LE RAP N’A CLAIREMENT PLUS BESOIN DE PAYER SES GRAPHISTES

Étant de nature un peu superficielle, je me suis logiquement tourné vers Instagram quand Facebook a commencé à tomber en désuétude. Il y avait de jolies photos, de jolis dessins et de jolis visuels. Tout allait bien, les gens commentaient des emojis flamme en dessous des publications des uns et des autres et les amateurs de musique partageaient chaque jour 14 sons en story que personne ne prenait le temps d’écouter. De temps en temps, un photographe se fendait d’un long post expliquant la perte de visibilité de son travail sur la plate-forme. Il recevait alors beaucoup de soutien, puis retombait dans l’oubli dès son post suivant : sa série de clichés sur un rayon de soleil frappant une chaise en plastique bon marché peinait à trouver son public. Personne ne communiquait vraiment avec personne, tout le monde faisait semblant de se respecter, bref : on était peinards. 

Et puis comme pour beaucoup de gens, le confinement a tout changé. Trop de temps à tuer, malheur, j’ai dû rouvrir Twitter. Ce n’était pas arrivé depuis 2014 et ma perception du monde allait en être bouleversée. Tout d’un coup, je prenais conscience que chaque bout de l’actualité y était commenté et qu’il était socialement accepté de lancer des débats Naruto VS One Piece passé les 30 ans. Les photographes, graphistes et réalisateurs n’étaient pas de simples artistes qui amenaient leur pierre à l’édifice par leur travail mais ils s’exprimaient, réagissaient et respiraient aussi. Chacun entamait sa lente métamorphose en personnalité d’internet.

Il fallait réaliser un billet d’humeur pour le bilan annuel de Gather. J’ai choisi les humeurs « mépris » et « condescendance ». Tout le monde sait qu’il est bien plus facile de détruire que de construire, et hors de question de choisir la difficulté au sein d’un média bénévole. Durant cette année 2022, j’ai observé l’évolution du rap par le prisme de son image, élément si important aujourd’hui. Mesdames et messieurs les rappeurs et rappeuses en mal de budget, suite à ma longue et sérieuse enquête, voici 8 arguments pour vous convaincre d’arrêter de payer vos graphistes déjà mal payés. 

1/ Vous pouvez les remplacer par des ordinateurs. 

Tout le monde s’est esclaffé quand les premières Intelligences Artificielles visuelles ont été ouvertes au grand public avec Dall-E. On pouvait imaginer n’importe quoi. Super drôle, la fille de Lofi Hip-Hop mais enfaite elle est à Chernobyl. Trop marrant, on agrandit les covers des rappeurs : quel délire ! Une fois tous les jeux de mots foireux réalisés, c’est la peur qui s’est installée chez les créateurs. « Et s’ils nous volaient notre travail, ces ordinateurs ? » « Et si nos covers avec typographie déstructurée pouvaient être reproduite par une IA ? » « Quelle est notre place dans ce monde ? » Le doute n’a fait que grandir quand les premiers tests de Midjourney ont été partagés. Chaque créateur de contenu y allait de son post, partageant des séries d’autoportraits générés en 5 secondes par une IA. Leurs fantasmes esthétiques définitivement dégueulasses étaient révélés au grand jour. « Untel mais façon Game of Throne », « moi mais en mode Peaky Blinders », « mon cousin mais dans Cyberpunk » : sous nos yeux était dévoilé la réalité alternative où le grand public n’était pas lésé par un artiste pour imaginer les visuels qu’il souhaite. Une réalité où Maes aurait pu intégrer son visage dans chacun des épisodes de la Casa de Papel en 2017… 

Côté musique, 2022 a eu le droit à son premier rappeur IA : FN Meka. Celui-ci est vite tombé dans l’oubli une fois que les associations antiracistes aient pointé les stéréotypes ultra caricaturaux que renvoyait cette création virtuelle. Et puis c’est à peu près tout. Mais alors comment expliquer une telle différence d’engouement entre les IA visuelles et les IA musicales ? Surement car ces dernières souffrent davantage de l’aspect désincarné de leurs créations. Ou peut-être qu’elles n’offrent au final pas un très grand intérêt à côté de l’abondance de typebeats en tous genres déjà présents sur le web.

