[RETRO] Ab-Soul – Control System

Qui n’a jamais vu passer un débat dans son fil d’actualité concernant le fait de savoir si Ab-Soul est un rappeur sous-côté ou non ? Qui n’a jamais vu passer la cover de « Control System » dans son fil d’actualité avec la caption « classique » ?

Le californien intrigue voir même passionne. Membre du label de TDE ainsi que de l’iconique groupe Black Hippy, il n’a jamais été vraiment mis autant en avant que ses compères. Pas forcément très actif et surtout relativement irrégulier, Ab-Soul reste malgré tout un genre de diamant brut pour de nombreux fans du label californien. Cette solide réputation a notamment été acquise en 2012 avec la sortie de son second album qui s’élève aujourd’hui, sans contestations possibles, au rang de masterpiece au sein de la catégorie hip-hop sur la dernière décennie. Revenons sur ce projet majeur.

17 titres pour plus d’une heure de musique, des grands noms en pagaille (Kendrick, Danny Brown, Q, Jay Rock…), un univers où la conspiration et les théories sont reines… Control System est un album très riche mais qui nécessite un certain temps pour être pleinement compris. Le flow atypique & chirurgicale du californien est bien au rendez-vous, les mélodies sont prenantes mais le trésor du projet se trouve bien dans les lyrics.

Les fans de conspirations & théories plus ou moins farfelues seront pleinement servis avec cet album. À travers différents morceaux, Ab-Soul pointe du doigt le gouvernement comme étant LE coupable et appelle à la contestation à l’image du track « A Rebellion » . Dans l’immense « Terrorist Threats » , le rappeur soulève bien des sujets cruciaux. Il met en lumière la manipulation du gouvernement opéré sur les citoyens et demande aux gangs de cesser la guerre, le véritable ennemi est atteignable en cas d’union.

If all the gangs in the world unified

We’d stand a chance against the military tonight

Hey, Dear Barack

I know you just a puppet, but I’m givin’ you props

You lyin’ to the public like it ain’t nothin’

And I just love it, I hope it don’t stop

En plus de ça, le rappeur de TDE s’offre la belle voix de Jhene Aiko et invite surtout le phénomène de Detroit, Danny Brown, qui n’est ni plus moins le meilleur match possible du game pour Ab-Soul à mes yeux. L’alchimie entre les univers des deux MCs frôlent la perfection, on a déjà pu le constater plus d’une fois.

On revient à cette notion de « Control System » sur le titre « SOPA » en référence à la « Stop Online Piracy Act » , une législation qui avait pour but de venir opérer un contrôle poussé jusqu’à un certain degré sur internet. Ab-Soul vient ici défier la SOPA avec un morceau qui n’aurait pas pu voir le jour si elle était en vigueur.

SOPA tryna censor internet, we tryna get this dough

Ces morceaux venant confronter le système sont toujours accompagnés de productions relativement abstract et surtout résolument sombres. Le casting des producteurs sur l’album est d’ailleurs assez garni : Dave Free, Tae Beast, Sounwave, Willie B, Skhye Hutch…

La drogue vient, sans surprise, jouer un rôle clé dans l’album. On a par exemple le très brumeux « Mixed Emotions » qui rapporte l’impact de la lean sur le rappeur.

I got this funny little dream of buying out the bar

Then flexing in my section like a fucking star

They ask me what I like to drink and I say I’m alright

Then all you see is my purple Sprite

Dans le même thème, Ab-Soul fait plus profond dans le son « Pineal Gland » . Le titre du morceau peut faire référence à plusieurs choses mais il nous ramène ici à l’expression utilisée pour nommer le « troisième oeil » ouvert lors de la consommation de drogues psychédéliques. Ces dernières viennent offrir une nouvelle perception au consommateur et c’est autour de ce phénomène que le californien construit ce track avec un clip, au passage, en plein dans le thème.

That’s right, you ever been conscious in a coma?

