[ZOOM] ANKHLEJOHN : l’amoureux d’arts devenu prince du boom rap

Originaire de Capitol Hill, quartier de Washington, ANKHLEJOHN mériterait une visibilité allant bien au delà des frontières de sa ville d’origine. Avant d’être un rappeur plein de talent, il était notamment un mordu d’histoire qui étudiait énormément les civilisations anciennes dont notamment l’Egypte. Son nom de scène est la stylisation de « Uncle John » dans une esthétique propre à l’Egypte antique. Mais ce n’est pas tout, ANKHLEJOHN est également un passionné de cinéma et surtout un réalisateur. Il met justement ses talents au service des artistes signés sur le même label que le sien à l’image de Rahiem Supreme pour qui il a déjà réalisé une bonne poignée de clips.

Cet amour pour le cinéma, on le ressent à 1000% dans sa musique. Cette dernière est extrêmement imagée, ANKHLEJOHN a peut-être la musique la plus « vivante » de l’underground. Il utilise des skits toujours d’une très grande pertinence pour renforcer un univers / une ambiance de fond au sein d’un projet. Son dernier album est un parfait exemple : ambiance horrifique installé tout le long du projet par le biais de références, visuels, skits… Le rendu est merveilleux, on est vraiment sur un projet rap hardcore qui reprend les grands codes de l’horreur du cinéma, un peu comme nous pouvions voir chez la Three 6 à l’époque dans l’idée.

Ses influences musicales, il les puise dans le grand boom rap new-yorkais et ses grands grands noms tels que Biggie, Nas, Jay-Z, Ghostface Killa ou encore Roc Marciano. Mais ne vous y trompez pas, bien qu’il soit dans la parfaite lignée des univers mis en place par ces légendes, ANKHLEJOHN représente Washington DC et pas une autre ville. Dès son premier album, qui lui a directement offert une très belle exposition dans l’underground, on pouvait trouver des références importantes à son lieu de naissance : « Rayful Edmond » , un des plus grands drug dealers de l’histoire de DC, ou encore « Georgia Ave » .

Au delà du caractère très imagé de sa musique, l’autre atout majeur du rappeur de DC reste son flow. Sa voix est clairement atypique et reconnaissable parmi des centaines, difficile de fournir des intonations plus cohérentes que les siennes pour poser sur des productions résolument sombres. Gros coup de coeur également pour les ad-libs du natif de Washington qui font vraiment partie intégrante de sa musique, un peu à la manière d’un Westside Gunn. Le choix des beats n’est jamais fait à la légère chez ANKHLEJOHN, une rigueur qui lui a permis de travailler avec de nombreux producteurs : Nicholas Craven, Camoflauge Monk, Big Ghost Ltd, All Ceven…

À partir de la sortie du très bon « Red Room » , tout est allé très vite pour le MC. Depuis 2017, il se monte très productif avec une bonne vingtaine de projets à son actif et surtout des albums de très bonne qualité. Son année 2019, notamment, a été marqué d’un excellent back-to-back avec l’enchainement de « A-Cold-World* » et « The Big Lordy » . Des projets dans lesquels ANKHLE fait toujours l’effort de mettre en évidence une certaine ligne directrice, un thème facilement identifiable comme dans les films.

La discographie du réalisateur le plus underground du moment contient déjà une réelle masterpiece. En 2018, il a fait équipe avec l’excellent producteur Big Ghost LTD le temps d’un album : « Van Ghost« . Pour faire simple, ce projet est un vrai top underground de la dernière décennie, l’alchimie entre les deux artistes est idéale. Les productions sont chirurgicales et les lyrics du rappeur, comme toujours, pleins de détails de façon à faire marcher pleinement notre imagination :

Like Jesus from the dead I arose

I’m the modern-day Van Gogh

She in a red dress laying down as I play the piano

You can add me on the list as a Soprano

Mafia ties, infiltration how the mafia died

Niggas dying everyday in the city where I’m from

Youngin ’bout 16, Glock with the drum huh

Thought he was saving up for a whip but got a strap

So if they send him shots he prepared to send em back

Si vous souhaitez directement aller à l’essentiel chez ANKHLEJOHN, aucun doute sur le fait qu’il faille vous diriger vers le formidable Van Ghost. Ce duo iconique a su réussir là où de nombreux artistes underground ont échoué ces dernières années : réaliser un album boom rap, forcément plein de nostalgie, mais avec une certaine modernité apportée par diverses mélodies qui viennent également offrir une réelle diversité au projet.

ANKHLEJOHN continue plus que jamais à maintenir sa folle dynamique cette année. Déjà à l’origine de deux albums dont le très solide « The Face of Jason » , le natif de DC poursuit sa progression au fil des mois. Il se montre également de plus en plus ouvert à des collaborations qui l’amènent sur différents registres, sur son dernier album on retrouve notamment des jeunes talents tels que Fly Anakin ou encore le très prometteur Medhane.

Dans une époque où l’expression insensée « new old school » devient tendance pour le rap, le MC de Washington semble plus que jamais en mesure de faire grimper sa notoriété. Largement plus créatif & talentueux que la moyenne, il devra faire des mooves judicieux dans les prochains mois afin d’élargir son audience.

ANKHLEJOHN travaille actuellement sur son prochain album et a récemment évoqué un casting d’exception à la production : Oddisee, Nicholas Craven, Nephew Hesh, Mr. Green, Graymatter, Obii Say, SpaceghostPurrp…

Il pourrait bien s’agir du projet qui lui fera passer un nouveau cap concret. Les ingrédients semblent clairement réunis et on pourrait même imaginer le voir, une première fois, prendre des vrais risques dans son rap lorsqu’on regarde en détail les noms des producteurs.

Alors que des nouveaux artistes talentueux semblent apparaitre chaque semaine, de nos jours, il devient important de cibler ceux qui proposent les formules les plus uniques. Dans cette perspective, je vous conseille vivement d’accorder une chance à ANKHLEJOHN. En l’espace de seulement trois ans, le rappeur de Washington a déjà démontré un très grand nombre de qualités et nous donne la sensation que le meilleur est encore à venir. La façon dont il arrive à toujours imager ses propos dans ses morceaux est digne d’un artiste de haut standing.

2020 sera l’année où vous cesserez d’ignorer ANKHLEJOHN.

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