Vous l’aurez compris, plus besoin de graphistes, plus besoin de photographes. Ces derniers travaillent désormais gratuitement au nom d’entreprises titanesques, analysant des milliers données qu’ils monnayent par la suite. Les IA ne représentent en aucun cas la mort de la création artistique, mais son potentiel nivellement par le bas surement. Quelques caractères dans un rectangle de saisie de texte, appuyez sur entrée et le tour est joué. Vous obtenez du graphisme de photocopie, parfaitement adéquat avec ce nouveau single jersey drill que vous nous avez concocté. Vous avez alors économisé de précieux euros qui pourront être réinvestis dans la pierre. 

2/ Vous pouvez mettre une photo de vous enfant pour votre cover. 

Sur les ordis de mon lycée, un petit génie avait installé GTA San Andreas sur les serveurs des ordinateurs. On pouvait tirer au fusil d’assaut et découper au katana tout en restant en salle de permanence, c’était une époque incroyable. Quand on tapait « HESOYAM » sur le clavier, cela redonnait au personnage sa santé, son armure et de l’argent. Dans le rap, ce cheat code s’appelle « mettre une photo de moi enfant » en cover

En effet, cette astuce fait automatiquement appelle à la triple jurisprudence Ready To Die / Tha Carter III / Where Is L’Album De Gradur, plaçant votre futur projet comme un potentiel classique. Vous pouvez par la même occasion nommer ce projet par votre véritable prénom pour en multiplier l’effet attendrissant. Les auditeurs s’attendent alors à un album personnel, intimiste et intelligent : vous avez gagné, les médias sont excités par votre annonce. Oubliez le gros grain argentique des années 1990, l’heure est au pixel. Plus sale est l’image de base, plus grande sera la première semaine. Votre mère vous envoie une photo en HD ? Imprimez-là, scannez-la puis prenez votre écran en photo avec votre smartphone bas de gamme et le tour est joué. Votre album coute certes des millions en frais de studios mais vous renverrez une image authentique et humaine de vous à l’auditeur. Par ces différents procédés d’inception, vos chances d’être retweetées à l’annonce de votre projet sont multipliées par 10 et cela, sans verser le moindre centime à un éventuel graphiste freelance en situation de précarité. 

3/ Ils sont faibles physiquement

Qui osera me contredire ? Les graphistes ont passés passer de longues heures derrière leur ordinateur à développer leurs filtres, leur grain, leur typos chromées et autres flous directionnels. En ce sens, impossible pour eux de s’investir à 100% dans la pratique des sports de combat ou de la musculation. Ainsi, vous pouvez vous permettre de leur commander un travail sans les payer en retour. Vous vous grillerez alors auprès de cet artiste, mais n’oubliez pas de garder en tête que la profession est saturée (comme leurs visuels) et que vous trouverez pléthore de graphistes prêts à travailler pour vous. L’adage dit « Un de perdu, dix de retrouvés » et il se vérifie bien évidemment dans les métiers artistiques. Au pire, le graphiste frustré fera un thread Twitter pour vous accabler, screenshots à l’appui. Mais croyez-moi, les call-out d’agressions sexuelles peinent à influencer les ventes des artistes associés, vous pouvez donc continuer de piller ces pauvres artistes au bord du gouffre financier. 

Nous noterons ainsi que plus un graphiste est bon dans ce qu’il fait, moins il a eu le temps de s’investir dans une activité physique et plus il pourra être à votre merci. N’hésitez donc pas à voler les grands graphistes et photographes de ce milieu : ceux-ci sont les proies les plus faciles. Suite à cette découverte, le rappeur Loto, porte-parole des asthmatiques de France a choisi de s’attaquer au photographe Fifou. Certains pourraient prétendre que la différence de statut entre le jeune rappeur et l’OG photographe est la cause de cette absence de réaction de la part de ce dernier, mais le théorème développé ici les ferait évidemment mentir. 

