DETROIT LANCE FINALEMENT SA CONQUÊTE

C’est désormais une habitude chez moi, qui dit fin d’année signifie petit tour d’horizon du chemin parcouru par nos amis de Motor City. 2021 fut une année plus ou moins contrastée en terme d’expansion pour cette scène qui laissait néanmoins entrevoir les artistes susceptibles de partir à la conquête de nouvelles terres. Soyons clairs, dans cet article, il sera question de l’évolution de la scène rap de Detroit et non de l’influence de cette dernière dans le reste du monde, ce qui m’évitera par ailleurs de faire un papier plus ou moins assassin. Mettons tout d’abord fin à ce suspense insoutenable : cette scène domine de la tête et des épaules mes stats d’écoute pour la troisième ou quatrième année consécutive. Le détachement n’a étonnamment pas encore eu lieu malgré ma tendance à divaguer entre les différents sous-genres du rap. Il faut dire que lorsqu’on s’y intéresse, et qu’on a beaucoup de temps à perdre par la même occasion, la scène constituant le Detroit rap est incroyablement riche pour ne pas dire sans fin. Il faut bien entendu particulièrement apprécier ce style pour éviter de faire face à une répétitivité pouvant très vite refroidir l’auditeur. La perspective pour la scène de Detroit en 2022 m’excitait particulièrement, on pouvait presque parler de « l’année ou jamais » concernant certaines têtes d’affiches pour enjamber les frontières du Michigan. Il devenait dès lors envisageable de voir des prises de risque ou encore de vrais virages artistiques afin de briser ce plafond de verre qui semble s’être installé de plus en plus solidement au fil des années. Bien que Sada Baby aurait du devenir la première véritable star mondiale issue du Detroit rap, la scène dispose désormais de plusieurs candidats avec de très sérieux arguments dont notamment quatre sur lesquels on va s’appuyer pour cette rétrospective : Babyface Ray, BabyTron, Veeze & Icewear Vezzo.

Ma plus grande attente de l’année était incontestablement le rappeur de l’emblématique Team Eastside : BabyFace Ray. Avec une riche carrière d’une dizaine d’années, l’artiste est tout simplement entièrement lié à l’histoire du Detroit rap. Son projet dévoilé en 2021, Unfuckwitable, laissait clairement présager un succès prochain dépassant les frontières du Michigan. Son premier album studio s’annonçait comme le plus gros tournant de la carrière du prince de Detroit, c’est donc dans ce contexte que vit le jour l’album Face. Un projet que j’ai évidemment apprécié mais qui m’a malgré tout surpris. On pouvait s’attendre à voir un BabyFace Ray changeant totalement sa formule pour partir à la conquête du monde ou, au contraire, une volonté assumée de rester fidèle au genre qui l’a révélé. On a eu le droit au final à une sorte d’entredeux avec des invités XXL pour accompagner l’ascension du rappeur vers le mainstream (Pusha T, Yung Lean, Wiz Khalifa, G Herbo…) mais également des morceaux très fidèles à la carrière du rappeur à l’image de « Sincerely Face » ou encore « Steak N Lobster ». Un projet globalement bien accueilli par le public faisant passer un sérieux cap sur le plan de la notoriété au prodige de la Team Eastside.

Pourtant, la star du Michigan ne s’est pas arrêté là en dévoilant tout simplement son deuxième album studio, MOB à la toute fin de l’année. Avec une formule très proche de son prédécesseur, le projet propose des collaborations marquantes (Lil Durk, Doe Boy, Blxst…) avec des titres très typiques de Detroit tels que « Nice Guy » ou « Crazy World ». Ce deuxième album semble avoir eu légèrement moins d’impact que le précédent mais on peut mettre ça sur le dos d’un teasing beaucoup plus faible. Dans l’ensemble, l’année de BabyFace Ray est assez réussie à mes yeux avec deux albums vraiment solides même s’il aurait sans doute été intéressant d’avoir au moins un des deux projets avec un parti pris. Le rappeur excelle toujours autant sur les vibes traditionnelles de sa ville grâce notamment à son flow si particulier. Je suis en revanche moins convaincu pour le moment, comme de nombreux autres auditeurs, par ses feats aux côtés de grosses stars qui donnent avant tout une sensation de simple figuration durant l’écoute des albums. Difficile néanmoins de fermement condamner cette pratique représentant probablement le seul moyen pour l’artiste d’approcher un succès important sur le plan national. On retiendra donc avant tout 2022 pour Face comme l’année de sa véritable explosion au delà des frontières du Michigan.

