha T n’a plus rien à prouver que ça soit dans la rue ou dans le monde du rap. Clairement pas le rappeur le plus populaire du monde aujourd’hui, il n’en est pas moins l’un des plus respectés. Son impact sur le rap depuis le début des années 2000 est bien réel et il n’a clairement pas besoin de buzz ou d’une nouvelle reconnaissance pour le démontrer.

Symbole de la stature importante que représente Pusha T, il est désigné par Kanye West comme étant son successeur à la présidence du label de GOOD Music. Ainsi, la star du coke rap devint un vrai poids lourd de l’industrie actuelle. Toujours fidèlement entouré de noms importants tels que Kanye, Kid Cudi ou encore Rick Ross, Push semble avoir encore quelques cadeaux à nous offrir avant de se retirer. Les rumeurs d’un retour de Clipse sont très fréquentes mais les démentis se font rarement attendre. Peut-être que ce beau symbole se réalisera un jour mais il faudra probablement s’attendre à quelque chose de bien différent. En attendant, Pusha T ne manque pas l’occasion de ramener à la réalité les rappeurs ne lui témoignant pas un amour fou.

Peut-être que cet argumentaire ne vous aura pas convaincu concernant la manière d’agir de King Push, mais j’espère qu’il vous aura au moins permis de vous apprendre / rappeler le pilier qu’il est pour la culture rap. De plus, le moment semblait plus que jamais le bienvenu pour rappeler, une fois de plus, que cette histoire avec Drake n’est pas une petite querelle pour le buzz depuis 2018 mais bien une rivalité profonde en place depuis quasiment les débuts de leurs carrières respectives. Vous l’aurez compris, du moins je l’espère, si vous détestez King Push, détestez le, mais ne refaites pas son histoire.

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