4/ Ils aiment travailler gratuitement 

En l’an 2020 notre ministre de la culture, le bien nommé Squeezie, proposait à ses abonnés un concours pour réaliser le futur décor 3D de ses vidéos. Face à cette proposition, la communauté des graphistes de France a levé ses boucliers : il est inconcevable qu’une personnalité publique, millionnaire qui plus est, puisse faire un tel appel à projet sans payer les différents participants. Deux ans plus tard, rebelote. Damso, l’auto-proclamé pervers narcissique en chef du rap franco-belge a utilisé le même procédé pour la sortie de son single « Cœur de Pirate ». Et croyez-le ou non, mais des dizaines de propositions de covers gratuites de jeunes graphistes en mal de reconnaissance ont vu le jour. On assistait à un bench-marking gratuit à ciel ouvert, une projection test en direct-live, bref, Damso nous montrait l’étendue de l’emprise psychologique qu’il avait sur ses fans. Ces derniers écoutaient sa musique, achetaient ses albums puis se battaient pour réaliser la cover de son prochain single. Si Booba a pu s’acheter deux sons-mai avec l’argent d’Ipséité, croyez-moi, Damso n’est pas à plaindre. 

Le problème est donc là, les graphistes sont des fans. Ils ont saigné un rappeur qu’ils définissent comme « lyriciste » alors qu’il rappe : « À trop mener ma vie comme je l’entends, j’suis devenu sourd ». Dans un monde parallèle, ils auraient écouté Guizmo qui lui, nous clamait sans essayer de nous entourlouper : « J’suis la salope de personne, j’ai pas peur des bastons ». Et croyez-moi, les concours gratuits s’arrêteraient en même temps qu’ils commencent. 

Ce point est applicable aux photographes de concert. Chaque show, même de moins de 100 personnes attire sept à huit photographes bénévoles. On observe alors un drôle d’effet où certains sont meilleurs dans leur art que les rappeurs qu’ils shootent, sans pour autant prendre le moindre centime. Messieurs-dames les organisateurs et organisatrices de spectacles en peine de remplissage, faites payer le droit de shooter et vos problèmes financiers disparaitront en un claquement de doigt. 

5/ Vous pouvez mettre n’importe quelle image pour votre cover.

Une fois que votre album personnel est sorti, il faudra se renouveler. Le moment sera venu d’être là où l’on ne vous attend pas. En d’autres termes, choisissez une couleur monochrome et appliquez-la à votre cover. Le Hip-Hop étant en place depuis près de 50 années, certaines teintes Pantone ont déjà été utilisées, attention donc à ne pas créer de doublon. Childish Gambino a par exemple choisi le blanc sur 3.15.20 (code Adobe #FFFFFF), Kanye le noir sur Donda (code Adobe #000000) et Franck Ocean l’orange sur Channel Orange (code Adobe #eb711b). Ceci étant dit, vous avez la liberté d’utiliser les nombreuses nuances restantes. 

Si votre alter-ego de rappeur n’a pas réellement les épaules pour porter un projet à la DA visuelle minimaliste, vous vous rendrez rapidement compte que n’importe quelle photo de votre pellicule Iphone pourra faire l’affaire. Ajoutez-y un Parental Advisory (le web est rempli de tutoriels pour vous expliquer comment) et le tour est joué : vous êtes désormais un artiste imperceptible et imprévisible. Deux sangliers qui s’accouplent dans une décharge ? l’album prequel d’Haram, d’Armand Hammer. Un flocage douteux du AC Milan ? le prochain EP de LTA. Votre camion que vous louez chez Ada a été graffé dans la nuit ? L’ultime album d’Hugo TSR. Et tout ça, sans enregistrer le moindre RIB de graphiste dans votre plate-forme bancaire en ligne. 

6/ Les covers dégueulasses sont les meilleurs choses qui soient arrivées au Rap

« Le laid peut être beau, le joli, jamais » nous disait le célèbre peintre Paul Gauguin. Et c’est bien sur cela qu’il faut miser. L’histoire a donné raison à cette citation : de l’époque Pen&Pixel jusqu’aux intégrations chaotiques d’aliens dans les clips de Jul, l’Histoire avec un grand H a su rendre ses lettres de noblesse à des partis pris esthétiques douteux. Salif entrain de lâcher ses meilleurs classiques sur le trône, Booba baigné d’une lumière filtrée à l’urine, Faf Larage & Shuriken tous droits sortis d’un mash-up entre Le Nom de la Rose et Skyrim, le panthéon du rap français est jonché d’albums aux covers tout simplement ignobles. Osez donc le dégueulasse ! Dans 10 ans vous aurez peut-être vous aussi votre article chez l’abcdr

En 2022, certains de nos amis américains ont suivi ce conseil. On ne parlera pas des défauts d’intégration Photoshop de Slim Thug, de la nature morte avec sopalin usagé d’Earl Sweatshirt ou du digital painting douteux de Freddie Gibbs ici. Dans un souci d’économie, nous nous intéresserons aux partis pris jusqueboutistes, ceux réalisés à l’aide d’une formation Adobe de maximum 20 minutes et peut-être d’une montée de cocaïne dans les nasaux. Retour sur un Top 5 de 2022 :

5) Mama’s Man – KEY !