Peut-on vraiment ranger Icewear Vezzo dans le Detroit rap ? Il faut dire que le rappeur s’est fait une réputation vraiment solide depuis un certains temps avant tout dans la trap, un registre qui lui convient parfaitement. Quelques fulgurances dans le style traditionnel de sa ville ainsi que sa proximité avec de nombreux acteurs de la scène locale en font néanmoins un représentant plus que légitime. Son premier fait d’arme majeur en 2022 fut le troisième volet de sa trilogie Rich Off Pints avec une tracklist affichant nettement des ambitions démesurées par le biais d’un casting totalement fou : Lil Baby, G Herbo, Key Glock, E-40, Lil Durk… Avec une telle dream team autour de lui, Vezzo semblait s’offrir un aura de superstar. Rien de surprenant à signaler en ce qui concerne le contenu du projet qui suit tout simplement la trajectoire prise depuis maintenant quelques temps : devenir un des noms majeurs de la trap. Je ne pense pas que le rappeur de Detroit aurait figuré dans mon bilan en s’arrêtant à ça mais c’était sans compter sur son magnifique cadeau de fin d’année : le Gangsta Grillz avec l’iconique DJ Drama. Avec ce projet intitulé Paint the City, Icewear Vezzo nous offre un modèle de trap brute toujours en très bonne compagnie : Jeezy, Future, Kodak Black, 2 Chainz, Peezy… Je me suis vraiment pris personnellement ce projet que je ne cesse de replay depuis sa sortie malgré pourtant un intérêt mitigé pour son auteur sur ces dernières années. Difficile d’avancer avec certitude l’idée que Vezzo aurait passé un sérieux cap en 2022, il faut rappeler que le travail avait déjà été bien entamé en 2021. Sa réputation dans la trap devrait malgré tout lui assurer une suite de carrière pleine de réussite dans le reste des USA.

Nouvelle année mais pas de nouvelles résolutions pour Veeze. Après avoir commencé 2022 en sortant tout simplement l’un des meilleurs bangers de ces 12 derniers mois, « Let It Fly« , le rappeur a évidemment jugé que son public était beaucoup trop hype et que le timing pour sortir sa tant attendue mixtape Ganger semblait trop parfait. Blague à part, le prodige de Detroit continue sans qu’on ne sache vraiment comment. On a notamment pu le voir tout au long de l’année aux côtés de l’immense Lil Baby que ça soit à travers les réseaux sociaux, les clips de la star d’Atlanta ou carrément même en featuring sur le titre « U-Digg« . Une proximité tellement établie qu’il ne serait pas étonnant de voir rapidement Veeze annoncer sa signature au sein du label de la superstar internationale. On a pu également profiter du talent de notre phénomène par le biais de quelques apparitions sur la Deluxe du premier album de BabyFace Ray ainsi que sur le projet du producteur Top$ide. Une année donc assez légère pour le rappeur qui était cependant obligé de figurer au sein de mon bilan tant son potentiel m’obsède depuis des années et que les possibilités paraissent presque illimitées pour lui. Place à l’optimisme pour 2023 qui devrait enfin marquer la sortie de sa nouvelle tape après une attente interminable et une pluie de bangers magistraux. Veeze n’a pas encore parcouru autant de chemin que certains de ses compères mais possède probablement le potentiel le plus frappant pour briller à l’international dans un futur pas si lointain.

BabyTron commençait déjà à intriguer une partie du plus ou moins grand public à l’aube de 2022 de par son style singulier et son charisme imposant. Cette année ne fut pas particulièrement une révolution pour le phénomène du Michigan avec la sortie de plusieurs projets dans la lignée de sa discographie : Megatron, Bin Reaper 3 : Old Testament ou encore Trifecta 1 et 2 avec les ShittyBoyz. 12 mois tout en maitrise pour James, de son prénom, qui continue à grimper les échelons sans chercher particulièrement à se mélanger avec le reste du game ni à se compromettre pour se développer rapidement. On notera la naissance d’une alchimie particulièrement séduisante entre le rappeur de Detroit et le californien DaBoii avec deux feats de qualité sur leurs projets respectifs. BabyTron a également été logiquement sélectionné dans la dernière liste des XXL Freshman qui n’a certes plus le même impact aujourd’hui mais elle continue de mettre sous les projecteurs certaines des dernières tendances. Le succès national, si ce n’est plus, de la star des ShittyBoyz semble inévitable dans un futur proche, il réunit la totalité des ingrédients nécessaires et sa régularité ne fera que faciliter la chose. BabyTron est incontestablement aujourd’hui un symbole fort du rap de Detroit qui ne manque pas de diviser certains auditeurs de la scène locale, c’est justement peut-être ce qu’il fallait pour faire avancer les choses.

Detroit est une scène incroyablement riche et limiter son année 2022 aux quatre rappeurs cités plus haut serait criminel. L’emblématique Band Gang Lonnie Bands s’est montré plus en forme que jamais avec son merveilleux album Scorpion Eyes couronné par un concert dans notre capitale parisienne pour notre tout premier évènement (on a clairement pas fini de flex). La Wrld Tour Mafia que j’affectionne particulièrement s’est également montrée à son avantage que ça soit collectivement ou individuellement à l’image d’un DaeMoney qui semble plus proche que jamais de la réussite. Le brillant Baby Smoove a enfin fait son retour avec Im Still Serious 2, un projet qui vient se placer habilement au sein de la très belle discographie du rappeur. Peezy a apporté sa touche de OG si précieuse avec le très bon projet Only Built 4 Diamond Links. Skilla Baby aura été une des plus belles surprises de l’année avec plusieurs projets très solides. Los & Nutty ont offert une nouvelle fois de vraies belles choses sans oublier leur fidèle compère Top$ide qui a dévoilé son très bon projet solo. Baby Money s’est également révélé aux yeux d’un plus grand public… On pourrait continuer très longtemps cette liste alors je vous propose de terminer ce bilan avec les clips majeurs de cette scène en 2022, une année marquant enfin l’émancipation totale de ses principaux acteurs.

Article écrit par Eddy.

(Visuel bannière : Babyface Ray et Band Gang Lonnie Bands. Illustration : Paul Rousselet / Sinmoteur)

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