Run The Jewels – RTJ4

Quatre années. C’est le temps qu’il nous aura fallu attendre pour enfin pouvoir écouter le quatrième album, très attendu, du duo le plus acclamé par la critique de ces dix dernières années.

Cet album survient dans un climat particulier. Une grande partie des USA descend dans les rues pour combattre le racisme et les violences policières qui perdurent. Dans ce contexte, El-P & Killer Mike ont pris la décision de dévoiler le projet deux jours avant la date prévue afin de soutenir le plus rapidement possible les citoyens & organisations mobilisés, aussi bien financièrement que moralement.

Le duo conserve une formule efficace avec 11 titres. Le casting laisse difficilement indifférent : Pharrell Williams, DJ Premier, Zack de la Rocha, 2 Chainz, Mavis Staples… Run The Jewels n’ont clairement pas l’intention de décevoir pour leur grand retour. On retrouve la traditionnelle recette maison : productions évolutives et très rythmées, de nombreuses démonstrations de passe-passe… Il n’était pas particulièrement évident de se faire une première idée sur le projet à la sortie de « ooh la la » . Il faut dire que ce titre réunit absolument tout les ingrédients d’un single : refrain qui reste en tête, production catchy signée DJ Premier, clip à gros budget… Mais comme à son habitude, le duo parvient à garder un contenu qualitatif peu importe le contexte.

L’aspect production m’a fortement convaincu tout au long de l’album. Le contenu s’avère un minimum varié avec toujours un fil conducteur sonore facilement identifiable. On retrouve donc des vibes explosives qui viennent flirter avec le rock sur des morceaux tels que « the ground below » ou encore l’outro « a few words for the firing squad (radiation) » , des beats un peu plus marqués hip-hop qui montent en pression selon l’intensité du couplet à l’image de « holy calamafuck » ou encore un parfum de nostalgie très appréciable offert par des synthés qu’il nous est possible d’entendre sur « never look back » ou bien « pulling the pin » .

Difficile de trouver meilleur, sur ces dernières années, en terme de flow que Run The Jewels. À travers ce quatrième volume, El-P & Killer Mike maintiennent leurs très hautes réputations et ne manquent pas de nous rappeler la pertinence de leur alchimie. Les guests s’incrustent correctement dans le mouvement, le match avec Pharrell était forcément très attendu et ne nous a pas déçu. Le légendaire musicien reste dans son univers et nous offre donc un contraste séduisant aux côtés du duo & de l’iconique Zack de la Rocha. La cerise sur le gâteau aurait été de le voir également produire le titre mais on note tout de même l’effort consenti par la triade El-P, Little Shalimar & Wilder Zoby pour nous proposer un beat un peu plus « unique » qu’à l’habitude.

Le duo se montre plus engagé que jamais dans ses textes. Ces derniers sortent vraiment dans un contexte propice en témoigne le très bon « walking in the snow » qui vient dénoncer la société américaine et surtout éplucher le sujet des violences policières.

They promise education, but really they give you tests and scores

And they predictin’ prison population by who scoring the lowest

And usually the lowest scores the poorest and they look like me

And every day on evening news they feed you fear for free

And you so numb you watch the cops choke out a man like me

And ’til my voice goes from a shriek to whisper, « I can’t breathe »

And you sit there in the house on couch and watch it on TV

The most you give’s a Twitter rant and call it a tragedy

Le système américain en prend également pour son grade dans « JU$T« . Le duo & Pharrell soulignent notamment une certaine contradiction dans la morale du pays. L’esclavage y est illégal depuis 1865 mais des figures ayant « participé » à cette terrible pratique apparaissent encore aujourd’hui sur les billets. Un symbole lourd de sens.

Look at all these slave masters (Ayy) posin’ on yo’ dollar (Get it, yeah)

Petit coup dans le retro avec « never look back » , titre à travers lequel El-P & Killer Mike reviennent sur leurs backgrounds respectifs. Le beat & son arrière de gout de nostalgie donnent d’autant plus de profondeur aux paroles.

Et, oui, le groupe excelle toujours dans l’art des métaphores. L’explosif « the ground below » devrait suffire à vous en convaincre.

81 when I moved to the county where the kings is

Walk past St. James place where the king lived

Think quick, never saw class, a delinquent

The God killer, this Tokyo and I’m Godzilla

Playing blackjack versus death, gun on the card dealer

L’outro de l’album est probablement le titre le plus introspectif de Run The Jewels qu’il m’a été possible d’entendre. Killer Mike se livre totalement dans un couplet poignant revenant sur le décès de sa mère, en 2017, alors qu’il était dans un avion afin de pouvoir lui parler une dernière fois.

When my mother transitioned to another plane, I was sitting on a plane

Tellin’ her to hold on, and she tried hard, but she just couldn’t hang

Been two years, truth is I’ll probably never be the same

Le monde avait besoin de cet album. Une fois de plus, Run The Jewels ne déçoivent pas en offrant une petite merveille d’efficacité, de productions, de rimes… Certaines paroles ne manqueront pas de venir apporter un second souffle nécessaire à la partie, des citoyens américains, mobilisée dans les rues. L’album a d’ailleurs déjà pu permettre de faire des dons considérables au mouvement. Le duo devrait effectuer d’assez loin son meilleur démarrage en terme de ventes. Alors que nous entamons une nouvelle décennie, certaines choses ne changent pas : La qualité de la discographie de Run The Jewels demeure intacte.

Rate : ★★★★☆

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