Please don’t tell my momma, this ain’t marijuana

I might be trippin’ off that DMT

TDE, limitless like we on NZT

Au regard du recul dont nous disposons aujourd’hui, je trouve « Track Two » un poil précurseur de par son ambiance. On retrouve ces sonorités à la fois abstract et très jazz rap que l’on peut entendre énormément aujourd’hui dans l’underground US.

La technique d’Ab-Soul n’est plus à démontrer et le monstrueux « ILLuminate » en featuring avec Kendrick Lamar pourrait suffire à l’affirmer. Sur un rythme résolument rock, les deux techniciens de TDE font savourer leurs flows. Le titre fera notamment beaucoup parler, à sa sortie, par le biais de son usage particulier du name dropping.

I used to wanna rap like Jay Z

Now I feel I could run laps ’round Jay Z

Nas ain’t seen nothin’ this nasty

BIG and Pac got it comin’ when I pass, too

You got the mic? I ain’t the one you wanna pass to

Une technique qu’il nous est aussi possible de pleinement savourer sur le très bon « Nothing’s Something » dans lequel Ab-Soul s’amuse de l’opposition des mots. Control System se présente également à nous comme un véritable livre ouvert. Le rappeur nous partage son opinion concernant la joyeuse thématique de la mort à travers « Beautiful Death » :

These are the days of our lives

Nightmares of a thief comin’, takin’ my life

I go to sleep thinkin’ I may never wake up

In this reality at least I keep my bed made up

La conception de l’album a été marqué par un drame venu bouleversé la vie du rappeur. Sa copine, Alori Joh, avec qui il entretenait une relation depuis plus de sept ans, s’est suicidée trois mois avant la sortie du projet. L’album lui est dédié en sa mémoire. On la retrouve d’ailleurs sur deux morceaux dont « Empathy » qui aborde justement, en partie, sa relation avec le rappeur.

Ab-Soul gardait son récit le plus poignant pour la fin. Dans le mélancolique « The Book Of Soul » , le rappeur nous ouvre entièrement son coeur et vient se confier sur des sujets très sensible : le décès de sa copine, le syndrome de Stevens-Johnson qu’il a contracté très jeune (maladie grave & rare, potentiellement mortelle)…

I came into this hurtful Earth in perfect health

Caught Stevens-Johnson syndrome when I was 10 years old

Internal and external fever, 80%…

Fatality rate at that time, ain’t that some shit?

Severe pinkeye, my eyes swollen shut

For like two or three months, it’s still bright as fuck

Oh, and I even lost my lip skin

Grew back darker than its original pigment

Skin disfigured from boils and blisters

Unidentifiable by my little sister

Stick to the plan, I’ll meet you at our spot

If reincarnation is true and we don’t get too lost

Even if you forget me and everything you left behind

I never lied, I love you in a place where there’s no space and time

I close my eyes, and I can still hear you singing loud

We never got to tell them who The Love Religion was about

I ain’t finna stage a cry in this rhyme

Signed, sincerely yours, I live to let you…

Après nous avoir sacrément chamboulé avec, disons-le, un des morceaux les plus tristes de l’histoire du hip-hop, Ab-Soul invite ses fidèles homies de Black Hippy pour conclure l’affaire sur un remix de « Black Lip Bastard » . Pour l’anecdote, le titre est en réalité un surnom donné autrefois au rappeur de TDE en raison du terrible impact de sa maladie sur ses lèvres.

En terme d’album, Control System est un pur modèle de richesse de par la brillance de ses textes, la pertinence des thèmes explorés ainsi que de la diversité de ses productions. Le rappeur californien a su se bâtir une solide réputation auprès d’un large public avec ce second album studio. Il reste encore aujourd’hui de très loin sa masterpiece. On peut même aller plus loin en qualifiant ce projet de classic moderne du hip-hop, un highlight en puissance de la dernière décennie. TDE possède bien des joyaux mais Ab-Soul en est incontestablement un de ses plus précieux.

Note : 4.5 sur 5.

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