Le combo Typo à contour avec intégration photo / détourage niveau CE1 / faux effet blister fonctionne à merveille ici. Nous noterons également l’utilisation du point n°2 de cet article. Une cover appliquée mais presque un peu trop scolaire, 6,5/10. Ce collage a été réalisé par Deadmon Bernz et on espère que ce dernier a reçu un joli chèque pour ce travail. 

4) MarijuanaXO & Joe pablo – Window Service

Des png « fumée de shit » en pagaille, les rappeurs qui disparaissent dans le béton et un réglage clarté poussé à 100%, nous sommes face à un travail de qualité ! Nous noterons que MarijuanaXO et Joe Pablo mènent un train de vie faste puisqu’ils peuvent se permettre de faire voler 200$ juste pour le plaisir. 7/10. Impossible de mettre la main sur l’auteur de ce chef d’œuvre mais s’il passe par ici, qu’il sache que je lui tire mon chapeau. 

3) WifiGawd – Chain of Command

Une cover qui s’inscrit clairement dans l’héritage Pen&Pixel cité plus haut : reflets de diamant à foison, ciel apocalyptique et char d’assaut, on n’est pas loin du sans faute. C’est signé Grime Fiends, qui vend d’ailleurs des tee-shirts dans la même esthétique pour ceux qui sont intéressés. Du très haut niveau. 8/10.

2) Baby Stone Gorillas – BABYST5XNE GORILLAS

Les Baby Stone Gorillas ont connu une année 2022 prolifique et chargée visuellement. C’est BABYST5XNE GORILLAS qui retiendra notre attention à travers ces personnages mi gangster mi kawaii : le croisement street crédible entre Les Lascars et Hamtaro. Le dessin des bouches pulpeuses du groupe de LA hantent mes pensées depuis la sortie du projet : 9,5/10. A défaut d’avoir pu trouver l’auteur de ce rêve éveillé, observez la version animée du visuel ici

1/ Thaiboy Digital – Back 2 Life

 » Less Is More  » nous disait Mies Van Der Rohe, Jakrin Von Bueren lui, a fait le choix de piétiner l’architecte allemand pour nous offrir un petit bonbon acidulé, une caresse visuelle saturée : un véritable festin graphique. Une image vaut 1000 mots et il y a plus ou moins 1000 images dans cette image. 1 000 000 /10.

Amateurs de mauvais gout, l’instagram de Gather est rempli de ces covers chaotiques rendant d’ailleurs si difficile la création d’un feed joli et agréable pourtant si chers aux médias rap nouvelle génération. Épargnez-vous donc de longues heures à chercher un graphiste par itérations sur Pinterest et faites vous-même votre propre cover. Plus elle sera dégueulasse, plus elle retirera l’attention et plus vos chances de réaliser un instant classic seront grandes. Croyez en vous, tout le monde peut le faire. 

 7/ Ils ont été impliqués dans les NFT.

On les a vu ajouter le suffixe « .eth » derrière leur @ Twitter et présenter leur collection sur Instagram. Ils ne nous la feront pas. Mesdames et messieurs les rappeurs et rappeuses, vous pouvez réaliser chez vous un tableau croisé de ceux qui se sont plaint des tarifs qu’on leur proposait et de ceux qui ont conçu des NFT. Vous obtenez l’intersection de la baltringuerie capitaliste. N’hésitez donc pas à piller le travail de cette tranche des graphistes. Si vous éprouvez quelques réserves, relisez le point n°3. 

Eminem & Snoop, légendes du rap certes, mais légendes des cryptos tout de même.

Fort heureusement, le marché de la NFT s’est effondré le 24 Juin 2022, jour de sortie de « From The D 2 The LBC d’Eminem & Snoop Dogg », où les deux légendes du Hip-hop faisaient jouer dans le clip éponyme leurs mascottes Bored Ape. Le bon gout de ce choix artistique a instantanément précipité le marché dans le rouge, entrainant des poursuites envers The Weekend, Justin Bieber et Madonna pour arnaque financière. Qui a dit que Slim Shady n’avait plus rien à apporter à la musique en 2022 ? 

8/ Ils font un métier-passion, qui par définition, n’a pas besoin de salaire. 

Ils ont fait le choix conscient de se lancer dans un métier artistique plutôt que d’aller bosser à l’usine. Ils n’ont par conséquent pas le droit de se plaindre de leur situation. Les auteurs et autrices de BD l’ont bien compris. Chacun publie désormais l’ensemble de son travail sur Instagram pour espérer gagner 900 euros lorsque leur album sort en librairie, noyé entre le dernier Boule et Bill et l’énième tome des blagues de Blondes. En arrêtant de payer les graphistes pour vos covers, ils rentreront dans le club fermé des « métiers-passions » avec les architectes et les scénaristes qui, intrinsèquement, permet de les sous-payer en toute légalité.

Couper les vivres aux graphistes entrainera une précarité financière les forçant à résilier leur abonnement internet, les empêchant de surcroit de twitter leurs avis catastrophiques sur le rap français. Plongés dans une grande frustration ils se réfugieront dans leur Art jusqu’à en devenir meilleurs. C’est l’histoire classique de bon nombre de shonens et apparemment Twitter adore ça. Sauvez-donc les graphistes, arrêtez de les payer. 

Ceci étant dit :

2022 a été un vrai bourbier musical pour les observateurs du rap français. D’un côté, le concert de Souffrance à la Machine du Moulin Rouge, Olivier Cachin dans le public et Rockin’ Squat sur scène. De l’autre, des artistes qui performent en costard du 16èmearrondissement et des clips karaoke où les paroles sont rythmées par un petit visage kawaii. Aux Etats-Unis, les scènes sont si nombreuses que tenter de définir une tendance globale révèle de la mission suicide. 

La concurrence est rude dans l’industrie musicale, alors plus que créer du beau et du sens, il faut aussi montrer qu’on est différent et un peu à la marge. Les graphistes eux aussi ont leurs typebeats du moment : fini les png « impact de Desert Eagle » sur les photos mettant en avant les pecs saillants et les mentalités guerrières, l’ère est aux typos stylisées post-Trinity, à l’intégration d’éléments 3D texture chrome et à l’usage du flou gaussien. 

Arriver avec une imagerie marquante est nécessaire, mais plus assez suffisant. Il faut se trouver à un degré de plus que les projets précédents jusqu’à ce qu’on revienne au premier et qu’on se perde dans le comptage des tours. Pour s’éloigner de cette spirale infernale, quelques artistes choisissent d’autres voies pour se démarquer de la plèbe. Certains prennent alors le parti de montrer un peu plus de leur vie privée à leurs auditeurs, quand d’autres optent pour une fusion de leurs paroles avec celles scandées par l’extrême droite… Bref, rien de très réjouissant. 

Tout ce capharnaüm marketing semble avoir pris une place inédite à en faire oublier le principal : la musique. N’oublions pas que si PNL a redéfinit les codes visuels du rap français en 2015 avec Que La Famille et Le Monde Chico, c’est avant tout grâce à la qualité de leur musique. Amis graphistes, ne cherchez donc plus à trouver le preset Photoshop qui fera grimper votre cote pour les trois prochaines semaines. C’est peine perdue. Remettez ce pack .psd de grain argentique là où vous l’avez trouvé et apaisez votre respiration. Postulez plutôt pour un job alimentaire qui vous donnera une bonne raison de ressentir de la frustration. Désormais, dès que l’on vous proposera une mission graphisme sous payée pour réaliser une énième typo effet chrome sur visuel ultra saturé, vous pourrez répondre sans ambiguïté : 

« J’suis la salope de personne, j’ai pas peur des bastons ». 

Article écrit par Paul.

(Visuel bannière : Guizmo agressant un graphiste. Illustration : Paul Rousselet / Sinmoteur)

Revenir au bilan.

2 commentaires

  1. Ca faisait longtemps que j’avais pas autant ri sur un article sur le rap. Archi juste, bravo pour le taffe Paul tu m’as régalé ! (Le visuel de guizmo qui étrangle un tipeu est nrv)

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